La contre-expertise médicale engagée par le parquet général exclut, pour l’instant, toute évacuation vers un pays tiers et suggère que de nouveaux examens soient réalisés par des médecins étrangers afin de lever toute méfiance.
La nouvelle est tombée ce mardi. Dans une déclaration très attendue, le procureur général près la Cour d’appel de Moroni a fait le point sur l’état de santé de l’ancien président Ahmed Abdallah Sambi, au cœur de l’actualité depuis un mois.
On peut dire que son annonce n’a pas plu aux proches et sympathisants de l’ex-chef de l’État puisque ce dernier ne va pas pouvoir partir à l’étranger pour se soigner, malgré un état de santé jugé « inquiétant ». Depuis le mois de mai, la santé chancelante de l’ancien dirigeant de 68 ans alimente les débats. Face à la multiplication des informations alarmantes, le parquet général et le ministère de la Justice avaient rendu visite à Sambi.
Puis s’en est suivie la constitution d’une équipe médicale, au sein de laquelle figurait le médecin personnel de l’ex-président comorien, qui a entamé, il y a deux semaines, sa neuvième année de détention. Les conclusions rendues par cette équipe ont ensuite fait l’objet d’une contre-expertise engagée par les autorités judiciaires avant toute décision sur la suite à donner.
Ce travail a été réalisé par l’actuel chef du service d’anesthésie-réanimation de l’hôpital El-Maarouf, le docteur Saïd Moussa. Assis aux côtés du procureur général, le médecin a assuré qu’en aucun cas le rapport n’indiquait que le patient se trouvait dans un état d’urgence nécessitant une prise en charge à l’extérieur du pays.
D’après nos informations, le groupe de cinq médecins, composé de cardiologues, de médecins légistes et de généralistes, avait émis un certain nombre de recommandations.
« Si un avis suggérait que l’ancien chef de l’État, Sambi, nécessitait une évacuation, le parquet aurait donné son avis favorable. D’ailleurs, depuis que je suis là, aucune demande de consultation médicale n’a été déposée dans mon bureau. La seule fois où il voulait voir son dentiste, je l’ai autorisé », a déclaré le chef du parquet, Ahamada Hamidou.
Risque cardiovasculaire
Notons que les résultats des derniers examens médicaux de l’ancien dirigeant comorien ont révélé un risque cardiovasculaire élevé. Celui-ci présente une dyspnée d’effort ainsi qu’une asthénie intense.
« Nous recommandons, après examen clinique, des examens complémentaires, dont un ajustement de son traitement, ainsi que la réalisation d’une coronarographie diagnostique et thérapeutique non disponible aux Comores », peut-on lire dans le rapport qui circule sur les réseaux sociaux.
Mais là encore, l’avis du médecin chargé de la contre-expertise n’a pas été bien accueilli par les auteurs dudit rapport, rendu le 6 juin dernier. Le point de friction porte sur la réalisation de la coronarographie.
À en croire le Dr Saïd Moussa, rien ne justifie pour l’heure cet examen, dont le but est de vérifier si les artères coronaires sont obstruées ou non.
« Il permet surtout de procéder à une thérapie. Mais il existe une alternative. Nous allons y recourir puisque l’état de santé de Sambi n’est pas critique et que les équipements nécessaires sont disponibles. Pour la suite, on verra. Je ne vois pas l’intérêt de s’opposer au traitement d’un patient lorsque les circonstances l’exigeront », rassure le médecin anesthésiste, qui assure s’être appuyé sur le dossier médical de l’ex-président avant de livrer son expertise, laquelle ne fait visiblement pas l’unanimité.
Les proches de Sambi persistent à affirmer que son état est grave et qu’une évacuation s’impose. Face à cette méfiance, il est prévu de dépêcher au moins un médecin étranger afin de réaliser les mêmes investigations aux Comores avec les équipements disponibles sur place.
En revanche, aucun détail sur cette mission médicale n’a été donné par le parquet général hier.
Des privilèges
Ce dernier s’est contenté d’énumérer les privilèges dont bénéficierait Sambi, principal opposant au président Azali Assoumani.
L’homme au turban vit dans sa résidence de Vwadju, transformée en prison annexe par les autorités depuis mai 2018. Le procureur général assure que le prisonnier le plus célèbre des Comores jouit de plusieurs avantages, notamment d’un cuisinier personnel.
« Il dispose d’une salle de sport et d’espaces verts. Sa voiture personnelle est là et son médecin personnel est constamment avec lui. Mais que l’on sache que ces largesses ne sont en aucun cas un signe de faiblesse », a prévenu le magistrat, qui a déploré la fuite des conclusions du rapport médical.
La publication d’une partie de ce document a valu au directeur de publication du quotidien La Gazette des Comores des poursuites judiciaires. El-Had Saïd Omar et son secrétaire de rédaction, Toufé Maecha, sont placés sous contrôle judiciaire pour la publication d’articles liés à l’état de santé de M. Ahmed Abdallah Mohamed Sambi.
La fille aînée de ce dernier a lancé un cri du cœur ce lundi. Dans un communiqué daté du 15 juin, le parti Comred a appelé les autorités à appliquer l’article 20 de la Constitution, qui protège l’intégrité physique et morale des personnes contre toute forme de traitement dégradant.
Dans une publication Facebook faite hier après la conférence, le fils de Sambi a écrit : « A hifa na wagnou moufou », ce qui signifie : « S’il meurt, vous aussi le serez. »
Une menace voilée adressée au régime ?
Journaliste presse écrite basé aux #Comores. Travaille chez @alwatwancomore
, 1er journal des ?? / @Reuters @el_Pais @mayottehebdo ??


































