En visite à Mayotte, Jenny Hippocrate, présidente de l’Association pour l’information et la prévention de la drépanocytose (APIPD), souhaite dresser un état des lieux des besoins des malades. Entre manque de moyens et difficultés d’accès aux soins, elle entend porter les préoccupations des familles auprès des autorités sanitaires nationales.
« Il y a de gros manquements à Mayotte. » Après une première visite à l’hôpital, Jenny Hippocrate exprime ses inquiétudes sur l’accompagnement des personnes atteintes de drépanocytose. « Il manque du matériel, il manque des moyens humains », affirme-t-elle. Selon la présidente de l’APIPD, la prise en charge des urgences doit notamment être améliorée. Son déplacement doit permettre de recueillir les besoins des patients, de leurs proches et des professionnels de santé.
Cette démarche intervient dans un territoire où la mortalité infantile demeure élevée. Selon l’Insee, Mayotte présente un taux de 10,4 décès avant l’âge d’un an pour 1 000 naissances vivantes sur la période 2022-2024, contre 3,7 dans l’Hexagone. Ces chiffres concernent les décès toutes causes confondues et ne mesurent donc pas la mortalité liée à la drépanocytose. Les données mahoraises sur les décès sont également probablement sous-estimées, précise l’institut.
Rapprocher les familles des soins
« Il y a des populations très, très loin du système de santé », souligne Jenny Hippocrate. Elle évoque notamment les difficultés rencontrées par certaines familles étrangères, dont des familles comoriennes. Pour faciliter leurs déplacements, elle avance une piste concrète. « Pourquoi pas avoir une voiture pour aller chercher » les malades, propose-t-elle. L’objectif est de réduire les obstacles à une prise en charge rapide.
« Je veux rapprocher la population du système de santé, la population qui est à l’écart », insiste-t-elle. Elle souhaite aussi soutenir l’association locale Drep’Action, qui, selon elle, ne dispose pas de locaux. « Je leur ai déjà proposé certaines choses pour leur venir en aide, notamment au niveau financier », indique la responsable associative.
Mieux reconnaître la douleur et les signes d’alerte
Maladie héréditaire du sang, la drépanocytose peut entraîner des complications dès les premiers mois de vie. La Haute Autorité de santé souligne l’importance du dépistage et d’une prise en charge précoce pour limiter les risques. Chez les enfants atteints de moins de cinq ans, les infections constituent la première cause de décès.
Pour Jenny Hippocrate, l’accompagnement passe aussi par l’information des familles et la reconnaissance de la souffrance des patients. « Ne pas sous-évaluer la douleur », insiste-t-elle. Elle défend l’éducation thérapeutique pour aider les malades à connaître leur corps et à repérer les symptômes susceptibles de signaler une complication. « Quand on connaît son ennemi, la bataille est à moitié gagnée », résume-t-elle.
Son engagement est né du diagnostic de son fils, atteint de drépanocytose il y a plus de trente ans. « J’ai compris que c’était le grand combat de ma vie », raconte-t-elle. Aujourd’hui, elle souhaite poursuivre ce combat auprès des familles mahoraises, en renforçant la prévention et en luttant contre les tabous qui entourent la maladie.
À Mayotte, la drépanocytose constitue un enjeu de santé publique. Selon les chiffres rapportés en juin 2026s, Deux nouveau-nés par jour sont identifiés comme porteurs sains, sans développer la maladie. Deux parents porteurs sains peuvent néanmoins la transmettre à leur enfant. Le Centre hospitalier de Mayotte développe ainsi des actions de dépistage et d’accompagnement des futurs parents, parallèlement à la sensibilisation de la population.
Journaliste, aussi passionné par les paysages de Mayotte que par sa culture. J’ai toujours une musique de rap en tête.



































