Mamoudzou met à l’honneur Chamsia Salim, première femme fonctionnaire de Mayotte

La mairie de Mamoudzou a décidé de rendre hommage à Chamsia Salim, première femme fonctionnaire de Mayotte, en baptisant de son nom une place de Cavani le 31 mai dernier.  

La place de Cavani située à côté du rond-point des P’tits loups et en face du Douka Be porte désormais le nom de Chamsia Salim, première femme mahoraise à accéder à un poste au sein de la fonction publique. La plaque mentionne malheureusement « Chamsia Bacar », suite à une erreur des fonctionnaires de la mairie chargés de rédiger le texte.  « Je ne comprends pas, je leur avais pourtant donné tous les renseignements nécessaires  » , s’agace l’ancienne secrétaire administrative des Travaux Publics qui a fêté, ce mercredi 1er juillet, ses 77 ans. « Bacar était le nom de famille de l’oncle qui m’a élevée, mais pas le mien », explique-t-elle. Malgré cette erreur, la vieille dame se dit « très fière » d’avoir une plaque à son nom sur la place publique la plus proche de sa maison, car cela témoigne de « la reconnaissance de Mayotte envers son parcours ».

L’une des premières filles scolarisées à Mayotte

Née en 1949 à Kani-keli, Chamsia Salim a été envoyée à l’âge de 4 ans chez son oncle Yahya Bacar à M’tsapéré pour qu’il se charge de son éducation. Ce dernier a tout fait pour quelle puisse être scolarisée, malgré son sexe. « A l’époque, très peu de filles avaient la chance de pouvoir aller à l’école, j’ai été parmi les premières », se souvient la vieille dame. À la fin du CM2, elle échoue malheureusement au concours d’entrée en 6eme à cause de résultats insuffisants en mathématiques. « En revanche, j’étais très bonne en français », précise-t-elle. Cela ne l’empêche pourtant pas de suivre plusieurs formations de dactylographe, secrétaire et standardiste pour décrocher, en 1974, un poste au sein des Travaux Publics de Mayotte qui était encore, à cette époque, sous une administration coloniale commune avec les Comores. Elle devient ainsi la première femme de l’île à décrocher un poste au sein de la fonction publique, d’où la décision du maire Ambdilwahedou Soumaïla de baptiser une place à son nom dans le quartier de Cavani où elle réside depuis de nombreuses années.

Une gardienne de la mémoire du combat de Mayotte

Cette reconnaissance publique ne manque pas d’attiser quelques jalousies. « Certaines personnes m’ont dit que ce n’était pas normal qu’une place soit baptisée de mon nom puisque je suis née à Kani-kéli et non à Mamoudzou. Mais je suis arrivée à Mtsapéré à l’âge de 4 ans, donc moi je considère que je suis d’ici ! », affirme fièrement la vieille dame, qui regrette cet « esprit de clocher » qui règne encore largement dans les villages mahorais. Mariée en 1967, elle a eu 5 enfants dont 3 poursuivent actuellement une carrière dans l’hexagone. Comme le veut la tradition mahoraise, la plupart des gens connaissent d’ailleurs Chamsia sous le surnom de Mamouniati, c’est-à-dire « mère de Mouniati », Mouniati étant son premier enfant.

Si elle était un peu trop jeune pour participer au combat des Anciens pour Mayotte française, l’oncle qui l’a élevée, Yahya Bacar, était un Soroda. Elle a donc pu observer ce combat et le garder en mémoire Pour les générations futures. Quand on lui demande ce qu’elle pense de l’évolution de Mayotte aujourd’hui, elle répond avec pondération : « Pour l’instant on ne voit pas encore les bénéfices que nous apporte le Département à cause de tous ces problèmes de délinquance. Je garde cependant l’espoir qu’un jour ça viendra et je suis sûre que Mayotte a fait le bon choix ! »

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Journaliste

Nora Godeau est journaliste indépendante à Mayotte. Elle couvre les enjeux sociaux, culturels et environnementaux du territoire, avec une attention particulière portée aux voix locales et aux initiatives de terrain.

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