Aviculture : le préfet à la rencontre d’une filière en quête de structuration

Mercredi 22 juillet, Frédéric Poisot s’est rendu sur une exploitation avicole de Mroalé. Dix-neuf mois après le passage du cyclone Chido, qui avait détruit une soixantaine de bâtiments d’élevage, le préfet est allé à la rencontre des professionnels de la filière pour réaffirmer le soutien de l’État. Les aviculteurs, eux, alertent : les ambitions d’autosuffisance alimentaire resteront hors de portée si les infrastructures ne sont pas renforcées.

C’est une visite de terrain que Frédéric Poisot a voulue « concrète ». Mercredi 22 juillet, le préfet de Mayotte s’est déplacé sur une exploitation avicole de Mroalé afin d’échanger avec les acteurs de la filière volaille mahoraise et de mesurer les défis auxquels ils restent confrontés près de deux ans après le cyclone Chido.

« Les femmes et les hommes qui produisent sur l’île et qui la font vivre par leur travail doivent être accompagnés. C’est tout le sens de ma démarche », a déclaré le représentant de l’État.

Sur place, Elhad-Dine Harouna, président de l’Abattoir de volailles de Mayotte (AVM), a présenté l’organisation et les ambitions de la filière. « À travers nos exploitations, nous employons 84 salariés. Notre objectif est de proposer aux consommateurs des produits de qualité tout en assurant un partage équitable de la valeur ajoutée entre les différents maillons de la chaîne », explique-t-il.

Le dirigeant revendique également une gestion tournée vers le développement de l’activité plutôt que vers la rémunération des actionnaires. « Depuis que je suis président, aucun dividende n’a été versé. Tous les bénéfices sont réinvestis au service de la filière », souligne-t-il.

Une reconstruction encore inachevée

Le cyclone Chido a durement frappé l’aviculture mahoraise. Sur les 62 bâtiments d’élevage que comptait le groupement, une soixantaine ont été détruits ou gravement endommagés.

Face à cette catastrophe, les professionnels ont rapidement organisé la relance de l’activité. « Il y a eu un effort considérable de la filière pour accompagner les éleveurs dans les premiers mois de la reconstruction. Nous avons fait venir des tôles, du matériel et nous avons même avancé des fonds à plusieurs exploitants afin qu’ils puissent redémarrer leur activité », rappelle Elhad-Dine Harouna.

Pour Frédéric Poisot, cette mobilisation mérite aujourd’hui un accompagnement renforcé de la puissance publique.

« Lors de Chido, ils n’ont pas baissé les bras. Nous leur devons désormais de structurer durablement cette filière afin de consolider l’ensemble de la chaîne de production alimentaire. Cela passe notamment par le développement de la production locale, depuis la naissance des poussins jusqu’à la transformation », a-t-il affirmé.

Le préfet a rappelé que plusieurs partenaires financiers, dont la Banque des Territoires, peuvent accompagner les investissements nécessaires. Il souhaite également faciliter l’accès aux dispositifs existants.

« Notre stratégie consiste d’abord à identifier les ressources du territoire, puis à mobiliser les financements afin de renforcer les exploitations. Nous devons aussi accompagner les agriculteurs sur les questions foncières et simplifier les procédures administratives pour permettre aux filières de se développer et d’atteindre progressivement l’objectif d’autosuffisance alimentaire », a-t-il expliqué.

Des infrastructures indispensables

Si les professionnels saluent l’écoute des pouvoirs publics, ils rappellent que les ambitions affichées ne pourront être atteintes sans investissements industriels conséquents.

« Les objectifs de production annoncés, qui visent entre 2 000 et 5 000 tonnes, resteront inatteignables tant que les infrastructures industrielles ne seront pas adaptées », avertit le président de l’AVM.

La création d’outils de production performants, notamment dans l’alimentation animale et la transformation, apparaît aujourd’hui comme une condition essentielle au développement de la filière.

Le préfet fixe, pour sa part, deux priorités : consolider les exploitations existantes afin d’accroître les capacités de production et susciter des vocations chez les jeunes Mahorais pour assurer le renouvellement des générations d’éleveurs.

Parallèlement, le Conseil départemental a déjà sanctuarisé une enveloppe de 350 000 euros destinée à soutenir les investissements favorisant la transition agroécologique des exploitations agricoles de Mayotte.

Un nouveau rendez-vous entre les représentants de l’AVM et le préfet est prévu en septembre. Il permettra de présenter le projet d’usine de fabrication d’aliments pour animaux à Longoni, mais également d’aborder la modernisation des exploitations et les perspectives de développement de l’ensemble de la filière avicole mahoraise.

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