Ben Issa Ousséni, le président de l’Assemblée de Mayotte, mis sur la touche par le chef de la diplomatie comorienne, Mohamed Mbae. Celui-ci a annoncé lundi à ses compatriotes avoir réussi à faire capoter la convention de partenariat signée le 16 juillet 2026 à Mamoudzou entre la région française de Mayotte et la région togolaise de Kara.
Hors de lui à la suite des annonces faites par Sébastien Lecornu, le chef du gouvernement français, la semaine dernière à Mayotte en matière de lutte contre l’immigration clandestine, Mohamed Mbae entend montrer à la France que Moroni ne se laissera pas intimider par la militarisation annoncée des frontières mahoraises.
Il avait promis aux Comoriens de réagir avec véhémence contre les prises de position récentes de Sébastien Lecornu et de plusieurs candidats à l’élection présidentielle de 2027 sur la manière de lutter contre l’immigration clandestine en provenance de l’Union des Comores et des pays africains de la région des Grands Lacs.
Vaste sujet qui enflamme les masses populaires dans l’Union des Comores depuis deux semaines, qui divise également entre partisans et opposants au régime d’Azali Assoumani, Anjouanais favorables au séparatisme et Grands-Comoriens adeptes de la domination sur l’ensemble des autres peuples.
Un sujet qui place Mayotte et ses habitants au cœur même du débat sur la présidentielle française de l’année prochaine en raison de l’enjeu migratoire. Un enjeu qui atteint sur l’île des sommets jusque-là jamais atteints.
Une thématique qui oblige les différents candidats à ce scrutin à s’exprimer et à définir leur stratégie en cas de victoire, chacun y allant de sa propre recette pour se racheter une conscience après avoir favorisé cette situation explosive depuis la mandature de François Hollande et refusé d’admettre l’ampleur du drame vécu au quotidien par les habitants de l’archipel de Mayotte.
Le confinement sur place des migrants illégaux et régularisés ayant atteint ses limites, l’ancien Premier ministre Édouard Philippe, fondateur du parti Horizons, allié de la Macronie, est venu sur place il y a deux semaines vendre sa recette aux Mahorais pour régler le problème de l’immigration clandestine, qu’il estime préalable à la reconstruction du territoire après le cyclone Chido.
Et pendant que le camp adverse du Rassemblement national (RN) l’accuse d’avoir plagié son programme pour Mayotte – où Marine Le Pen avait largement battu le chef de l’État sortant, Emmanuel Macron, avec plus de 52 % des suffrages – que Jean-Luc Mélenchon, de La France insoumise (LFI), prône lui une méthode plus soft, faisant davantage de place à la construction réelle de la départementalisation et à la correction des inégalités sociales, Sébastien Lecornu, l’actuel chef du gouvernement français, a débarqué dans l’archipel au milieu de la semaine dernière, porteur d’un discours de fermeté sur ce même sujet de la gestion des flux migratoires illégaux.
Il a dégainé son catalogue de mesures, notamment high-tech et militaires, pour surveiller la frontière maritime avec l’île comorienne d’Anjouan, voisine de 70 kilomètres des côtes nord de Mayotte.
Son annonce phare : le démantèlement du camp insalubre de migrants africains installé dans la mangrove de Tsoundzou 2, la reconduite dans leurs pays d’origine des personnes non éligibles au droit d’asile et l’instauration d’un concept de bonus-malus dans l’attribution de l’aide française au développement pour tous les pays de départ de ces migrants.
Cette mesure, en particulier, a provoqué une onde de choc à Moroni, bénéficiaire chaque année de 80 % de cette aide, au sein d’une société civile qui a vu se tarir soudainement ses perspectives de venir grossir les rangs des difficultés innombrables que l’Union des Comores fait déplacer sur le sol mahorais pour ne pas avoir à les gérer chez elle.
Le MIREX fait une lecture à géométrie variable du droit international onusien
Branle-bas de combat chez les colonialistes wangazidja de tous poils, les rêveurs d’une mainmise sur le territoire mahorais, tels que le pseudo-Comité de libération de Maore – l’on se demande qui entendent-ils vraiment libérer et de quel joug, étant donné qu’ils constituent eux-mêmes la MENACE pour Mayotte et les Mahorais – et le fringant jeune chef de la diplomatie comorienne, qui a une lecture à géométrie variable du droit international onusien.
Préconisateur d’un durcissement de la position de Moroni devant Paris – quitte à internationaliser le bras de fer avec le soutien de la Russie et de la Chine – Mohamed Mbae se fourvoie dans la posture ancienne des Comores face à Mayotte.
