🎁 Article offert
Près de 80 policiers ont été déployés lundi 21 septembre à Vahibé dans le cadre d’une « opération flash » destinée à réaffirmer la présence des forces de l’ordre dans un village régulièrement touché par les barrages, caillassages, rackets et agressions. Mais l’intervention s’est heurtée à une forte résistance d’une vingtaine à une trentaine d’individus selon le DTPN William Lliso, transformant l’opération prévue pour être brève en plusieurs heures de tensions. Quatre policiers ont été légèrement blessés.
Barrages enflammés, jets de pierres et même cocktails Molotov : l’importante opération de police menée lundi matin à Vahibé ne s’est pas tout à fait déroulée comme prévu. À l’origine, la Direction territoriale de la police nationale (DTPN) entendait mener une « opération flash », massive et très visible, dans le cadre d’une nouvelle stratégie décidée avant l’été pour réinvestir les villages les plus touchés par la délinquance.
À Vahé, agressions, rackets, caillassages et barrages empoisonnent régulièrement la vie des habitants et des automobilistes. La veille encore, dimanche 20 septembre, une personne avait été agressée dans un véhicule tandis qu’une intrusion dans un domicile avait fait plusieurs blessés à coups de machette.
« Depuis que je suis arrivé, je plaide pour dire que la violence n’est pas une fatalité« , explique William Lliso. L’objectif était aussi symbolique : montrer que les forces de l’ordre conservent l’emprise du territoire et que les auteurs de violences restent minoritaires.
80 policiers ont fait face à « une forte résistance »
Près de 80 policiers ont donc été mobilisés dès 8h, avec une stratégie consistant à « cadenasser » le secteur avant d’envoyer différentes équipes, notamment dans les hauteurs. L’opération devait être brève. Mais la forte résistance rencontrée sur place en a décidé autrement.
Contrairement au chiffre d’une centaine de jeunes évoqué lundi, William Lliso estime leur nombre à seulement 20 à 30 individus. Une minorité néanmoins suffisamment organisée pour lancer des cocktails Molotov sur les forces de l’ordre. Pour le DTPN, leur utilisation témoigne d’un degré supplémentaire dans la violence : « Un cocktail Molotov, ça implique une préparation en amont. »
Quatre policiers ont été légèrement blessés, notamment par des jets de pierres. Aucun habitant n’a en revanche été blessé.
La première intervention s’est achevée vers 10h30. Mais après le départ des policiers, de nouveaux barrages enflammés ont été dressés sur la route, obligeant les forces de l’ordre à revenir de 11h à 12h30. Les violences s’étant calmées, la route est néanmoins restée fermée jusqu’à 15h45, afin de ne pas exposer trop rapidement les automobilistes. Quelques incidents très brefs se sont encore produits dans la soirée.
Trois étrangers en situation irrégulière ont par ailleurs été interpellés par le GAO, également engagé dans l’opération. Quand de jeunes délinquants commettent des exactions, cela déclenche automatiquement une réponse de l’État de droit donc des contrôles de papiers et des arrestations de personnes en situation irrégulières, qui n’ont pourtant souvent rien à voir avec ces violences. C’est un autre « dommage collatéral » engendré par les actes de violence des délinquants, estime le DTPN William Lliso.
« Les policiers ne sont pas des objets sacrificiels »
Aucun auteur présumé des violences n’a en revanche encore été interpellé. Un choix assumé par le DTPN, qui préfère recueillir suffisamment d’éléments pour constituer des procédures solides plutôt que procéder à des arrestations suivies de remises en liberté, notamment lorsqu’il s’agit de mineurs.
Affronter les policiers serait devenu pour certains « un jeu », estime William Lliso, qui évoque des guet-apens dans lesquels les fonctionnaires deviennent des « punching-balls faciles ». « Les policiers ne sont pas des objets sacrificiels », martèle-t-il. Mineurs et majeurs figureraient parmi les fauteurs de troubles, sans que l’hypothèse d’une instrumentalisation des premiers par les seconds soit à ce stade établie.
« On ne peut pas arriver la fleur au fusil »
Pour le DTPN, le fait qu’une vingtaine ou une trentaine d’individus puissent perturber la vie de tout un village montre paradoxalement que le problème n’est pas insoluble. Encore faut-il que la police ne soit pas seule. Lundi, des habitants plus âgés ont eux-mêmes retiré certains barrages, une initiative particulièrement saluée par William Lliso.
Celui-ci appelle les habitants à pousser la porte du commissariat ou à contacter les policiers pour leur transmettre des informations, qui peuvent faire l’objet de procédures d’anonymisation. « On ne peut pas arriver comme ça, la fleur au fusil », résume-t-il. Il dit comprendre la peur des représailles, mais rappelle que les habitants sont déjà directement exposés aux violences, comme l’a montré l’intrusion à coups de machette de dimanche.
« Il ne s’agit pas de se faire justice soi-même« , insiste-t-il, « mais de mobiliser habitants, associations et collectivités aux côtés des forces de l’ordre pour reprendre le terrain à une poignée de fauteurs de troubles ».
Ironie du calendrier, les violences de Vahibé ont éclaté le jour même de l’ouverture des Assises de la sécurité et de la citoyenneté de Mayotte, organisées cette semaine à Mamoudzou et précisément consacrées aux réponses à apporter aux nouvelles formes de délinquance sur le territoire.
Nora Godeau est journaliste indépendante à Mayotte. Elle couvre les enjeux sociaux, culturels et environnementaux du territoire, avec une attention particulière portée aux voix locales et aux initiatives de terrain.


































