Avenir économique de la Petite-Terre : ce n’est encore que du vent vendu aux habitants de l’archipel

Avant de demander à des élus mahorais de réfléchir sur l’après transfert de l’aéroport de Petite-Terre à Grande-Terre, faut-il encore être en mesure de leur démontrer que le projet de la nouvelle plateforme aéroportuaire de Bouyouni soit finançable. La conseillère départementale Hélène Pollozec met l’Etat devant ses responsabilités et rappelle toutes les fragilités d’une réflexion vendue aux Mahorais comme irréversible à l’heure où la Refondation de Mayotte post-Chido tant annoncée à coups de tocsin semble avoir sérieusement et visiblement du plomb dans l’aile.  

Il est désormais de coutume pour les services de l’Etat et des collectivités locales de tenir la presse à l’écart des discussions relatives à la « Refondation de Mayotte » (qui n’en est pas une) sans doute par crainte de questions pertinentes pour lesquelles ils n’ont aucune réponse à donner. En effet, hormis certaines séquences de pure « com’ », l’essentiels des échanges se tiennent délibérément, en catimini, et non sont connus du grand public qu’à travers le postage sur les réseaux sociaux de photographies ou de podcasts par de rares élus désireux de soigner leur image personnelle ou partager leur opposition à des mesures décidées durant ces rencontres. Cette manière de procéder, assez peu démocratique faut-il le souligner au passage, en dit long sur le sérieux de ladite « Refondation » post-Chido, dont plus personne n’y croit en vérité sur le territoire.

De recadrages divers en rétropédalages multiples et variés, les plus optimistes des habitants de l’archipel en sont arrivés à se convaincre que seul l’avènement d’un prochain gouvernement en 2027 leur permettra de continuer à y croire ou poser définitivement un coquillage contendant sur ce doux rêve de quelques mois. Une fois de plus, il a été question la semaine écoulée du fameux aéroport de Bouyouni dans une réunion stratégique animée par le préfet de Mayotte Frédéric Poisot, à Pamandzi. Plus exactement du devenir économique de la Petite-Terre une fois que la plateforme actuelle sera remplacée par celle de Grande-Terre dans la forêt primaire de Bouyouni. Et une fois de plus, les élus locaux se sont tus, prenant faits et cause pour la version servie par les services de l’Etat. Leur passivité fut totale moyennant la promesse d’un hypothétique investissement de plusieurs millions d’euros dans les deux communes de Dzaoudzi-Labattoir et Pamandzi.

Faut-il encore les trouver pour être en capacité un jour prochain de les utiliser pour rebooster l’économie en berne de la deuxième île de l’archipel mahorais. Electron libre au sein de l’Assemblée de Mayotte, Hellène Pollozec, la conseillère départementale de Mamoudzou 1 (binôme de Sidi Nadjaïdine) a joué à la rabat-joie au cours de cette réunion sur le devenir économique de la Petite-terre. Pour mémoire, la députée (de la première circonscription législative de Mayotte) Estelle Youssouffa, indéfectible soutien de Gérald Darmanin, le père de l’opération anti-immigration Wambuhu qui a fait pschitt à cause du dictateur comorien Azali Assoumani et des du dictat des juges rouges au tribunal de Mamoudzou, est une fervente défenseuse du faux transfert de l’aéroport de Mayotte à Bouyouni.

Le futur aéroport de Bouyouni, encore une arlésienne vendue à des électeurs mahorais cousue de fils dorés à la veille d’importantes échéances électorales en 2027 et 2028

L’on se rappelle qu’elle avait fait un rétropédalage, il y a de cela quelques mois, au motif qu’elle ne voyait pas encore très claire sur la requalification économique de la Petite-Terre. L’infantilisation des élus mahorais se poursuit malheureusement, malgré le désordre ambiant qui règne à l’échelle nationale depuis la révolte lycéenne de ces derniers jours, partie de Mayotte une fois n’est pas coutume !  Posture résignée adoptée par la quasi-totalité des élus actuels de la Petite-Terre, y compris les plus prétentieux d’entre eux, à l’exception du sénateur Saïd Omar Oili ! D’autres préféreront probablement nuancer cette appréciation pour rester dans une position plutôt terre à terre. Quoi qu’il en soit, on retiendra qu’à cette occasion, c’est une élue de Grande-Terre qui a tenu tête au délégué du gouvernement pour le ramener sur des réalités aux antipodes de brumes non humides que le gouvernement Lecornu n’a de cesse de chercher à faire avaler au demi-million d’habitants que compte l’archipel.

