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Stade et gymnase de Cavani : dix ans d’attente et des chantiers sans fin

Depuis près de dix ans, la réhabilitation du stade de Cavani s’enlise, tandis que le gymnase voisin reste hors d’usage malgré des travaux annoncés depuis plusieurs années. Entre retards, procédures et manque d’informations pour les clubs, l’avenir des deux équipements sportifs reste dans le flou. Le Département-Région assure pourtant que les chantiers sont bien en cours.

De part et d’autre du boulevard Marcel-Henry, à Cavani, le temps semble s’être arrêté. D’un côté, les abords du stade et de sa tribune sont progressivement gagnés par les herbes et les arbustes, qui poussent au milieu d’une piste d’athlétisme parsemée de cicatrices et de traces d’usure. Les clôtures éventrées laissent passer les animaux — chiens, chèvres — mais aussi les habitants du quartier, venus chercher un peu d’ombre. De l’autre, le gymnase et son imposante façade couverte de graffitis ressemblent à une carcasse de navire échouée.

Deux histoires différentes, un même constat

Sous ces airs de décrépitude, les deux équipements ne connaissent pourtant pas le même sort. Le stade continue d’accueillir chaque jour clubs et sportifs, malgré un état de dégradation avancé, alors que le gymnase est aujourd’hui complètement inutilisable. Pour autant le constat est le même : de part et d’autre du boulevard, l’avenir de ces deux infrastructures reste flou.

Le stade est engagé dans une réhabilitation depuis 2016, année où la première pierre a été posée pour un chantier annoncé sur 18 mois. Mais les travaux prennent rapidement du retard et, au fil des années, le projet s’enlise. En 2023, le stade est en partie occupé par un camp de migrants, qui sera démantelé au printemps 2024, sans pour autant débloquer le chantier.

En 2026, alors que le stade est toujours utilisé dans des conditions dégradées, de nouvelles procédures sont engagées pour reprendre les travaux. Une première consultation pour la réhabilitation des aires sportives est finalement abandonnée après une décision du tribunal administratif, avant qu’une nouvelle procédure ne soit relancée dans la foulée. En juin, le Département annonçait notamment de nouvelles interventions sur la pelouse synthétique, la piste d’athlétisme et l’éclairage, avec une remise en service désormais espérée début 2027, moment où le stade sera “remis à la population”.

Le gymnase, lui, traîne une histoire plus ancienne et plus lourde. Construit en 1995, il faisait déjà l’objet de dégradations importantes en 2018, après plusieurs années sans véritable rénovation. Mais son histoire est aussi marquée par un accident mortel survenu le 17 mai 2014. Alors que deux électriciens intervenaient sur l’éclairage, leur échafaudage s’était renversé et l’un des ouvriers était décédé des suites de ses blessures.

Dix ans après les faits, le Département a été jugé pour homicide involontaire et condamné en 2024 à 50.000 euros d’amende pour des manquements aux règles de sécurité. Entre-temps, des programmes de rénovation avaient été annoncés en 2019-2020, puis un nouveau projet de réhabilitation avait été retenu en 2023. Le cyclone Chido est encore venu endommager la toiture et les travaux ont repris fin 2025. Mais aujourd’hui, le gymnase est toujours hors d’usage.

Les clubs attendent des travaux concrets et des informations

Pour les clubs qui utilisent le stade de football, dont l’US Kavani, mais aussi les jeunes de la Section d’Excellence Sportive de la Ligue mahoraise de football, il faut continuer à composer avec des conditions d’entraînement dégradées. Après dix années de chantier, la rénovation ressemble à une course sans fin, tandis que la perspective de pouvoir enfin profiter d’un stade véritablement rénové semble toujours s’éloigner.

“Évidement, on a hâte que les travaux finissent, on galère, surtout qu’on ne peut pas s’entraîner en nocturne, en raison de l’absence de lumière. On s’adapte comme on peut”, souligne le président de l’US Kavani, Hassani Kambi Ousseni, devenu un habitué des prises de parole sur ce qui se passe autour du stade, bien au-delà des seuls résultats de son équipe.

“Le souci c’est que le stade est ouvert à tout le monde, et que les gens rentrent de tous les côtés. L’après-midi ça devient impossible de s’entraîner”, remarque Jacky Canosi, directeur de la Section d’Excellence Sportive de Cavani, ancien footballeur professionnel devenu entraîneur puis recruteur, notamment pour le Racing Club de Strasbourg. “Le matériel, les buts ça se casse, lorsque tout cela n’est pas surveillé. Même des morceaux de pelouse sont récupérés, et il y a des trous”.

“C’est dommage car cela pourrait être un super site pour le sport à Mayotte, avec le gymnase à côté et le terrain synthétique plus haut”, ajoute-t-il, lui aussi sans nouvelles sur l’avancée des travaux.

Du côté du gymnase, le président du club de basket de Cavani, Fuz’Ellipse, Ianis Toumbou Dani, déplore l’état de l’équipement et le manque d’informations. “Le gymnase est en chantier depuis 2012 et nous n’avons aucune nouvelle concernant les soi-disant travaux en cours. Le Conseil départemental ne nous a tenu au courant de rien”. 

Les travaux “en cours” sur les deux équipements selon le Département-Région

Interrogé à propos de l’avancée des travaux du stade et de la réhabilitation du gymnase, le Département-Région, par le biais de Hamada Nachirina, chargé du suivi des travaux, indique que “le stade est en cours de travaux au niveau de la tribune. On est en phase de second œuvre et finitions. Une consultation est par ailleurs en cours pour les travaux concernant la piste, l’éclairage et la reprise du terrain de jeu”.

Pour le gymnase, il assure que “le gros œuvre est réalisé à 90 %, tout comme la charpente et la couverture, tandis que les autres travaux sont encore en cours”.

Un constat que semble confirmer une personne travaillant sur place, rencontrée ce jeudi en fin de matinée. “Entre huit et neuf entreprises interviennent actuellement, notamment pour les travaux de maçonnerie, de métallerie, les portes, la peinture et le carrelage. Certains travaux devraient être terminés la semaine prochaine”, précise-t-il.

“La pose du sol souple doit ensuite intervenir, tandis que dès la semaine prochaine les échafaudages vont être installés pour repeindre la façade”. Le chantier aurait toutefois pris du retard en raison de difficultés d’approvisionnement en matériel, certains équipements mettant du temps à arriver. 

À l’origine, la réhabilitation du stade avait été chiffrée à 10,4 millions d’euros, contre 1,5 million pour celle du gymnase. Des montants qui, au regard des années de retard, des procédures successives et de la dégradation continue des deux équipements, risquent encore de s’alourdir.

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