À Mamoudzou, la distribution des collations scolaires est reportée jusqu’à nouvel ordre. La Caisse des écoles évoque des raisons indépendantes de sa volonté, tandis qu’un prestataire fait état de plusieurs mois d’impayés qui auraient conduit à l’arrêt des livraisons. Une situation qui suscite l’inquiétude des parents et des enfants.
Une semaine après la rentrée scolaire, alors que certains établissements ne sont toujours pas ouverts ou rencontrent encore des difficultés de reconstruction et d’accueil des élèves, notamment à Vahibé, Kawéni et Acoua, c’est au tour des collations scolaires d’être perturbées. À Mamoudzou, leur distribution est reportée jusqu’à nouvel ordre.
Dans un courrier adressé ce mercredi 2 septembre aux écoles de la commune, la Caisse des écoles de Mamoudzou indique que “pour des raisons indépendantes de sa volonté, et afin de garantir un service dans des conditions satisfaisantes, la distribution des collations scolaires est reportée à une date ultérieure”.
“Cette date de reprise du service sera communiquée prochainement, ainsi que les modalités de compensation des jours durant lesquels le service n’aura pas pu être assuré”, ajoute le communiqué, sans apporter davantage de précisions sur les raisons de ce report.
Plusieurs mois de factures impayées
Selon un prestataire chargé de la livraison des collations scolaires, qui a souhaité conserver l’anonymat, cette interruption s’expliquerait par plusieurs mois de factures impayées de la part des collectivités, notamment de la Caisse des écoles de Mamoudzou, remontant à la rentrée scolaire de janvier 2026. Des impayés qui auraient conduit les entreprises concernées à suspendre leurs livraisons.
Pour ce prestataire, les conséquences sont lourdes. Il estime le manque à gagner à plusieurs dizaines de milliers d’euros et affirme être contraint de procéder à des licenciements économiques. Les salariés concernés sont employés à l’année, les entreprises assurant également la livraison des collations dans le cadre des activités périscolaires.
“C’est difficile depuis le cyclone Chido mais maintenant nous sommes dans le flou complet”, regrette-t-il, expliquant n’avoir reçu aucune indication sur une éventuelle reprise des paiements.
Pour l’heure, seuls les établissements de Mamoudzou sont concernés par cette interruption. Les entreprises chargées de la livraison des collations intervenant sur l’ensemble du territoire, elles n’excluent toutefois pas que d’autres communes puissent être affectées si la situation perdure.
Des fonds dédiés de la Caf non versés aux prestataires ?
Le 20 juin dernier déjà, le maire de Koungou Saïd Ahamadi Raos avait annoncé la suppression du financement des collations scolaires distribuées par la Caisse des écoles dans les écoles maternelles et élémentaires.
La municipalité justifiait cette décision par la nécessité de restructurer la Caisse des écoles. Le maire évoquait de “l’argent volé” sans donner plus d’information à ce sujet, et souhaitait pouvoir proposer des “goûters de meilleure qualité et non plus des produits souvent périmés”.
Il avait également indiqué que la Caisse d’allocations familiales (Caf) et la Caisse de sécurité sociale de Mayotte (CSSM), qui financent habituellement ces collations via les collectivités, devaient désormais verser directement les allocations aux familles concernées.
Des déclarations qui prennent aujourd’hui une résonance particulière et qui viennent étayer la théorie selon laquelle l’argent est bien alloué aux collectivités par la Caf, mais qu’il est ensuite intégré à leur budget général sans être spécifiquement destiné au paiement des entreprises chargées de la livraison des collations.
Une hypothèse avancée par le prestataire interrogé ce mercredi, mais également évoquée par des chefs d’établissement du côté de Koungou, qui regrettent de voir le fonds social de la commune ne pas être mobilisé pour les collations. Le prestataire ajoute que cette situation influe également sur la qualité des repas distribués.
Contactée à plusieurs reprises par la rédaction de Flash Infos, la Caisse des écoles de Mamoudzou n’a pas répondu aux demandes de précisions.
Des parents d’élèves plongés dans la confusion
À 12 h 14, à l’école maternelle Jardin Fleuri de Cavani, les parents d’élèves découvrent, surpris, inquiets et surtout dans l’incompréhension, le communiqué de la Caisse des écoles de Mamoudzou annonçant le report de la distribution des collations. Le document, imprimé, est affiché sur le portail de l’établissement ainsi que dans la cour de récréation.
Au-delà de déplorer l’arrêt de la distribution de la collation, essentielle pour de nombreux enfants, tant pour leur équilibre alimentaire que pour leurs conditions d’apprentissage, se pose la question du devenir des cotisations déjà versées. À Mamoudzou, la campagne de paiement des collations scolaires pour l’année 2026-2027 est ouverte depuis la fin du mois de juin et se poursuivra jusqu’au 31 décembre.
Le montant de la participation est fixé à 65,60 euros par enfant. Un coût non négligeable pour les familles nombreuses, mais toujours plus avantageux que de s’approvisionner dans les grandes surfaces.
Les parents qui ont déjà réglé leur cotisation s’interrogent désormais sur un éventuel remboursement. Ceux qui prévoyaient encore de la payer préfèrent attendre d’en savoir plus.
Devant le portail de l’école, une jeune femme venue déposer son petit frère explique qu’elle comptait justement s’acquitter de la cotisation. “Je voulais payer cette année, mais là je ne sais pas ce que je vais faire. En attendant, je vais être obligée d’aller dans les boutiques pour acheter les goûters”.
“C’est inquiétant, en plus j’ai déjà payé la cotisation”, note une mère, ses deux enfants assis à l’ombre avant d’entrée en classe, “je ne sais pas comment on va s’organiser, et lorsque les enfants n’ont pas leur goûté c’est compliqué, ils me demandent pourquoi”.
Une autre parent assure qu’elle n’aura d’autre choix que de s’adapter. “J’ai déjà payé, mais maintenant je vais faire avec. Je préparerai des pâtes, des frites et je donnerai du jus à ma fille à la maison”.
Plus largement, plusieurs parents redoutent les conséquences de cette suspension sur leur organisation quotidienne. “Le matin, je fais à manger pour que mes enfants aillent en cours le ventre plein et qu’ils tiennent jusqu’à la collation de l’après-midi. Mais maintenant, qu’est-ce qu’on va faire ? Il y a des parents qui travaillent et qui ne peuvent pas gérer cela seuls”, déplore un papa.
L’établissement indique lui-même ne pas connaître les raisons de l’arrêt des livraisons, et à ce stade, aucune information supplémentaire n’a été communiquée aux familles.



































