Après treize années de délégation à Mayotte Channel Gateway, le port de Longoni change officiellement de gestionnaire ce mardi 1er septembre. L’Établissement public du port de commerce de Mayotte (EPPCM) prend le relais, avec la continuité de l’activité et une nouvelle grille tarifaire comme principaux enjeux.
C’est aujourd’hui que le changement devient concret. Depuis ce mardi 1er septembre, l’Établissement public du port de commerce de Mayotte assure la gestion de Longoni, mettant fin à treize années de délégation de service public confiée à Mayotte Channel Gateway (MCG).
La convention, initialement prévue jusqu’en 2028, prend fin de manière anticipée après plusieurs décisions de justice. La cour administrative d’appel de Bordeaux a confirmé en juin dernier la résiliation de la convention, fixant son terme au 1er septembre 2026.
Mais au-delà du changement de gestionnaire, les opérations doivent, elles, continuer. Les navires doivent accoster, les conteneurs être pris en charge et les marchandises continuer à circuler. C’est donc sur les quais que se joue aujourd’hui le véritable test de la reprise.
Une période de rodage attendue, mais l’optimisme domine chez les salariés
Du côté des salariés de la zone de manutention et d’exploitation, le discours se veut rassurant, aussi bien sur le fonctionnement des opérations que sur le risque de perturbation extérieure. Madi Malidi, responsable syndical CGT Mayotte des salariés du port, ne relève pas de difficulté particulière à l’heure de la reprise.
“Il n’y a pas de soucis particuliers à se faire à partir de ce premier septembre avec le changement de direction”, assure-t-il. Concernant le risque de blocage extérieur, par les personnes qui contestent la fin de la DSP, il ajoute : “on ne s’attend pas à un blocage du port, notamment de la part des Femmes Leaders”.
Les représentants des salariés ont déjà échangé avec la nouvelle direction lors d’une réunion le 6 août dernier avec Henri Dupuis, directeur de l’EPPCM, afin de discuter “de la gouvernance et du mode de fonctionnement”.
Pour Madi Malidi, l’EPPCM doit d’abord s’appuyer sur le fonctionnement existant avant de chercher à le faire évoluer. Il prend pour comparaison l’arrivée de MCG à la tête du port. “Quand MCG avait repris la gestion du port sous DSP, un mois avant, Ida Nel était là, à la rencontre des salariés, et elle est partie de cette base-là pour l’améliorer”, raconte-t-il.
Selon lui, la nouvelle direction doit suivre la même logique. “Il faut regarder ce qui se passe aujourd’hui, comment cela fonctionne et améliorer les choses à partir de là”. Une période de rodage est donc attendue. “Ce ne sera pas parfait le Jour J, mais il faut démarrer comme cela”, estime le représentant syndical.
Les premières arrivées de marchandises constitueront autant de tests pour la nouvelle organisation. “Nous sommes confiants”, indique pour autant Madi Malidi.
Des équipements au cœur de la transition
Un point de vigilance persiste tout de même entre MCG et l’EPPCM autour de la récupération de plusieurs gros équipements indispensables au fonctionnement du port, notamment les grues et les portiques RTG. Une expertise judiciaire est toujours en cours sur la question de leur propriété. Une différence d’interprétation des textes serait à l’origine de la non-rétrocession de ces engins au Département-Région.
Le 20 août, la présidente de l’EPPCM, Zamimou Ahamadi, indiquait que cette situation obligeait ses équipes à anticiper plusieurs scénarios afin de garantir le bon fonctionnement du port. Des discussions se poursuivent avec MCG pour organiser la transition et permettre la récupération de ces équipements. La vice-présidente du Département-Région, Mariame Saïd Kalam, insistait alors sur le fait que MCG restait “un partenaire de travail” pour les services du Département et que le dialogue se poursuivait afin d’assurer le fonctionnement du port de Longoni.
L’EPPCM assure aujourd’hui être en mesure d’assurer la continuité du service. Reste désormais à savoir si cette transition autour des équipements aura des conséquences concrètes sur l’exploitation du port.
La question des assurances liées à l’exploitation et à la sécurité du site ferait également partie des dossiers sensibles de cette transition. Un sujet particulièrement important pour l’EPPCM, puisque sans les garanties nécessaires, certaines opérations pourraient être difficiles à assurer dans le cadre de la nouvelle gestion.
Le Conseil portuaire s’est réuni lundi
Autre étape dans cette nouvelle gouvernance, un premier Conseil portuaire s’est tenu lundi matin. Selon Madi Malidi, plusieurs personnes qu’il considère comme proches de l’ancienne direction de MCG n’étaient pas présentes, alors même que l’avenir et la trajectoire du port étaient discutés. “C’est crucial”, estime le responsable syndical, qui dénonce “ceux qui bloquent cette démarche, bloquent le développement du territoire”.
La question des tarifs facturés pour les différents services portuaires a également été abordée. Madi Malidi conteste notamment l’idée d’une hausse des prix et affirme que plusieurs “lignes de facturation fantômes” appliquées jusqu’ici doivent disparaître.
La nouvelle grille tarifaire entre justement en vigueur avec la reprise de l’EPPCM. Elle doit notamment encadrer les différentes prestations portuaires. Les évolutions concrètes de facturation devront désormais être observées par les professionnels.
Contactés, le Département-Région et plusieurs transitaires n’ont pas, pour l’heure, apporté d’informations supplémentaires sur le déroulement de la reprise.
Après des mois de préparation et de discussions, l’heure est désormais au test grandeur nature. À Longoni, la réussite de la reprise se mesurera dans les prochains jours à la capacité du port à assurer, sans rupture, sa mission essentielle pour l’approvisionnement de Mayotte.



































