Ambdilwahedou Soumaïla : ses grands projets structurants pour « changer le visage de Mamoudzou »

Dans cette deuxième partie de notre entretien, le maire de Mamoudzou évoque notamment les grands projets structurants en cours, contenus dans le projet de territoire « Mamoudzou 2030 ». Ils ont pour objectif d’arriver à « un aménagement équilibré du territoire ».

Flash Info : On a beaucoup parlé, au cours de votre précédente mandature, de vos « grands projets d’aménagement du territoire ». Pouvez-vous nous les détailler ?

Ambdilwahedou Soumaïla : Il s’agit de la partie la plus connue du projet « Mamoudzou 2030 ». Nous avons en effet plusieurs « grands projets structurants », qui ont pour objectif d’arriver à un aménagement équilibré du territoire en changeant complètement le visage de Mamoudzou. Nous souhaitons d’abord réaménager le front de mer. Nous espérons commencer la première phase de ce chantier d’ici la fin de l’année. Ce projet impliquera une réorganisation totale du centre-ville de Mamoudzou. Nous souhaitons également poursuivre le chantier de la ZAC (Zone d’Aménagement Concerté) de Doujani. Ce quartier a été complètement « bidonvillisé » ces dernières années et notre enjeu sera d’en faire « le premier quartier connecté de Mamoudzou ».

Nous projetons aussi de commencer le chantier de la ZAC de Tsoundzou et le réaménagement du front de mer de M’Tsapéré. Nous souhaitons construire un « palais des congrès » là où se trouvent aujourd’hui la décharge des déchets engendrés par Chido, en plus du collège d’excellence que le rectorat nous a demandé de prévoir dans ce même quartier. Nous avons également l’ambition de créer une deuxième zone économique, en plus de celle de Kaweni, à Tsoundzou, toujours dans un souci d’équilibrage du territoire. Dans le domaine sportif, nous souhaitons construire le complexe de Passamaïnty, celui de Baobab/M’Tsapéré et rénover le stade de Vahibé. Nous avons réalisé toutes les études préliminaires à la réalisation de ces projets au cours de notre première mandature pour un montant de 30 millions d’euros investis sur 6 ans. L’enjeu de ce deuxième mandat sera donc de « se rendre au guichet » pour mobiliser les partenaires afin d’obtenir les fonds pour faire de ces projets une réalité concrète.

F.I : Ces études sont payées, mais sont-elles terminées ?

A.S : Beaucoup sont terminées, d’autres sont encore en cours. Par exemple, les études pour la deuxième médiathèque de Mamoudzou, qui sera à Tsoundzou 1, sont terminées. Nous sommes « allés au guichet » et avons réussi à mobiliser des partenaires pour nous accompagner. Nous sommes donc actuellement en mesure de commencer les travaux. Lors de notre premier mandat, nous avons terminé les projets de notre prédécesseur et réalisé les études préliminaires pour nos propres projets.

F.I : Certains chantiers ont-ils néanmoins déjà commencé sous votre première mandature ?

A.S : Absolument. Le stade de Bamana sera livré au mois d’août prochain et celui de Tsoundzou, qui est un peu plus grand, sera livré fin décembre. Nous avons également lancé le chantier du stade de Kaweni, deuxième grand stade de la commune après celui de Tsoundzou. Dans le domaine de la sécurité publique, nous avons ouvert l’annexe de la police municipale aux Hauts-Vallons. Nous avions également ouvert celle de Passamaïnty, mais comme Chido est passé par là, il va falloir la refaire. Cette année 2026 sera donc surtout consacrée à la reconstruction post-Chido. Comme vous le voyez autour de vous, l’hôtel de ville de Mamoudzou est actuellement en chantier pour réparer les dégâts du cyclone, tout comme les 3 plateaux sportifs de la commune ainsi que le siège social de la police municipale.

F.I : Et où en sont les travaux de réparation des écoles maternelles et primaires ?

A.S : On a quasiment tout terminé, il ne nous reste que 4 écoles : deux à Cavani Sud et deux à Kaweni. Le 18 mai, on va livrer 7 salles à Kaweni dans les 2 groupes scolaires et un bloc à Cavani sud où les travaux sont plus avancés. J’ai d’ailleurs prévu une visite dans les écoles de Cavani sud le 7 mai prochain. Toutes les écoles abîmées par Chido seront donc entièrement restaurées d’ici la rentrée de septembre 2026.

F.I : La population se plaint régulièrement du fait que les MJC seraient « des coquilles vides », insuffisamment investies par les jeunes pour laquelle elles ont été d’abord conçues. Qu’avez-vous à répondre à cela ?

