Interrompu en juin 2024 du fait de la dissolution de l’Assemblée nationale ayant engendré un vaste chaos au sein du Gouvernement, mais aussi du départ de Salim M’Déré, l’élu en charge des Aménagements, et enfin de Chido, le projet du Boulevard Urbain de Mamoudzou (BUM) peut enfin reprendre. Explications avec Jean-Michel Lehay, le Directeur des routes du département-région de Mayotte.
On n’avait plus entendu parler du projet du Boulevard Urbain de Mamoudzou (BUM) depuis juin 2024, date des premières consultations publiques à son sujet. Et pour cause, plusieurs bouleversements politiques majeurs sont venus interrompre son élaboration. Tout d’abord les déboires judiciaires suivis du départ de Salim M’Déré, l’ex premier vice-président du conseil départemental en charge des Aménagements, qui assurait le relais politique du projet auprès du Gouvernement. Ensuite, la dissolution de l’Assemblée nationale, ayant engendré un vaste chaos politique à Paris. Et enfin, last but not least, la catastrophe de Chido.
« Suite aux consultations publiques de juin 2024, le rapport rendu par la Commission Nationale des Débats Publics (CNDP), nous avait autorisé à continuer le projet sans obligation ni interdictions, ce qui est assez rare », assure pourtant Jean-Michel Lehay, l’Ingénieur Général en charge de la conception du BUM au sein du département-région de Mayotte. « Nous avions donc l’autorisation d’établir le tracé et de lancer le plan de financement », poursuit-il.

C’est à ce moment précis que « le bât a blessé » car ce plan de financement, établi bien en amont, devait devenir « un plan financé ». Pour rappel, le coût total du BUM s’élève à la coquette somme d’un milliard d’euros. 700 millions d’euros devaient être financés au titre des Investissements Spéciaux liés aux Fonds Européens (ISFE), 135 millions d’euros avaient été promis par l’Etat et 164 millions par le conseil départemental grâce au Fond de Compensation de la TVA. « Or, juste au moment où nous devions demander les fonds promis, l’élu réellement investi dans le projet, Salim M’Déré, a été condamné en justice et a dû se retirer. Comme c’est lui qui assurait le relais avec les financeurs, le projet est resté en stand-by », explique l’Ingénieur Général.
Par ailleurs, suite à la dissolution de l’Assemblée nationale, il n’y avait plus de Gouvernement en mesure de voter des budgets. Les135 millions promis n’ont donc pas pu être débloqués, entraînant par ricochet le blocage des Fonds Européens promis par Bruxelles.
Le projet « sauvé » par François Ravier, le nouveau DGS du conseil départemental
Après plus d’un an et demi de ce « stand-by forcé », l’ingénieur Jean-Michel Lehay s’apprêtait à renoncer et à quitter Mayotte pour réintégrer les services de l’Etat, afin de travailler sur un nouveau projet dans l’hexagone. Il avait même déjà payé son déménagement, quand il a tout à coup été « rattrapé au vol » par François Ravier, le nouveau DGS du conseil départemental. Après de longues discussions avec la Préfecture, le Ministère des Finances et l’EPRDM, il a obtenu que les 135 millions d’euros nécessaires au BUM soient « glissés » dans l’enveloppe prévue pour le développement économique de Mayotte post-Chido.
« François Ravier m’a donc dit de reprendre le projet et de le laisser s’occuper désormais des aspects financiers qui m’avaient bloqué jusqu’ici », se réjouit Jean-Michel Lehay à qui le projet du BUM, initié en 2020, tient particulièrement à cœur. François Ravier lui a également assuré qu’en tant que projet mené sur « l’’antépénultième région européenne en termes d’infrastructures et de capacités économiques », le BUM restait dans la liste européenne des éléments finançables au même taux.
Actuellement, il reste donc 3 marchés publics à lancer pour finaliser le travail préliminaire. L’un concerne les études géotechniques (études des sols sur le faisceau choisi), l’autre le marché de construction des ouvrages d’arts car certains ne peuvent être « standards » étant donné les spécificités de Mayotte, et le dernier est celui de la recherche d’un bureau d’étude pour consulter les entreprises susceptibles de réaliser les travaux. « En parallèle, nous allons déposer les 11 déclarations d’utilité publiques », ajoute l’ingénieur. Pour rappel, une déclaration d’utilité publique a été réalisée pour chaque tronçon de manière à pouvoir commencer les travaux « par n’importe quel bout » sans perdre de temps en cas de lenteurs administratives.
Jean-Michel Lehay s’est donc officiellement remis au travail sur le BUM ce lundi 20 avril 2026. Il estime qu’il reste encore 18 mois de « travail de l’ombre » avant de pouvoir commencer les travaux.
Nora Godeau est journaliste indépendante à Mayotte. Elle couvre les enjeux sociaux, culturels et environnementaux du territoire, avec une attention particulière portée aux voix locales et aux initiatives de terrain.





































