Formation des prix des produits : le coût du ticket de barge ne serait qu’un prétexte pour les commerçants.

Une jeune mère de famille dénonce les marges exorbitantes que se font les commerces installés en Petite-Terre. De retour d’une foire commerciale à Mamoudzou, elle découvre que la tenue qu’elle a achetée la veille au soir auprès d’une marchande de Dzaoudzi-Labattoir valait moitié prix dans la ville chef-lieu, distante de seulement deux kilomètres. Elle s’insurge contre un système qui s’appuie sur le coût d’un ticket de barge pour justifier des abus qu’elle estime intolérables. Elle prône la fin d’un silence complice des pouvoirs publics, seuls en mesure de réparer une telle injustice commise à l’encontre d’une partie de la population de Mayotte, estimée à tort plus aisée financièrement.

Les habitants de la Petite-Terre en appellent au préfet de Mayotte et au président du conseil départemental pour leur rendre justice en activant le système antifraude. Ils se disent victimes d’une double inflation sur le marché local, considérés à tort par les commerçants, toutes catégories confondues, comme disposant d’un pouvoir d’achat plus élevé que dans les autres régions du territoire. En cause : la surtaxation de tous les produits vendus dans les commerces, au motif avancé du coût de la traversée par barge des camions qui livrent leurs marchandises au départ de Mamoudzou.

« Si, de coutume, le Mahorais se plaint d’un écart de prix trop important entre la métropole et l’archipel, voire entre La Réunion et Mayotte, nous, en Petite-Terre, nous sommes complètement écrasés : nous croulons sous le poids d’une injuste double taxation. Nous subissons la hausse des prix à la consommation au même titre que tous les Mahorais, mais, en plus, nous devons supporter une hausse supplémentaire au motif que les commerçants répercutent sur l’ensemble des produits, importés ou produits localement, le coût du ticket de barge des camions de livraison. »

Halima Abdou Mhadji n’a pas assez de mots pour dénoncer ce qu’elle appelle « une arnaque au ticket de barge » et fustige le silence complice des hautes autorités du territoire mahorais. Elle pointe du doigt une situation qu’elle juge injuste et intenable à long terme.

« Il n’y a pas d’autres mots : il faut dire les choses comme elles sont. On nous racket tout simplement avec cette histoire de ticket de barge. Nous sommes devenus la vache à lait de tous les commerçants, grands et petits, et nous ne sommes plus d’accord avec ça ! Ailleurs, on appelle cela une continuité territoriale, et des mécanismes compensatoires sont étudiés et mis en place pour éviter de pénaliser les usagers. Un bras de mer de seulement deux kilomètres ne doit plus nous conduire à cette disparité des prix à la consommation. »

Le passage du cyclone Chido ne peut ni expliquer ni excuser toutes les dérives et injustices à l’encontre des consommateurs mahorais.

La jeune mère de famille n’a pas tort dans son argumentaire. L’écart de prix entre Mamoudzou et la Petite-Terre varie entre un minimum de 1 à 10 euros sur les produits basiques et peut aller jusqu’au double selon le type de marchandises. Résultat : les personnes résidant à Pamandzi et Dzaoudzi-Labattoir reviennent quotidiennement surchargées lorsqu’elles reprennent la barge pour rentrer chez elles. D’autres se sentent obligées de faire traverser leurs véhicules une fois par semaine (ou par mois) pour aller faire leurs courses sur la Grande-Terre.

« Le sort qui nous est réservé est d’autant plus grave qu’on nous force à acheter des produits dont nous n’avons pas forcément besoin, d’une qualité moindre que ceux proposés aux habitants de la Grande-Terre. »

Halima Abdou Mhadji compare le régime ou la main de bananes proposés à la vente sur les étals des marchés de quartier à des prix exorbitants. Selon la variété, le régime est à peine inférieur à 100 euros.

« Vous vous rendez compte ? Une main de bananes non décortiquée coûte aujourd’hui 10 €, contre 4 à 5 € avant le cyclone Chido. En vérité, nous avons le sentiment que le système s’est mis d’accord pour nous imposer une nouvelle inflation en se servant de cet événement climatique comme justificatif à toutes les dérives. »

Elle poursuit en évoquant les produits de première nécessité dont le coût a doublé en seulement un an : le manioc est passé de 2 à 5 euros le tas, le sac de 10 kg de viande avoisine les 100 euros, si ce n’est plus, etc. Au-delà des produits alimentaires, la jeune femme passe également en revue les écarts de prix dans le mobilier, les appareils électroménagers, la peinture, la plomberie, les matériaux de construction et d’autres denrées qu’elle estime aujourd’hui difficiles à acquérir en raison de la répercussion du coût de la traversée par barge.

Elle implore les pouvoirs publics d’intervenir pour stopper cette dérive, estimant qu’il s’agit en réalité d’un faux problème, et n’hésite pas à parler de « vol qualifié ».

« Nous sommes au mois de Ramadan, moment de fortes dépenses pour n’importe quel ménage mahorais. La course de taxi n’a pas augmenté que je sache, le carburant non plus, le coût du ticket de barge encore moins. Alors, qu’on nous détaille le mécanisme de formation des prix à la consommation pour en arriver à de telles extrémités ! »

Des arguments peu convaincants sur le mécanisme de formation des prix

Pour elle, le service de la répression des fraudes est inopérant dans les grandes surfaces et les grands commerces, qu’elle considère comme les premiers responsables de cette envolée inexpliquée des prix.

Elle prend un autre exemple : celui d’un camion de livraison affrété par une grande enseigne pour livrer diverses denrées alimentaires en Petite-Terre, dont le coût de la traversée se situe entre 75 euros (PL1) et 120 euros (PL3). Elle s’interroge sur la manière dont de telles sommes, qu’elle qualifie de « dérisoires », peuvent se transformer en flambée des prix, alors qu’un conteneur frigorifique (ou non) a une capacité de 20 ou 40 pieds.

« Même avec une augmentation tarifaire de 20 à 30 centimes d’euro, le ticket de barge est largement amorti. Alors pourquoi continuer à réaliser des marges excessives sur le dos d’une partie de la population sous prétexte qu’elle serait financièrement plus aisée que la majorité des habitants de Mayotte ? »

Halima Abdou Mhadji n’entend pas s’arrêter à ce simple « coup de  gueule ». Elle appelle à la constitution rapide d’une « ligue des consommateurs mahorais » afin de se saisir de cette affaire et de la porter devant les instances décisionnelles et juridictionnelles.

Elle évoque une situation qui dépasserait largement le simple cadre de la liberté de commercer pour relever d’une « infraction qualifiée ». Par ses propos, elle exprime une colère vive et n’hésite pas à employer des termes que Flash Info ne saurait reproduire.

Elle montre un ensemble pour nourrisson qu’elle vient d’acheter à une foire commerciale pour 14 euros, alors que le même produit est vendu 5 euros par d’autres commerçants à Mamoudzou.

« Même en intégrant le coût du taxi et de la barge, je n’obtiens pas un tel écart de prix. Alors qu’on nous explique pourquoi les habitants de Dzaoudzi-Labattoir et de Pamandzi sont contraints d’engraisser des commerçants sans scrupules ! »

Au nom du droit à l’équité de traitement pour tous les citoyens de l’île, elle en appelle à l’intervention de la préfecture et du Département de Mayotte afin que des contrôles plus stricts soient effectués dans tous les commerces de l’île, qu’ils relèvent de la grande distribution ou des « doukas » (épiceries de quartier), et que ceux qui abusent soient sanctionnés.

Affaire à suivre !

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