Entretien avec Jacqueline Djoumoi-Guez : « Colocs », une série qui rehausse l’image de Mayotte

Réalisatrice très engagée dans la cause des femmes mahoraises, Jacqueline Djoumoi-Guez, scénariste, productrice, réalisatrice de la série Colocs et gérante de la société Clap Production, revient en force avec une saison 3 : de nouveaux épisodes, de nouveaux personnages et un scénario plus travaillé et plus dynamique, qui restitue au monde les réalités de notre territoire.

Flash Info : Ce lundi soir, vous lancez la saison 3 de votre série à succès « Colocs ». Quel bilan dressez-vous des deux premières saisons ? Quels sont les épisodes qui vous ont le plus marquée ?

Jacqueline Guez : Je réalise que beaucoup de chemin a été parcouru depuis la première saison d’une série inédite, jamais réalisée à Mayotte, avec uniquement des acteurs non professionnels. Au début, c’était un peu effrayant pour le public, car les gens ne savaient pas à quoi s’attendre. L’accueil a été dithyrambique chez une certaine génération, notamment les plus jeunes, et beaucoup plus mitigé chez l’ancienne génération.

Avec la saison 2, nous avons réussi à faire en sorte que les deux générations se retrouvent dans le programme, et avec cette saison 3, nous allons encore plus loin. Ce que je retiens de cette évolution, c’est l’expérience acquise et la maturité. Nous avons fait mûrir ce projet, et nous avons tous grandi en faisant « Colocs ». Entre la saison 1, sortie en 2021 en pleine période de Covid, et aujourd’hui, le jeu des acteurs est beaucoup plus affirmé, tout comme le scénario, afin de plaire à un public au-delà de notre territoire.

Il faut savoir que « Colocs » est aujourd’hui la deuxième série la plus regardée en Outre-mer. Cette saison 3 vise aussi un public au-delà de nos frontières. C’est essentiel en termes de représentation de notre territoire et de valorisation des talents de Mayotte. Nous tirons aujourd’hui de très belles leçons de cette expérience.

FI : Qu’est-ce qui vous a poussée à traiter ces thématiques liées à la jeunesse, et particulièrement aux femmes mahoraises en devenir ?

J.G : Ce qui m’a poussée à travailler sur ces thématiques, c’est que, étant moi-même une femme, j’ai été confrontée à une société qui est loin d’être matriarcale. Sociologiquement parlant, ce terme est erroné : il serait plus juste de parler d’une société matrilinéaire.

J’ai vécu ces problématiques, tout comme mes amies et les femmes de ma génération. Ce sont souvent des femmes qui quittent Mayotte pour faire des études, reviennent diplômées, avec de l’expérience, mais se retrouvent ramenées à un statut d’enfant une fois de retour sur leur île natale.

La femme n’existe socialement qu’à partir du moment où elle est mariée, et elle ne trouve sa légitimité qu’à travers le mariage et la maternité. Au départ, j’ai voulu aborder le mal-être d’une génération plus éduquée que celle de ses parents, à qui l’on a demandé de faire des études, mais qui, une fois revenue à Mayotte, est renvoyée à un statut d’enfant.

Dans la série, je parle de la femme, mais aussi de tous les enjeux auxquels elle est confrontée au quotidien : les violences sexuelles, les violences conjugales, le harcèlement, l’évolution professionnelle, l’entrepreneuriat, les relations familiales et avec la belle-famille, la question de la fertilité, etc. Tous ces sujets sont abordés depuis la première saison.

Dans cette troisième saison, nous allons encore plus loin, à travers des personnages emblématiques mais aussi de nouveaux personnages que les téléspectateurs pourront découvrir à partir du lundi 23 mars 2026, à 20 h 30, sur Mayotte La 1ère.

FI : À ce sujet, avez-vous eu des retours du public ? Vous ont-ils dit quels sujets ils aimeraient voir abordés ?

J.G : Le retour que j’ai des jeunes femmes, c’est que, pour la première fois, elles se voient représentées à la télévision sur des thématiques qui leur sont propres. Cela a été un véritable bouleversement, tant pour elles que pour la population de Mayotte.

Même si « Colocs » est une fiction, elle aborde des réalités du quotidien pour de nombreuses femmes et hommes à Mayotte. Le succès et la diffusion de cette troisième saison montrent que la série est désormais bien installée dans le paysage audiovisuel, avec un public fidèle qui attend chaque nouvelle saison.

Nous en sommes extrêmement fiers, et je tiens à remercier les partenaires et financeurs : France Télévisions, la Politique de la ville, la préfecture de Mayotte, la Direction régionale aux droits des femmes, qui soutiennent « Colocs » depuis trois saisons.

Je crois que c’est un signal fort de France Télévisions, qui montre qu’elle croit aux talents des Outre-mer et que nos histoires ont leur place au niveau national. À ce titre, la directrice du pôle Outre-mer, Sylvie Jangoul, a fait un travail remarquable pour valoriser des récits qui sortent des stéréotypes touristiques.

Nos territoires ne se résument pas à des plages de sable blanc et à des lagons turquoise. Nous faisons face à des enjeux universels : la quête du bonheur, la sécurité, l’émancipation, le désir de se réaliser.

À travers « Colocs », nous mettons en lumière ces réalités, sans occulter les problématiques propres à notre territoire. Vous le savez, depuis le cyclone Chido, la vie à Mayotte est devenue particulièrement difficile, et cette thématique est bien sûr abordée dans la série.

Nous voulons rappeler que nous sommes des humains parmi les humains, avec des problématiques similaires à celles du reste du monde, et que nous racontons nos réalités à travers les médias.

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