Une étude scientifique française récente et le projet participatif Plasma mettent en lumière une pollution aux origines multiples, jusque dans l’air. Longtemps perçu comme un sanctuaire préservé, le lagon de Mayotte révèle une contamination diffuse aux microplastiques.
À Mayotte, les microplastiques ne viennent pas uniquement de la terre ou de la mer. Ils arrivent aussi par voie aérienne. C’est l’un des apports majeurs du Projet Plasma, un programme de recherche interdisciplinaire lancé à Mayotte fin 2022 et prévu jusqu’en 2027. Son objectif : remonter toute la chaîne de contamination, du déchet visible à la particule invisible. À Combani, les premières mesures atmosphériques ont de quoi surprendre : entre 1 000 et 1 500 particules de plastique se déposent chaque jour sur un mètre carré. Mais ces chiffres ne sont qu’une de premières estimations précisent les chercheurs. « Si l’on extrapole à l’échelle de l’île, cela correspond à des milliards de particules qui tombent sur Mayotte chaque jour. Ce qui serait davantage qu’à Paris. Seulement, on ne sait pas encore quel est leur danger pour la santé. Dans un an nous aurons les résultats plus précis de ces retombées », explique la chercheuse Cristèle Chevalier, co-autrice de l’étude.
Une première en France pour ce type d’observation
L’origine de ces particules est multiple. L’usure des pneus en constitue une source majeure : « Quand des véhicules roulent, les pneus libèrent des microplastiques qui se retrouvent dans l’air, puis retombent notamment dans le lagon. D’autres microplastiques sont transportés par les vents, comme les poussières du Sahara. »
Le lagon, piège à particules
Sous la surface du lagon, une pollution invisible s’installe. Des fragments de plastique, parfois mille fois plus fins qu’un grain de sable, circulent désormais dans cet écosystème emblématique. Une fois dans l’eau, ces fragments ne disparaissent pas. Ils s’accumulent. Les chercheurs s’interrogent notamment sur le rôle de la barrière de corail, qui entoure le lagon. « Du fait de la barrière récifale, les microplastiques ont tendance à s’accumuler dans le lagon plutôt qu’à l’extérieur », observent-ils. Un effet de confinement qui pourrait transformer cet espace en zone de rétention. « Nous n’avons aucun doute sur le fait qu’une partie provient de l’intérieur du territoire, mais ceux venant de l’extérieur peuvent aussi s’y accumuler », précise la chercheuse. Autre enseignement de l’étude : près de 70 % des particules identifiées dans le lagon sont du polypropylène, un plastique léger très utilisé dans les emballages, capable de flotter durablement. Les concentrations mesurées varient entre 0,01 et 1,23 particule par mètre cube d’eau. Des niveaux encore modestes à l’échelle mondiale, mais suffisants pour attester d’une contamination bien réelle. « Ces résultats constituent une première photographie du lagon », soulignent les scientifiques, qui ont mené leurs prélèvements sur plusieurs périodes afin de comparer saison sèche et saison des pluies. Un constat s’impose : les concentrations augmentent avec les précipitations, lorsque les déchets terrestres sont entraînés vers la mer.
Des causes locales et structurelles
À Mayotte, plusieurs facteurs aggravants sont identifiés. « L’inaccessibilité aux poubelles et le non ramassage est une des causes », notent les chercheurs du projet Plasma, qui travaillent avec des sociologues pour analyser les pratiques. À cela s’ajoute une gestion encore limitée des eaux usées : seule une faible part des habitations est raccordée à un réseau d’assainissement. Les rivières jouent également un rôle clé. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, elles contiennent moins de microplastiques en saison des pluies. « Ils sont emportés vers le lagon et ne stagnent pas », selon les équipes.
Une recherche pour et par la société mahoraise
Face à ce constat, les scientifiques tentent de dépasser le simple diagnostic. Le projet Plasma mise sur la participation des habitants. Des élèves, notamment du collège de Passamaïnty, participent aux prélèvements. « Cela permet aussi de sensibiliser les jeunes », rapporte la chercheuse Cristèle Chevalier. Plus original encore, des « parlements de la rivière » ont été mis en place. Ces espaces de discussion réunissent habitants, associations, scientifiques et institutions. « Tout le monde a une voix identique, avec ou sans papiers », insistent les organisateurs. Objectif : faire émerger des solutions collectives à partir des réalités du terrain.
Une pollution encore mal comprise
À ce stade, une question demeure : quels sont les effets de cette pollution ? Les résultats à venir du projet Plasma, attendus d’ici 2027, devraient permettre d’affiner les connaissances. « L’année prochaine, nous pourrons déjà présenter de premiers résultats, en associant les élèves », annoncent les équipes. En attendant, une certitude s’impose : même les territoires les plus isolés ne sont plus à l’abri. À Mayotte, la pollution plastique ne se contente plus de flotter. Elle circule, s’infiltre et tombe du ciel. On comprend mieux la circulation des micro plastiques, mais il reste à identifier leurs sources et leurs impacts pour agir efficacement.




