A.S : Il y a en tout cas 2 MJC pour lesquelles cette question-là ne se pose pas : celle de M’Gombani et celle de Kaweni, où nous sommes même parfois obligés de refuser des programmations. Dès notre arrivée à la tête de la municipalité, nous avons fait le choix d’installer des « coins lecture » dans toutes les MJC pour pallier le manque de médiathèques au sein de la commune. A la médiathèque de Passamaïnty et dans les MJC de M’Gombani et de Kaweni, nous avons également installé des espaces médias en lien avec le Carif-Oref. Ce dernier a financé des ordinateurs afin que les demandeurs d’emplois puissent venir faire leurs recherches dans ces espaces. De jeunes agents ont été mis à disposition par le Département pour accompagner ces personnes sur l’utilisation des outils numériques. Ces ordinateurs peuvent aussi être utilisés par les jeunes qui n’ont pas internet chez eux. Nous avons toutefois été confrontés à un vrai problème concernant les jeunes déscolarisés, qui sont actuellement au nombre de 600 sur la commune. Avec l’ancien recteur Gilles Halbout, nous avions mis en place dans les MJC de M’Tsapéré, Vahibé et tsoundzou 2, des « classes itinérantes ». Un professeur prenait en charge des petits groupes de 12 élèves et on effectuait des rotations. Les jeunes pouvaient ainsi bénéficier de 2h ou 2h30 de cours par jour. Malheureusement ce projet s’est arrêté depuis Chido à cause de la destruction des bâtiments. La reconstruction de la MJC de Vahibé est actuellement terminée, mais celle de M’Tsapéré et de Tsoundzou 2 sont encore en cours. Avant Chido, les MJC étaient donc en grande partie occupées par ces classes itinérantes. Elles ont aussi pour vocation d’être investies par les associations de quartier. Ce sont elles qui sont censées proposer des activités à la jeunesse de la commune. A M’Gombani et à Kaweni, ce système fonctionne bien. A Tsoundzou 2, nous avons une convention avec une association qui fait de la musique traditionnelle. Des répétitions avec les jeunes du quartier ont lieu tous les après-midis.

F.I : Et est-ce que ces MJC peuvent accueillir des spectacles culturels ou des concerts pour palier le manque de salle de spectacle dans la commune de Mamoudzou ?

A.S : Il y a là un vrai sujet. Dans notre projet d’excellence, il y a aussi l’excellence culturelle. Nous avons le projet de mettre en place une troupe de théâtre communale en structurant toutes les associations de chants et danse traditionnelles de la commune. Car il faut occuper les jeunes des quartiers défavorisés et leur donner un espace d’expression. Toutefois, nous nous sommes fait « taper sur les doigts » par la Chambre Régionale des Comptes. Elle nous a dit qu’il n’était pas normal que les associations viennent profiter du matériel installé dans les MJC pour faire leurs spectacles sans payer. Nous demandons donc dorénavant une contribution financière aux associations, ce qui leur pose problème car avant c’était gratuit. Mais on a changé d’époque et ce sont les nouvelles directives de la Chambre. Pour certaines associations, c’est un frein.

F.I : Je me permets de rebondir sur la Chambre Régionale des Comptes. Où en sont les comptes de la mairie de Mamoudzou à ce jour ?

A.S : Toutes les communes de Mayotte sont en difficulté, notamment sur la partie trésorerie. Quand la Chambre Régionale des Comptes fait des contrôles, elle le fait toujours à cheval sur 2 mandatures, justement pour éviter de stigmatiser un seul maire. Le dernier contrôle concernait la période 2018-2023, autrement dit 2 ans de la mandature de mon prédécesseur Majani et 3 ans me concernant. La Chambre a pointé du doigt 14 recommandations concernant le contrôle précédent qui n’avaient pas été suivies et nous a fait 7 nouvelles recommandations. Nous les avons quasiment toutes mises en œuvre. Par ailleurs, le préfet a saisi la chambre après le dépôt de notre exécution budgétaire de 2024, car nous avions déposé un budget en déficit de 11 millions d’euros en investissements et de 1,2 millions d’euros en fonctionnement. Les collectivités ont en effet le droit de clôturer leur budget avec un déficit maximal de 5%, mais là ça faisait 9%, ce qui donnait le droit au préfet de demander à la Chambre de prendre la main sur notre budget. La Chambre nous a demandé de nous expliquer, ce que nous avons fait. Son président nous a ensuite écrit pour nous signifier qu’elle estimait que les mesures que nous proposions en 2025 étaient suffisantes pour résorber le déficit de 2024. Elle a donc décidé de nous laisser la main sur le budget, le sujet était donc clos. Le 23 avril 2026, nous avons validé le budget 2026 (le CFU) à plus de 4 millions d’euros d’excédent en fonctionnement. Il reste un déficit de 2 millions d’euros en investissement. Il faut juste que nous arrivions à récupérer l’argent qu’on nous doit pour résorber ce déficit. A Mayotte, nous avons peu de marge de manœuvre car seulement 20% des contribuables payent pour tout le monde et, par ailleurs, les dotations des communes ne sont pas calibrées sur la taille réelle de la population. Comme notre recensement n’est pas fiable, nous sommes sous-dotés et cela fait partie des sujets que nous allons porter très prochainement devant le gouvernement.

F.I : Est-ce à dire que vous n’avez pas confiance dans le récemment de l’INSEE ?  

A.S : Ce n’est pas tant une question de confiance. C’est surtout que le dernier récemment date de 2017 et, entre temps, la population a largement augmenté. De 2017 à 2026, nous avons donc été sous-dotés. Depuis 2020, le recensement se fait annuellement. Le problème est que Chido est venu casser tout le travail de recensement effectué depuis 2020 avec une redistribution complète de la population. Il a donc fallu tout recommencer et la référence reste encore à ce jour le chiffre de 2017. Depuis 9 ans nous sommes donc sous-doté, ce qui nous pénalise. Quand le nouveau recensement sera effectif en 2027, ce sera la nouvelle référence, mais nous auront perdu 10 ans de dotations. Nous allons donc demander un rattrapage sur la période 2017-2027. Je ne sais pas si nous auront gain de cause, mais nous allons essayer, car cette situation n’est pas normale.

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Journaliste

Nora Godeau est journaliste indépendante à Mayotte. Elle couvre les enjeux sociaux, culturels et environnementaux du territoire, avec une attention particulière portée aux voix locales et aux initiatives de terrain.

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