Entre tradition militaire, devoir de mémoire et ouverture vers la population, le 5ᵉ régiment étranger (5ᵉ RE) a célébré la semaine dernière la bataille de Camerone, moment fondateur de la Légion étrangère. Point d’orgue des festivités : des journées portes ouvertes qui ont attiré de nombreux Mahorais au cœur du régiment.
« Camerone, c’est le culte de la mission, le sens du sacrifice et l’engagement jusqu’au bout pour tenir la parole donnée », rappelle le colonel Renaud Voyer, chef de corps du régiment basé à Mayotte.
Cette bataille, survenue le 30 avril 1863 au Mexique, met en scène une soixantaine de légionnaires commandés par le capitaine Danjou, opposés à près de 2 000 soldats mexicains. Leur mission : fixer l’ennemi pour protéger un convoi stratégique. Retranchés dans une hacienda du village de Camerone, ils résistent une journée entière avant d’être presque entièrement décimés. Leur sacrifice permet au convoi de passer.
Depuis, cet épisode est devenu le socle moral de la Légion étrangère. « Dans tous les régiments, où qu’ils soient dans le monde, on fête Camerone », souligne le colonel.
À Mayotte, cette célébration revêt une dimension particulière : la Légion y marque 60 années de présence, depuis son installation en 1966.
La semaine de Camerone a été rythmée par de nombreuses activités internes destinées à renforcer la cohésion du régiment : des challenges sportifs opposant les différentes compagnies, mêlant endurance, force et épreuves aquatiques, ainsi qu’un cross régimentaire organisé autour de la vigie, en présence du chef de corps. Un repas de corps est également venu ponctuer ces moments de partage, avant la cérémonie officielle organisée devant la mairie de Labattoir.
Présidée par le général de division Jean de Monico, commandant supérieur des forces armées dans la zone sud de l’océan Indien, cette cérémonie a donné lieu à la lecture du récit de Camerone, aux honneurs rendus au drapeau et à la remise de décorations à plusieurs sous-officiers. Elle a aussi été marquée par un moment particulièrement émouvant : la remise de cinq décrets de naturalisation à des légionnaires d’origines italienne, vénézuélienne, népalaise, kényane et ivoirienne. Une illustration concrète de ce que le colonel Voyer décrit comme « le modèle d’intégration à la française ».
Car la Légion se distingue par sa composition unique. Troupe d’étrangers sous commandement français, elle rassemble des soldats de nationalités diverses, unis autour d’un socle commun : la langue française. « La particularité de la Légion, c’est de fédérer des soldats de nationalités différentes autour de la langue française, premier vecteur d’intégration, car tous nos ordres sont donnés en français », résume le colonel Voyer. « On agglomère des étrangers qui font le choix de servir la France et les Français sous l’uniforme. »
Dans la continuité de la cérémonie, le régiment a ouvert ses portes au public. Pendant deux jours, une kermesse a permis aux visiteurs de découvrir les missions et les savoir-faire des légionnaires. Démonstrations de techniques de combat, présentations du groupe cynotechnique, exercices de protection de foule avec les maîtres-chiens ont rythmé ces journées. En soirée, l’ambiance s’est voulue plus festive, avec animation musicale, élection de Miss Képi blanc et bal légionnaire.
Ces journées ont également été l’occasion de montrer l’étendu du régiment, qui compte 360 militaires dont 200 permanents et 9 personnels civils. Des réservistes locaux viennent renforcer les effectifs après une formation initiale. Tous partagent les mêmes attachements : « Les valeurs que nous portons sont des valeurs combattantes. C’est le sens de l’engagement, la défense des valeurs de la République française, ainsi que le respect de la parole donnée : à partir du moment où la mission est confiée, on l’exécute jusqu’au bout, s’il le faut, au péril de sa vie. » insiste le colonel Voyer.
Pour les autorités militaires, les journées portes ouvertes sont essentielles. « On n’est pas hors sol. On est là pour protéger la population et le territoire », explique le chef de corps du régiment. Dans un contexte régional marqué par des enjeux de sécurité dans le canal du Mozambique, cette présence visible des forces armées contribue à rassurer et à renforcer le lien armée-nation.
Au-delà des démonstrations et des festivités, la célébration de Camerone reste avant tout un moment de transmission. « C’est le ciment de nos traditions », rappelle l’aspirant Adrien Laurent, officier de communication. Elle permet de donner du sens à l’engagement de ces hommes et de ces femmes venus parfois de très loin pour servir sous le drapeau français.
Cette semaine aura ainsi illustré toute la singularité de la Légion étrangère : une troupe diverse, exigeante, profondément attachée à ses valeurs, et résolument tournée vers la population qu’elle protège. « Si demain il y avait un coup dur, nous défendrions les Français jusqu’au péril de notre vie », conclut le colonel Voyer.
Passionnée par la petite et la grande histoire d'hier et d'aujourd'hui j'aime raconter le quotidien des personnes qui fondent un territoire.





































