Au lycée du Nord d’Acoua, les enseignants, l’intersyndicale, l’association La Voix des Sans-Voix et le personnel de l’établissement se mobilisent. En grève générale et illimitée, ils dénoncent une surcharge des effectifs qui, selon eux, met en danger la sécurité et l’avenir des élèves.
« 125 élèves en + sans MOYENS supplémentaires, c’est NON et pas évident » est inscrit sur une pancarte en contrebas du portail du lycée du Nord de Mayotte. Ce lundi 31 août, c’est au travers d’un communiqué qu’un mouvement unitaire rassemblant enseignants, l’association majoritaire au conseil d’administration La Voix des Sans-Voix et personnel de l’établissement ont annoncé un mouvement de grève illimité. En cause, l’inscription de 125 nouveaux élèves de seconde au sein de l’établissement, qui porterait l’effectif à 2 300 élèves selon les chiffres des manifestants.
« À la base, c’est un lycée qui devait contenir 900 élèves, nous en sommes à 2 300 élèves, sans parler de la question de la sécurité et de la pédagogie pour accueillir ces élèves. » Ancien collège de Mtsangadoua, l’établissement est par la suite devenu un lycée. Sur le site, des salles modulaires ont été édifiées, sans pour autant combler la hausse des effectifs, selon les enseignants sur place.
Des conditions matérielles toujours difficiles
Un membre du personnel de l’établissement m’explique : « Dans ce lycée, des câbles pendent, ça fait des années que nous attendons des travaux », explique-t-il. Il dit voir le lycée se dégrader d’année en année. Le collectif exige ainsi une « modernisation immédiate des salles de classe » et « une refonte totale d’un réseau Internet et d’un câblage, installation d’un réseau téléphonique vital pour la sécurité des personnes ».
Pour les élèves de première de l’établissement, marqués par le jour de rentrée, certains en profitent pour danser sur la musique diffusée sur l’enceinte des professeurs en grève. Plus loin, l’un d’eux, âgé de 17 ans, s’exprime : « J’ai pas mal de problèmes pour me connecter sur ces ordinateurs, à chaque fois que je vais sur un ordi du CDI, il y a pas mal de problèmes. » raconte t-il.
« Au lycée du Nord, nous avions une dotation globale de fonctionnement, comme nous avons dans tous les établissements. Avec l’argent du rectorat, nous avions fait le choix de maintenir les classes de seconde à 25 élèves maximum, afin de garantir une qualité d’enseignement », etaye Veronique Hummel professeur-documentaliste et syndiqué une qualité, selon elle, prouvée par de meilleurs résultats au baccalauréat 2026. « Nous avons eu 15 mentions très bien, deux points au-dessus de la moyenne académique, ce qui n’était jamais arrivé dans le passé. Ce qui prouve la qualité de notre travail collectif. »
Une grève illimitée
Les enseignants craignent une aggravation de leurs conditions de sécurité. En 2023, une bande d’une trentaine d’individus armés a envahi l’établissement pour s’en prendre à des élèves, faisant un blessé et un gendarme légèrement touché. En 2021, un lycéen a été grièvement poignardé devant l’entrée du lycée du Nord et a succombé à ses blessures.
Les professeurs d’EPS, qui souhaitent garder l’anonymat, expliquent, inquiets : « Nous, on fait du kayak, on se retrouve avec des classes qui passent de 25 à 30. Dans notre pratique, un groupe d’élèves est sur le sable, un autre est dans l’eau, mais il peut arriver que des passants marchent avec des machettes », s’interrogeant sur la sécurité de ses élèves.
Au cours de la journée, les revendications ont été portées envers le nouveau chef d’établissement, à savoir : modifier l’affectation de 125 élèves de seconde générale pour les inscrire dans d’autres lycées, ou une dotation rehaussée. Contacté, le rectorat promet une réponse écrite. Le mouvement de grève est, lui, confirmé et exige la présence de la rectrice sur les lieux.
Journaliste, aussi passionné par les paysages de Mayotte que par sa culture. J’ai toujours une musique de rap en tête.



































