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Le voile islamique face au kishali à Mayotte

À Mayotte, Marine Le Pen propose de supprimer le voile islamique dans l’espace public. Une mesure qui ne concernerait pas le kishali, vêtement traditionnel mahorais. Selon un rapport du Sénat, 95 % de la population mahoraise est musulmane.

Pour Frantz Thile, responsable pédagogique du diplôme universitaire «Valeurs de la République et Religions », la question du kishali illustre cette difficulté. La manière dont une femme porte ce vêtement peut notamment renvoyer à son identité mahoraise.

« Lorsqu’une femme le porte attaché, elle revendique son identité mahoraise », explique-t-il. Le kishali peut ainsi être associé à un élément culturel, y compris dans la manière dont il est porté par les jeunes femmes. « C’est une façon de l’attacher », précise-t-il.

Le kishali est traditionnellement le châle qui complète le salouva, tenue emblématique des femmes mahoraises, porté lors des grandes occasions, le vendredi, ou au quotidien par de nombreuses femmes mariées.

« Je suis une petite-fille des Chatouilleuses : celles qui ont mouillé leur salouva pour que Mayotte soit française. Je parle bien de “salouva”. Et de mes souvenirs, je n’ai jamais vu Zéna Mderé, Zaïna Méresse ou Laza Mzé porter de voile islamique. Alors ce débat n’a pas de place à Mayotte», affirme la député Anchya Bamana députée du Rassemblement national.

Une laïcité qui évolue

Cette distinction renvoie également à la manière dont la laïcité s’applique à Mayotte. Pour Frantz Thile, le rapport entre religion et République a évolué depuis la départementalisation du territoire, en 2011.

La question se pose notamment dans le cadre scolaire, où la laïcité doit s’appliquer tout en tenant compte des réalités du territoire. Le professeur observe par ailleurs « une forme d’entrisme » religieux.

« Ce débat n’a pas de place à Mayotte »

Pour la députée, le voile dont parle Marine Le Pen ne doit pas être confondu avec la tenue traditionnelle mahoraise. « Marine Le Pen sait que Mayotte est une terre où l’islam est la religion : oui l’islam, et non l’islamisme », insiste-t-elle.

L’ancienne mairesse de la commune de Sada considère que les priorités des Mahorais se situent ailleurs. Elle cite notamment l’accès à l’eau, les conditions de scolarisation, la restauration scolaire, le système de santé, l’assainissement et la question du foncier. Elle défend également le renforcement des moyens de lutte contre les arrivées de kwassas dans le canal du Mozambique.

Reste la question des conséquences d’une éventuelle interdiction. Pour Frantz Thile, une telle mesure pourrait directement toucher une partie de la jeunesse mahoraise : « On aurait des jeunes impactés, c’est sûr. »

Le professeur insiste sur la nécessité de préserver un équilibre autour du kishali. « Il est important de rester sur ce compromis sur la façon de porter le kishali. S’il n’y a pas de compromis, je pense qu’il y aurait une dérive. Ceci serait vécu comme une attaque. »

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Journaliste, aussi passionné par les paysages de Mayotte que par sa culture. J’ai toujours une musique de rap en tête.

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