Avenir économique de la Petite-Terre : ce n’est encore que du vent vendu aux habitants de l’archipel
Hélène Pollezec rappelle que la faisabilité concrète dépendra surtout de la posture définitive et de la bonne volonté du prochain gouvernement à vouloir ou non prioriser ce projet.

Et particulièrement dans cette mousson annoncée – très peu probable – d’une refondation de Mayotte post-Chido à, quasiment deux années de la date d’anniversaire de ce funeste souvenir pour Mayotte. Pour Hélène Pollezec, aborder la question de l’avenir économique de la Petite-Terre est « une question essentielle pour les habitants, les entreprises et plus largement pour l’équilibre économique et territoriale de l’île ». Mais elle agite aussitôt un carton rouge en direction du préfet Frédéric Poisot, « réfléchir à l’avenir économique de la Petite-Terre ne doit pas forcément revenir à considérer comme définitivement acquis le transfert de l’aéroport en Grande-Terre ». Elle a rappelé que l’Assemblée de Mayotte qu’elle représentait à cette réunion s’est prononcée précédemment, à l’unanimité, en faveur du maintien de l’aéroport en Petite-Terre.

Une position politique qui selon elle ne peut aucunement être ignorée dans la réflexion engagée à l’occasion de ce rassemblement de début de semaine à Pamandzi. En guise de galet jeté dans la marre étatique, Hélène Pollezec a rappelé au délégué du gouvernement que le développement économique et l’aménagement du territoire relève par ailleurs des compétences majeures du Département-Région de Mayotte et que de ce fait, il est indispensable que la principale collectivité de l’île soit pleinement associée   aux études, aux mesures d’accompagnement des usagers et aux décisions structurantes qui engagent l’avenir de l’archipel. « Nous ne pouvons pas être simplement être associé à la gestion des conséquences de décisions auxquelles nous n’aurons pas pleinement participé » !

Le silence assourdissant et inexpliqué des élus de Petite-Terre face aux imprécisions de l’Etat sur un projet ô combien important pour l’économie locale

Dans cette position librement exprimée en décalage absolu de la posture « béni oui-oui » des élus de la localité présents à cette réunion, la conseillère départementale de Mamoudzou 1 a insisté pour soulever une interrogation majeure sur la faisabilité financière du projet de transfert de l’aéroport en Grande-Terre. Interrogation que se pose sans cesse, au demeurant, de centaines de milliers d’habitants de Mayotte : l’absence sidérale dans le projet de loi de finances 2027 de la nation des crédits affectés aux travaux du nouvel aéroport supposé prendre forme dans la forêt primaire de Bouyouni, unique poumon agricole rescapé du territoire. Si elle n’exclut pas la possibilité d’une évolution dans le cadre des débats parlementaires en cours à l’Assemblée nationale en vue du vote prochain du budget, Hélène Pollozec n’hésite pas à appuyer là où ça fait mal, « ce qui m’interpelle c’est que ces mêmes crédits ne figuraient déjà pas dans la loi de finance de l’année précédente ».

Dans un podcast qu’elle a fait circuler sur les réseaux sociaux ces jours derniers, l’élue départementale rappelle aux Mahoraises et Mahorais que quelque soit le scénario envisagé entre adoption, rejet du budget ou loi spéciale, les crédits au lancement des travaux du futur aéroport ne figurent nulle part. Elle martèle à hue et à dia qu’en pareilles conditions les travaux à Bouyouni de démarreront pas en 2027. Elle a rajouté en direction du préfet Fréderic Poisot que cette absence de crédit la préoccupait au plus haut point car aucune garantie n’est donnée quant à la probabilité que le gouvernement qui succèdera à celui de Sébastien Lecornu s’engagerait dans les mêmes conditions et les mêmes priorités sur ce projet.

Autre question pertinente posée par la conseillère départementale, « Comment peut-on sérieusement envisager le déplacement d’une infrastructure aussi stratégique sans que les financements nécessaires à sa réalisation soient clairement identifiés et programmés » ? Dans sa lancée, elle souligne que pour l’heure personne ne connaît le calendrier précis ni le plan de financement et pas même les garanties de réalisation de cette infrastructure. Elle demande à l’Etat de communiquer le coût actualisé de ce projet de transfert d’aéroport de Pamandzi à Bouyouni, les sources de financement envisagées et le calendrier de mobilisation des crédits.

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