“Une colère qui s’accumule depuis des années” : au lycée Younoussa-Bamana, les élèves attendent des réponses concrètes du rectorat

Une semaine jour pour jour après leur première mobilisation place de la République, les lycéens du lycée Younoussa-Bamana ne relâchent pas la pression pour faire entendre leur voix face aux nombreuses difficultés qui s’accumulent depuis plusieurs années dans leur établissement. Ce mardi 6 octobre au matin, ils réclament des réponses concrètes de la part du rectorat.

De part et d’autre de la route qui longe le lycée Younoussa-Bamana, ce mardi 6 octobre au matin, les policiers surveillent attentivement les lycéens réunis en nombre pour manifester leur colère face à leurs conditions d’enseignement et, plus largement, à leurs conditions de vie au sein de l’établissement.

À côté des pancartes et des groupes d’élèves, des morceaux de cartouches de gaz lacrymogène utilisées pour disperser la foule sont encore visibles sur le sol, signe de la tension qui règne sur place.

Plus tôt dans la matinée, selon les lycéens présents, plusieurs d’entre eux ont tenté de bloquer l’accès au lycée à l’aide d’un cadenas fixé au portail d’entrée. Celui-ci a rapidement été coupé. Les lycéens ont alors tenté de barrer l’entrée avec des poubelles, aussitôt retirées par les forces de l’ordre.

Des violences condamnées par les lycéens mobilisés

L’affrontement finit par éclater et se prolonge en course poursuite jusqu’au rond-point du Manguier, tandis que les gaz lacrymogènes touchent également une partie de la population présente sur les trottoirs. 

“Des gens qui ne sont pas dans le lycée sont venus pour caillasser et ça nous décrédibilise !”, lance Zamila, représentante des élèves, sur le parvis de l’établissement, peu après les échauffourées.

Un sentiment partagé par de nombreux lycéens ce matin, qui dénoncent ces violences. “On a peur qu’on nous dise que nous les élèves on veut tout casser alors qu’on veut juste manifester. Cela nous met mal à l’aise. On a réellement envie de mettre une barrière entre leurs actions et nos revendications”, insiste une lycéenne en classe de terminal, qui souhaite rester anonyme.

Une volonté d’autant plus pressante que les représentants des lycéens, dont Zamila, doivent être reçus par la rectrice Valérie Debuchy dans la journée. Pour eux, cette rencontre ne doit pas être centrée sur les violences, mais bien sur les problèmes de fond qui les ont poussés à se mobiliser. 

Micro dans la main, la représentante rappelle à ses camarades l’importance de connaître et de faire valoir leurs droits, mais aussi de se mobiliser et de faire entendre leur voix. Un discours accueilli sous les applaudissements des élèves encore présents en nombre et qui n’ont pas souhaité se rendre en cours, pourtant maintenus ce mardi. Seuls quelques professeurs se sont joints au mouvement.

“On trouvait ça insensé que eux se révoltent et pas nous !”

Parmi les principales revendications exprimées par les lycéens figurent les classes surchargées, le manque de personnels et de matériel, les toilettes en mauvais état, la chaleur dans certaines salles, les difficultés de transport et les problèmes de sécurité sur les trajets et aux abords de l’établissement. Ils pointent également les conditions de restauration scolaire difficiles et les risques liés aux travaux de reconstruction du lycée après Chido, autant de difficultés qui, selon eux, dégradent leurs conditions d’étude au quotidien.

“On a globalement les mêmes soucis que les lycéens dans l’Hexagone mais nous on a des problèmes qui se cumulent à Mayotte, dedans et en dehors du lycée !”

Des revendications qui s’inscrivent dans les mouvements lycéens lancés dans l’Hexagone, plus précisément en Île-de-France, depuis la fin septembre, ainsi que dans l’appel à la mobilisation nationale de ce mardi 6 octobre, mais qui, à Bamana, prennent racine dans des difficultés dénoncées par les élèves depuis bien plus longtemps, notamment depuis le passage du cyclone Chido, en décembre 2024.

“On a globalement les mêmes soucis que les lycéens dans l’Hexagone mais nous on a des problèmes qui se cumulent à Mayotte, dedans et en dehors du lycée ! On trouvait ça insensé que eux se révoltent et pas nous ! Cela nous a nourris”, observe une lycéenne en classe de première.

“On est des élèves comme tous les autres élèves de France, on souhaite travailler dans de bonnes conditions”, souligne une autre. “Le souci c’est qu’après, malgré ces difficultés on cherche de nous d’être dans la perfection. Une colère qui s’accumule depuis des années ne se calme pas comme ça !”.

Une absence de prise au sérieux qui ajoute à la colère

Depuis la route, les bâtiments réparés après Chido, flambant neufs pour certains, sont bien visibles. Mais derrière eux, plusieurs salles de classe restent détruites ou laissées à l’abandon. Les élèves passent devant ces bâtiments jour après jour.

Le 29 septembre dernier, lors de la première grande journée de mobilisation nationale, à laquelle l’Union syndicale lycéenne appelait les élèves à se mobiliser dans “tous les lycées”, plusieurs élèves du lycée Younoussa-Bamana avaient rejoint le cortège des manifestants place de la République, avant qu’une réunion ne soit organisée entre les représentants des élèves et la direction de l’établissement, assurent les élèves rencontrés ce matin.

“Depuis rien n’a évolué”, déplore une lycéenne. “Le proviseur nous a même dit en rigolant qu’on pouvait faire la grève pendant 3 mois cela n’allait rien changer”. Une absence de prise au sérieux qui ajoute à la colère. “Dorénavant on ne veut plus parler à la direction tant que le rectorat ne fait rien”.

“Ils nous laissent nous fatiguer dehors, ils attendent que les vacances arrivent pour ne rien faire”, ajoute-t-elle, avant de suivre ses amies à l’intérieur du lycée. Contacté, le rectorat n’a, pour le moment, apporté aucune information supplémentaire sur la situation et les réponses à mettre en place.

Peu après 11 h, la grande majorité des élèves ont finalement rejoint leurs salles de classe pour participer aux cours. Un retour au calme qui marque la fin de la mobilisation pour la journée, mais qui ne suffit pas à éteindre la colère des lycéens, en attente désormais de réponses concrètes.

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Victore Diwisch

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