Les leçons du 2ème tour : quand le peuple choisit d’exercer librement son droit souverain

Quand le peuple choisit d’exercer librement son droit souverain, on appelle cela la démocratie (à la française). La toute-puissance des maires et des présidents des intercommunalités ne dépend, en vérité, que du bon vouloir des populations qu’ils administrent. Un mandat accordé n’est nullement un blanc-seing, car le suffrage des électeurs n’est ni à monnayer ni à céder. Il ne dépend que du bon vouloir du citoyen, appelé à exercer son libre choix à travers les urnes. Dans les rues, au lendemain du second tour, le peuple donne libre cours à son expression et livre son opinion sur les municipales.

« L’essentiel, c’était de participer », diront les plus démocrates de nos concitoyens, les plus fair-play aussi. Le second tour des élections municipales est désormais à reléguer au rang des souvenirs. Place, à présent, à l’installation des conseils municipaux, aux désignations des élus communautaires qui siègeront dans les cinq communautés de communes et éliront les présidents des intercommunalités.

« C’est une autre paire de manches et probablement une autre foire d’empoigne qui ne manquera pas de nous réserver de nouvelles surprises », disait un conducteur de taxi-ville à Mamoudzou, dans la matinée du lundi 23 mars 2026.

Si l’attente des résultats a été longue et stressante, la soirée électorale, interminable, a empli de joie les uns et de déception les autres. La passion pour la politique de proximité, elle, subsistait encore le lendemain, caractérisé par d’innombrables commentaires dans les lieux publics autant que dans les espaces restreints. Il n’est question que de l’essence de ce scrutin et des leçons que les électeurs de tous bords en ont tirées, en fonction des communes qui les concernent.

Justement, à ce propos, il fallait parfois être fortiche pour comprendre le message contenu dans le vote de ces électeurs à certains endroits, ainsi que le sens de la posture adoptée par certains candidats lors de ce deuxième tour. Tout est à prendre au cas par cas, tant ces élections n’ont jamais auparavant revêtu un caractère aussi localisé. D’une commune à l’autre, les enjeux ont divergé et seront parmi les plus difficiles à conjuguer dans de futures actions coordonnées au sein des intercommunalités.

« Parfois, il n’est pas besoin d’aller chercher très loin. Il faut prendre les choses au premier degré et en faire une lecture très simple, car le peuple, lui, n’a nullement besoin de jouer au savant », explique Moinécha Chadouli, abritée de la pluie par un parapluie noir à large bord, à la gare maritime de Mamoudzou.

« Certains élus ont eu droit à un sursis, mais ce n’est qu’un simple sursis électoral, en guise d’avertissement avant un dégagisme qui ne saurait tarder au prochain mandat. Pour qu’ils puissent méditer sur leurs erreurs de gouvernance, ils ont désormais comme référence la défaite de certains de leurs anciens collègues, remerciés sans égards malgré les efforts déployés pendant six ans. L’électorat peut parfois s’avérer ingrat dans la manifestation de sa colère, sanctionnant toute l’œuvre d’une mandature pour un seul fait, une seule erreur », relève à côté d’elle Madi Mihidjaï, en attente d’acquérir un ticket de barge pour la traversée vers Petite-Terre.

Il explique le caractère disparate de ce deuxième tour des municipales du dimanche 22 mars 2026 par « un sentiment d’obstination à ne pas voir la détresse réellement vécue par leurs administrés après le cyclone Chido, et parfois bien avant ». Et d’ajouter : « Au sein de la population, il existe véritablement des personnes démunies qui n’ont devant elles aucune lisibilité quant à l’avenir. Leur devoir de maires imposait qu’ils s’en préoccupent. Au lieu de cela, ils ont vaqué à des futilités, uniquement préoccupés par leur réélection et la défense de leurs intérêts propres ».

Chemin faisant dans la discussion, il reconnaît toutefois qu’ils n’ont pas démérité pour autant, allant jusqu’à leur prédire un possible retour en grâce au terme d’une traversée du désert de six ans, comme ce fut le cas pour cinq anciens maires qui ont eu la chance de renouer avec l’exercice du pouvoir à l’occasion de ce second tour.

« Il n’y a pas que dans les écoles ou au sein du corps enseignant que l’on peut distiller une pédagogie. Les électeurs ont démontré, dans la moitié des communes de cette île, que le peuple sait donner une leçon de choc à ses premiers magistrats. Nous les avons élus pour qu’ils nous servent, et en aucun cas le contraire ».

En conséquence, il invite les élus reconduits dans leur fonction à méditer suffisamment longtemps sur les résultats globaux de ces élections afin d’éviter de reproduire les erreurs reprochées à leurs collègues sortants.

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