Nous voilà donc nageant dans un océan de contradictions que l’Afrique et le monde entier suivent en direct : l’abjection d’une haine systématique, instrumentalisée au plus haut niveau de l’État comorien contre les Mahorais, prétendument leurs frères de culture, de langue, de tradition, de religion et de mariage.
On nage en plein délire d’un rêve d’un territoire dont la population exècre l’idée d’une occupation forcée de son sol par des messianiques d’une prétendue unité comorienne que l’HISTOIRE ne mentionne nulle part.
Quitte à réécrire cette HISTOIRE, à Moroni, on ne se gêne pas. Tout le monde s’y met : politiques, journalistes, scientifiques, associations et même les apprentis sorciers.
Avant cette nouvelle vague d’une fièvre violente « d’antimahorianisme primaire », la conscience tardive d’un Sébastien Lecornu – l’un des solides piliers d’une Macronie punitive à l’égard des Mahorais, qui ont préféré dans les urnes Marine Le Pen à Emmanuel Macron – est venue souffler sur les braises d’une liste de sanctions que la France n’osera jamais, ô grand jamais, pratiquer contre l’Union des Comores.
Ce lundi, le ministre des Affaires étrangères de l’Union des Comores a annoncé avoir obtenu de son homologue togolais, Robert Dussey, l’annulation de la convention de coopération signée le 16 juillet 2026 entre le Département-Région de Mayotte et la région togolaise de Kara.
Les deux hommes ont même officialisé cette annulation à travers un communiqué commun rendu public à Luanda, en Angola, avant-hier après-midi, lundi 31 août 2026, où se tenait une importante réunion de l’Union africaine.
Silence au Département de Mayotte après l’annonce faite par Moroni
Quelle sera la réaction de Ben Issa Ousséni dans les heures à venir ? A-t-il une marge de manœuvre dans cette affaire ou pas ?
Des juristes français ont estimé qu’en satisfaisant la demande comorienne, le ministre togolais des Affaires étrangères, Robert Dussey, avait violé la loi de son propre pays, qui impose qu’une telle question soit portée d’abord devant une juridiction spécifique, celle-ci étant seule compétente pour prononcer l’annulation de ladite convention de coopération.
Ce premier revers essuyé par Ben Issa Ousséni dans la mise en place de sa diplomatie territoriale n’a pas dissuadé Ambdilwahedou Soumaïla, le maire de Mamoudzou et président de l’Association des maires de Mayotte, fana de diplomatie des villes et d’ouverture de Mayotte à l’international, d’annoncer ce même lundi, lors d’une conférence de presse, la signature d’une convention de coopération entre toutes les communes de Mayotte et le gouvernement de l’île indépendante – de la Chine continentale communiste – de Taïwan, anciennement Formose.
Que va faire le « fier-à-bras » ministre comorien des Affaires étrangères, Mohamed Mbae ? Taipei ouvre ses universités à la jeunesse mahoraise, avec à la clé dix bourses d’études offertes à Mayotte chaque année.
Que fera-t-il pour annuler l’accord signé entre Mayotte et Taïwan, que l’Union des Comores ne reconnaît pas, ou va-t-il suggérer à Pékin de déclencher la troisième guerre mondiale ?
Que fera notre impétueux ministre comorien des Affaires étrangères contre les mastodontes économiques de la COMESA que sont la Tanzanie, le Kenya, le Mozambique et l’île Maurice, voire même les Malgaches, cousins germains des Mahorais ?
Heureusement que le ridicule ne tue pas, sinon une hécatombe serait à constater à Nagazidja, la Grande-Comore !
Pour finir, c’est probablement Jean-Luc Mélenchon, le candidat de La France insoumise à la présidentielle de 2027 en France, qui a trouvé les justes mots pour qualifier la posture des Wangazidja sur Mayotte : « Commencez par vous faire aimer des Mahorais pour espérer un jour vous faire désirer d’eux. »
Il faut croire que cette maxime, qui relève du bon sens incarné, n’est pas entendue à Moroni, surtout pas au « MIREX » – appellation locale du ministère des Affaires étrangères – qui pense faire croire aux habitants de Mayotte que des vessies peuvent se transformer en lanternes.
Bien que le cyclone Chido – auquel se réfère souvent le fier-à-bras Mohamed Mbae dans ses diatribes contre la France – n’ait détruit que les habitations, les infrastructures et la forêt, il n’a d’aucune manière altéré la vue des habitants de l’archipel mahorais.
Les forces de police, de gendarmerie et des douanes françaises continuent à lutter contre l’immigration clandestine en provenance du territoire comorien, des pays d’Afrique de l’Est et de la Corne de l’Afrique.
Journaliste politique & économique



































