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À Mayotte, les retards de paiement mettent sous pression les entreprises du bâtiment et des travaux publics (BTP), pourtant mobilisées pour la reconstruction. La Fédération mahoraise du bâtiment et des travaux publics (FMBTP), qui fédère une quarantaine d’entreprises, alerte par la voix de son président, Julian Champiat, sur 125 millions d’euros de factures impayés.
Flash Infos : Vos adhérents sont en première ligne face aux enjeux de reconstruction de l’île. Quel est leur retour sur la situation des factures impayées ?
Julian Champiat : Aujourd’hui, nous parlons d’environ 125 millions de francs d’impayés pour une trentaine de nos adhérents. Les retards de paiement atteignent en moyenne 220 jours, voire plus de 250 jours selon les dossiers. Pour rappel, dans les marchés publics, le délai légal de paiement est de 30 jours. Nous en sommes donc très loin. Ces retards ont des conséquences immédiates sur la trésorerie des entreprises. Elles doivent continuer à payer les salaires, les fournisseurs, les charges sociales et fiscales, les assurances, les loyers, ainsi que l’ensemble de leurs dépenses de fonctionnement, sans disposer des règlements qui leur sont dus. Cela fragilise directement le développement des entreprises, leur capacité à investir, à se structurer et à répondre aux besoins de la filière de reconstruction. Or reconstruire Mayotte suppose des entreprises solides, capables de mobiliser des équipes, des engins, des matériaux et des financements.
F.I : Avez-vous des explications sur l’origine de ces retards ?
J.C : Je ne peux pas apporter de justification à la place des maîtres d’ouvrage. Certains paient dans les délais, il faut le dire. D’autres, notamment certaines collectivités, accusent des retards plus importants. Il leur appartient d’expliquer ces situations et, surtout, de mettre en œuvre les moyens nécessaires pour les résoudre. Ce que nous demandons est simple : le respect des délais de paiement. Ce n’est pas une revendication secondaire. L’argent est le nerf de la guerre, particulièrement dans le bâtiment, les travaux publics et les activités directement liées à la reconstruction.
F.I. : Quelles sont aujourd’hui les principales revendications de vos adhérents ?
J.C : La première est le respect des délais de paiement. Mais il y a aussi une question essentielle : la liberté de circulation. Lorsqu’un camion ou une équipe met près de deux heures pour traverser Kawéni, les conséquences sont considérables. Cela pénalise la productivité, la rentabilité des chantiers et l’organisation quotidienne des entreprises. Les salariés doivent parfois être mobilisés à des horaires très spécifiques pour tenter d’éviter les embouteillages. Cela crée des surcoûts, de la fatigue et une perte de temps considérable. Aujourd’hui, on ne parle même plus seulement de temps de trajet. À certaines heures, il faut faire le tour de Mamoudzou. Pour une entreprise qui doit livrer du béton, acheminer des matériaux, faire circuler des engins ou envoyer des équipes sur plusieurs chantiers, cette situation n’est pas viable. Nous constatons heureusement une amélioration sur le plan de la sécurité : il est davantage possible de travailler et de circuler. Mais le problème des flux routiers reste entier. Sans accès fonctionnel aux zones stratégiques, il ne peut pas y avoir de véritable filière de reconstruction.
F.I. : Comment réagissez-vous au revirement intervenu sur la commune de Koungou ?
J.C : Nous avons déposé un référé-liberté sur cette question. Je ne souhaite pas polémiquer avec le maire de Koungou ni commenter ses revendications. En revanche, il faut rappeler une réalité : cet axe est majeur pour Mayotte. Certaines entreprises évoquent déjà le recours à l’activité partielle, faute de pouvoir assurer leurs prestations dans des conditions normales.
F.I. : Vous évoquez également la suppression du CICE. Pourquoi ce sujet est-il important ?
J.C : Le CICE permettait d’alléger une partie des charges supportées par les entreprises. Dans un contexte de trésorerie tendue, cet outil représentait un soutien important. Le dispositif doit désormais être remplacé par le régime de la LODEOM, la loi pour le développement économique des outre-mer. Nous militons pour que Mayotte puisse bénéficier d’un régime renforcé, avec une baisse significative des charges. C’est une nécessité pour maintenir l’emploi, améliorer l’attractivité du territoire et permettre aux entreprises de faire face à leurs investissements. Les entreprises sont attendues sur des chantiers majeurs : logement, équipements publics, réseaux, infrastructures et remise en état du territoire. Mais elles ne peuvent pas porter seules le coût de cette mobilisation. Si elles doivent investir tout en subissant des retards de paiement et des difficultés logistiques, leur capacité à répondre aux besoins sera mécaniquement réduite. Le régime applicable dépendra notamment des arbitrages de la loi de finances. Nous demandons donc un mécanisme clair, rapide et adapté à l’urgence économique mahoraise.
F.I. : La reconstruction est-elle aujourd’hui suffisamment engagée ?
J.C : Il y a des engagements financiers, des dispositifs et des programmations. Le plan de convergence, notamment, comporte des volets importants, en particulier pour le logement social. Mais, sur le terrain, la dynamique reste freinée. Deux ans après le passage du cyclone, les entreprises attendent des décisions opérationnelles : des marchés réellement lancés, des paiements effectués dans les délais, des routes praticables et un cadre social et fiscal permettant d’embaucher et d’investir. Un comité de filière dédié au BTP et à la reconstruction est prévu en février 2026. Il doit permettre de formaliser un plan d’action concret avec l’ensemble des acteurs concernés, notamment les services de l’État, les collectivités, les maîtres d’ouvrage et les entreprises.
Journaliste, aussi passionné par les paysages de Mayotte que par sa culture. J’ai toujours une musique de rap en tête.



































