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Les larmes aux yeux, les souvenirs douloureux refaisant surface à grands flots, les quelques chatouilleuses encore en vie à Pamandzi ont répondu présentes à l’invitation du maire de la commune, Issoufi Maandhui, et de son conseil municipal. Elles ont engagé un véritable travail de mémoire à destination des nouvelles générations et réclamé des réparations mémorielles légitimes en faveur de leurs compagnonnes de lutte aujourd’hui disparues.
Elles n’en démordent pas : elles refusent d’être les oubliées de l’histoire contemporaine de Mayotte. Les anciennes compagnonnes de route de Zéna Mdéré, encore en vie, ont tenu à faire entendre leur voix à l’occasion de la commémoration du 27e anniversaire de son décès.
La tentative avortée de panthéonisation de cette figure emblématique de la défense de Mayotte française, portée par la députée (RN) Anchya Bamana, n’a nullement découragé les chatouilleuses encore en vie. Bien au contraire, celles-ci se sont mobilisées tout au long de la semaine écoulée dans le cadre d’une démarche qu’elles présentent comme un « devoir de mémoire » à l’égard des jeunes générations de Mahoraises et de Mahorais.
Même si la récente proposition de loi portée par la parlementaire Anchya Bamana, fille de leur illustre et charismatique dirigeante, visant à faire entrer Zéna Mdéré au Panthéon n’a pas été évoquée, les anciennes compagnonnes de lutte de cette dernière n’ont pas manqué d’adresser plusieurs doléances aux différentes autorités locales.
Elles refusent de devenir les grandes oubliées de l’histoire de Mayotte. Elles exigent une reconnaissance populaire et politique qui leur est due, mais également une reconnaissance à la hauteur de l’engagement des différentes figures historiques du Mouvement populaire mahorais (MPM), principal instrument politique de l’ancrage de Mayotte dans la République française.
« Un grand nombre de jeunes élus choisissent d’oublier qu’ils portent aujourd’hui des costumes de différentes couleurs grâce à nos sacrifices et à notre solidarité sans faille dans la défense de notre cause. Ils ne s’intéressent quasiment pas au parcours que nous avons emprunté ni à toutes les renonciations auxquelles nous avons consenti pour leur ouvrir le chemin vers un avenir meilleur que celui que nous avons connu jadis », déplore madame Safy Daye, résidente du quartier Oussiné, situé à proximité du cimetière Ha Chihawa, où repose Zéna Mdéré.
Les doléances des anciennes militantes, transmises à l’ensemble des élus mahorais par l’intermédiaire du maire de Pamandzi, Issoufi Maandhui, concernent l’ensemble des personnalités ayant pris part au combat pour Mayotte française.
« Il est vrai que certains édifices publics portent les noms de Younoussa Bamana, de Zéna Mdéré ou de Bouéni M’titi. Mais ils n’ont pas été les seuls à défendre la cause de Mayotte. Il y a aussi des figures connues telles que Marcel Henry, Zoubert Adinani, Adrien Giraud, Younoussa Ben Ali, Abdallah Houmadi, premier maire de la commune de Mamoudzou, Zaïna Méresse et Moida Saïd, premières femmes élues conseillères générales à Mayotte, sans oublier tous les moins connus et les anonymes qui ont œuvré pour l’avenir de ce territoire. Pourquoi leur histoire n’est-elle pas enseignée à notre jeunesse aujourd’hui ? Pourquoi sont-ils oubliés par les responsables politiques actuels et les différentes collectivités locales ? », interroge une autre contemporaine de Zéna Mdéré, qui a tenu à faire le déplacement pour participer aux festivités commémoratives.
Une occasion exceptionnelle de recueillir des témoignages à transmettre aux générations futures
Les chatouilleuses encore en vie réclament une véritable réparation mémorielle dans chacune des 17 communes de Mayotte, avec notamment une mise en valeur des personnalités anonymes ou méconnues qui ont participé à la marche de Mayotte vers son intégration dans la République française.
Au-delà de cette première revendication, elles ont été unanimes, rejointes dans cette démarche par Soilihi Ahmed Soilihi et Haritti Ibrahim, autres contemporains de Zéna Mdéré, de Younoussa Bamana et de Marcel Henry, pour demander solennellement la réhabilitation historique d’Issouf Sabili.
Ce dernier souffre aujourd’hui d’une image négative de traître à la cause de Mayotte française, alors même qu’il aurait été à l’origine de plusieurs des principaux faits d’armes de Zéna Mdéré et de ses acolytes.
Ces célébrations ont également constitué une occasion inespérée de recueillir des témoignages audiovisuels auprès de toutes les chatouilleuses encore en vie. Des récits poignants, empreints d’une profonde émotion, parfois ponctués de larmes, faisant ressurgir des souvenirs douloureux demeurés intacts dans les cœurs, les corps et les esprits.
Les anciennes militantes réclament la création de rues, de places et d’édifices publics portant les noms de toutes celles et de tous ceux qui ont contribué, d’une manière ou d’une autre, à la séparation politique de Mayotte d’avec le reste de l’archipel des Comores en 1975.
Dans leurs témoignages, aussi divers que variés, elles n’ont pas tari de détails sur l’événement majeur qui leur a valu l’appellation de « chatouilleuses ». Elles sont notamment revenues sur le jour où elles ont réussi à faire peur à Saïd Mohamed Cheikh, alors président du Conseil de gouvernement du territoire d’outre-mer des Comores (TOM), qu’elles désignent comme étant à l’origine de tant de malheurs et de souffrances infligés aux habitants de Mayotte à cette époque.
Ce sont des histoires dramatiques qu’elles ont racontées avec une douleur palpable, dans le seul but d’instruire les jeunes générations, actuelles et futures, sur ce que furent les vingt années de destin commun de Mayotte avec les trois autres îles des Comores, dans le cadre d’une organisation territoriale héritée de la période coloniale française.
Elles demandent une cérémonie spécifique pour commémorer le décès de Marcel Henry
La commune de Pamandzi a décidé de créer un musée numérique au sein de sa bibliothèque municipale. Celui-ci sera destiné à conserver durablement ces témoignages, à les enrichir au fil des années et à les mettre à la disposition des universitaires et des chercheurs susceptibles de s’intéresser à cette période de l’histoire de l’archipel de Mayotte.
Parmi les temps forts de ces célébrations du 27e anniversaire de la disparition de Zéna Mdéré, il convient de retenir la conférence animée par le docteur Alain Kamal Martial Henry, consacrée au rôle matriarcal joué par Zéna Mdéré dans le Maoulida ya Shenge, manifestation culturelle et cultuelle intrinsèquement liée à l’histoire récente de Mayotte.
Cette intervention, particulièrement appréciée par l’assistance, s’est tenue le vendredi matin 30 octobre 2026, à la veille du grand Maoulid commémoratif nocturne. Celui-ci a rassemblé, sur la place des Congrès à Pamandzi, des centaines de femmes et d’hommes venus d’horizons divers pour se réunir autour de la mémoire de Zéna Mdéré, de Marcel Henry, de Younoussa Bamana et de toutes les autres figures ayant marqué l’histoire de Mayotte.
À la demande expresse des chatouilleuses encore en vie, les communes de Dzaoudzi-Labattoir et de Pamandzi pourraient organiser un autre Shéingué, exclusivement dédié à l’ancien sénateur de Mayotte, Marcel Henry, qui a porté le combat pour Mayotte dans l’hémicycle du Sénat français durant plusieurs mandats.
Il est décédé un 30 octobre, à quelques pas seulement de cette place des Congrès, dans sa résidence située rue du Jardin.
Journaliste politique & économique

































