La salle d’audience du tribunal judiciaire de Mamoudzou était pleine en ce début d’après-midi pour l’examen d’un dossier lié à l’opération Kingia, qui a conduit vendredi à l’interpellation de sept jeunes à Tsoundzou.
Ce lundi matin, le préfet de Mayotte indiquait sur Facebook qu’à l’issue de leur garde à vue, tous avaient été déférés devant le procureur de la République. Trois avaient été incarcérés, deux mineurs placés en centre éducatif fermé et deux autres placés sous contrôle judiciaire avec couvre-feu.
L’après-midi même, l’un d’entre eux comparaissait devant le tribunal. Âgé de 24 ans, il est poursuivi pour avoir dérobé 380 euros, une sacoche Adidas et un téléphone Samsung. Il lui est également reproché d’avoir volé un portefeuille et un téléphone Redmi A3, avec des violences ayant entraîné plus de huit jours d’incapacité pour la victime. Enfin, il est soupçonné d’avoir, en réunion, dérobé 1 000 euros. Sans casier judiciaire, il suivait une formation de plaquiste. À la barre, il reconnaît être connu sous le surnom de « Dalah ».
Compte tenu du nombre d’affaires inscrites à l’audience et de vérifications à mener sur sa formation, le tribunal décide de renvoyer le dossier au 26 mai 2026. Dans l’attente, il doit statuer sur les mesures à prendre.
Le procureur de la République, Guillaume Dupont, demande le maintien en détention. Il insiste sur le risque de pression ou de menaces envers un mineur, interpellé dans le même dossier, qui l’a désigné comme co-auteur. « Il y a un risque de menace ou pression à l’encontre du mineur déféré devant le juge des enfants, placé sous contrôle judiciaire et autorisé à revenir à Tsoundzou », souligne-t-il.
« À Mayotte, atteindre 24 ans sans passer devant cette juridiction, c’est louable », répond l’avocat de la défense.
Le prévenu prend alors la parole. Il évoque sa formation, qu’il dit essentielle pour la suite. «Si on ne fait pas le deuxième stage, c’est foutu pour mon diplôme. Laissez-moi finir », déclare-t-il.
Le tribunal confirme le renvoi de l’affaire au 26 mai 2026 à 13h30 afin de permettre la poursuite des investigations. Dans l’intervalle, le prévenu est placé sous contrôle judiciaire. Il devra pointer une fois par semaine au commissariat, ne pas entrer en contact avec les victimes ni les autres mis en cause, et respecter un couvre-feu de 20h à 6h mais il est autorisé à rentrer chez lui. À l’issue de l’audience, il remercie la présidente d’un « merci madame ».
Dans la salle, plusieurs victimes présentes craignent d’avoir été identifiées par le prévenu.
La colère des forces de l’ordre après la remise en liberté des interpellés
La remise en liberté de plusieurs jeunes interpellés après des troubles récents à Tsoundzou suscite une vive incompréhension au sein des forces de l’ordre. À l’issue de l’audience, l’ensemble des prévenus a été relâché en raison de vices de procédure, une décision qui provoque colère et exaspération chez les enquêteurs mobilisés tout au long du week-end.
« On a travaillé d’arrache-pied tout le week-end pour finalement apprendre que les mis en cause sont remis en liberté pour vice de procédure, c’est révoltant », confie une source proche du dossier. Ce sentiment d’inutilité du travail accompli alimente un malaise croissant parmi les policiers et gendarmes, qui dénoncent une forme d’inertie judiciaire face à des situations pourtant jugées urgentes sur le terrain.
Selon les informations recueillies, le seul majeur qui comparaissait dans le cadre d’une procédure de comparution immédiate aurait, à la sortie de l’audience, proféré des menaces de représailles à l’encontre d’une victime. Un élément particulièrement préoccupant pour les habitants comme pour les autorités, qui redoutent une reprise des violences.
En effet, après un retour au calme apparent consécutif aux interpellations, de nouveaux incidents ont éclaté hier dans la soirée, marqués notamment par des caillassages. Cette recrudescence des tensions semble confirmer les craintes des forces de l’ordre, qui estiment que l’absence de réponse pénale rapide et ferme fragilise leurs interventions et compromet le rétablissement durable de la sécurité.
Dans ce contexte, la fracture entre action policière et décision judiciaire apparaît plus nette que jamais, nourrissant un sentiment d’impuissance sur le terrain et d’inquiétude au sein de la population.




































