Le mouvement, déclenché par un comité qui a rassemblé 308 signatures, toutes catégories confondues, se poursuit jusqu’à la satisfaction de leurs principales revendications, notamment l’augmentation des salaires de tous les contractuels, qui estiment exercer les mêmes tâches que les fonctionnaires.
Plus d’un an après leur dernière grève, les contractuels de l’hôpital national des Comores ont à nouveau cessé de travailler. Depuis lundi, ils ont déclenché une grève d’une durée illimitée pour revendiquer deux principales doléances. D’abord, l’augmentation des salaires jusqu’à 100 000 francs (200 euros), soit ce que perçoit actuellement un fonctionnaire recruté au sein de l’hôpital. Ensuite, une revalorisation de la prime de garde, actuellement fixée à 3 000 francs, soit 6 euros.
À El-Maarouf, hôpital de référence, les conditions salariales figurent toujours parmi les revendications de tous les mouvements de protestation observés ces dernières années. Actuellement, un aide-soignant et un infirmier non titularisés dans la fonction publique gagnent respectivement 40 000 francs (80 euros) et 57 500 francs, soit environ 115 euros.
Dimanche, à la veille de l’entrée en vigueur du mouvement, les grévistes avaient expliqué lors d’une conférence de presse que la décision de se mettre en grève avait été motivée par le non-respect d’un protocole d’accord signé en 2023, portant sur les mêmes revendications.
« Or, au regard de nos lois, ce non-respect autorise les contractuels à ne pas déposer au préalable auprès de la direction un préavis de 72 heures. Il faut savoir que le personnel soignant doit bénéficier de conditions décentes pour pouvoir travailler », a rappelé le secrétaire général de la principale organisation syndicale du pays, la Confédération des travailleuses et travailleurs des Comores (CTC).
Cinq mois de gardes non payés
La direction de l’hôpital a exprimé sa stupéfaction car, selon elle, un cadre d’échanges avait été initié pour répondre aux besoins des agents protestataires.
« Nous nous étions mis d’accord sur un processus de cotisation des contractuels auprès de la caisse des retraites. Ils avaient même salué cette mesure après notre rencontre », a révélé lundi le directeur d’El-Maarouf, Assoumany Aboudou.
Nommé à la tête de l’hôpital de référence en juillet 2024, ce dernier assure avoir épongé les arriérés de primes de garde qu’il avait hérités. S’il compte à nouveau cinq mois d’impayés, c’est parce qu’en 2025 l’hôpital a été privé de ses ressources par erreur dans la loi de finances, a justifié le directeur d’El-Maarouf.
Mardi, la direction de l’hôpital a publié une mise en demeure intimant aux agents de regagner leurs postes de travail.
« Je tiens à rappeler que l’exercice du droit de grève est encadré par la réglementation en vigueur, laquelle impose notamment le respect d’un préavis préalable ainsi que les obligations liées à la continuité du service public, particulièrement dans un établissement hospitalier. Or, le mouvement actuellement observé n’a pas fait l’objet du préavis requis, ce qui le place en violation des dispositions légales et réglementaires applicables », a indiqué la direction le 10 mars, en demandant aux grévistes de mettre fin au mouvement.
Parallèlement, les membres du comité des agents ont été conviés au bureau du procureur général de Moroni. Ce dernier leur aurait demandé de reprendre le travail, non seulement par respect pour le mois sacré du ramadan en cours, mais aussi pour ne pas pénaliser la population.
Le magistrat a enfin rappelé aux grévistes que leur présence dans l’enceinte de l’hôpital pourrait constituer un trouble à l’ordre public.
Alors qu’ils assuraient jusqu’avant-hier le service minimum, les contractuels ont donc décidé de rentrer chez eux pour éviter d’éventuelles poursuites pénales. Ce service minimum concernait les services sensibles comme les urgences, la maternité ou encore la néonatologie.
« En revanche, des services comme la planification familiale ou la vaccination seront impactés par la grève », avait détaillé une syndicaliste fonctionnaire, dont le corps soutient les collègues contractuels, estimant que les différentes catégories de soignants travaillent dans les mêmes conditions. Hier, l’un des grévistes nous a confié avoir reçu un appel au dialogue lancé par le comité des soignants.
Pour rappel, l’hôpital El-Maarouf a connu deux grèves, en juillet et en décembre 2024, pour les mêmes revendications. À l’époque, les contractuels réclamaient aussi une mutuelle de santé.
Pour mettre fin à la grève, un accord avait été signé le 6 décembre de la même année. Concernant l’alignement des salaires des contractuels sur ceux des fonctionnaires, il avait été annoncé la création d’une commission chargée de réfléchir à une hausse des tarifs afin de générer davantage de revenus.
Mais ces engagements sont restés lettre morte, selon le comité, d’où le lancement de la grève actuelle.
Dans une réquisition signée par la procureure de la République de Moroni, datée du 10 mars, il est enjoint aux grévistes de reprendre le travail sous peine de sanctions prévues par la loi. Mais certains estiment que seuls les fonctionnaires de l’État sont tenus de respecter cette réquisition.
Journaliste presse écrite basé aux #Comores. Travaille chez @alwatwancomore
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