Mamoudzou annonce une hausse très significative du niveau de la taxe foncière sur son territoire (+95 %). Le maire, Ambdilwahidou Soumaïla, justifie cette mesure par l’absolue nécessité de trouver des recettes complémentaires pour reconstruire la ville, chef-lieu de Mayotte. Il assure que cette décision a été votée en toute transparence par son conseil municipal au cours du mois d’avril 2026.
Une mesure impopulaire, annoncée au public par le maire de Mamoudzou lors de sa conférence de presse du lundi 31 août 2026, fait réagir une partie de ses administrés cette semaine. Conscient de l’effet que celle-ci allait produire, Ambdilwahidou Soumaïla a plutôt joué franc jeu, sans aucune malice politicienne dans sa démarche. La taxe d’habitation a été revue à la hausse sur le territoire communal, sur décision du conseil municipal, qui a eu à se prononcer par vote sur le sujet en avril dernier. Le premier magistrat de la ville, chef-lieu de Mayotte, a insisté sur le fait que le vote des élus municipaux s’était déroulé dans « une totale transparence » et qu’il entendait le faire savoir à la population.
Le niveau de cette hausse (+95 %) ne pouvait que donner lieu à une expression de mécontentement de la part d’une frange importante des administrés de Mamoudzou. Ali Ahamada (nom d’emprunt, l’intéressé ayant fait valoir son droit à l’anonymat), rencontré aux abords du stade de Cavani hier matin, mercredi 2 septembre 2026, explique qu’il se retrouve à devoir payer plus de 3 000 euros de taxe foncière annuelle, alors que ses maigres revenus lui imposent un quotidien très difficile face aux obligations familiales auxquelles il doit faire face.
« Pour moi, réussir à joindre les deux bouts relève chaque jour de la haute voltige. Cette nouvelle hausse a été pour moi un véritable coup de massue. Pour le moment, je ne sais pas encore comment je vais m’y prendre, mais advienne que pourra », fait-il part, le regard résigné.
« À cette allure-là, les petites gens comme moi et les miens ont très gros à perdre, entre les différentes hausses de prix qui tombent en avalanche à Mayotte », ajoute-t-il.
Si cela peut consoler ce citoyen désabusé, il n’est pas le seul à râler contre cette hausse vertigineuse de la taxe d’habitation. Mohamed Abdou, un opérateur économique installé de longue date dans la capitale mahoraise, n’a eu de cesse de contacter la rédaction de Flash Infos par téléphone au cours des deux derniers jours pour dénoncer la mesure annoncée par Ambdilwahidou Soumaïla par voie de presse.
« Nos élus ont-ils réellement conscience de ce qu’ils viennent de nous imposer là ? Je ne le pense pas ! Autrement, ils auraient pris en considération toutes les difficultés que nous traversons depuis deux ans, après le cyclone Chido et même avant cet événement dramatique. »
Il n’exclut pas de revoir la mesure à la baisse si les conditions le permettent à l’avenir
Le commerçant estime que le niveau de cette hausse est démesuré et que son impact sur la vie des ménages sera désastreux.
« Je me serais attendu à tout, sauf à une telle annonce, qui nous donne le sentiment d’une punition collective en palliatif aux sous-investissements de l’État dans les communes mahoraises. »
Une chose est certaine : pour lui aussi, la pilule ne passe pas. Il s’interroge sur ce qui a véritablement motivé cette décision du conseil municipal, passant en revue quantité de scénarios.
Pour le maire de Mamoudzou, cette hausse serait dictée par le besoin de trouver de nouvelles recettes pour construire la ville. Il avance également que cette taxe avait été maintenue à son niveau durant son précédent mandat.
« En 2025, le taux de la taxe d’habitation était de 15,71 %, tandis que celui de la taxe foncière sur les propriétés bâties était de 9,71 %, contre 4,23 % pour le foncier non bâti », fait-il remarquer, précisant au passage que « les trois sont respectivement passés à 30,71 %, 1,93 % et 8,27 % ».
Développer la ville, chef-lieu de Mayotte, et répondre aux aspirations de sa population à la modernité coûtent cher, fait valoir l’homme politique aux trois casquettes — maire de Mamoudzou, président de l’Association des maires de Mayotte et président de la CADEMA.
« On doit trouver des recettes complémentaires pour reconstruire. Les parents d’élèves, qui ne veulent pas savoir si la ville a les moyens ou pas, ont envie de pouvoir mettre leurs enfants à l’école. On doit reconstruire le système de sécurité », a plaidé Ambdilwahidou Soumaïla lors d’une intervention télévisée chez nos confrères de France Télévisions, défendant ainsi sa position et celle des autres élus de sa majorité municipale.
Il sollicite donc la compréhension des contribuables de sa commune, demandant à chacun de consentir à des efforts, allant même jusqu’à promettre une baisse de 10 % du train de vie de la municipalité et une possible révision à la baisse de cette taxe d’habitation lorsque les conditions le permettront.
Pas sûr que tous les habitants de Mamoudzou adoptent la même grille de lecture.
Journaliste politique & économique



































