L’Association des Villes et Collectivités de l’Océan Indien (AVCOI) a tenu ces 21 et 22 juillet 2026 sa « rencontre annuelle » à Tananarive. Cette dernière a notamment été marquée par le renouvellement de sa gouvernance, qui sera désormais assurée par le maire de Quatre-Bornes (Ile Maurice) et le Président de la Délégation Spéciale (PDS) de Tananarive jusqu’en 2028. Ils succèdent aux maires de Victoria (Seychelles) et de Mamoudzou qui ont assuré la co-présidence 2024-2026.
Au cours de 2 jours d’échanges intenses autour des thématiques de « la jeunesse francophone comme moteur de la coopération régionale », mais aussi de la résilience des territoires de l’océan Indien, la rencontre annuelle de l’AVCOI s’est conclue par une passation de gouvernance. Les maires de Mamoudzou et de Victoria, qui assuraient la co-présidence 2024-2026, ont passé le relais à celui de Quatre-Bornes et au PDS de Tananarive. Créée en 1990 dans la capitale malgache, l’AVCOI rassemble des collectivités des Comores, de Madagascar, de Maurice, de Mayotte, de La Réunion et des Seychelles.
Son objectif est de favoriser la coopération entre les territoires insulaires sur des problématiques communes telles que la gestion des déchets, l’économie circulaire, la résilience face aux catastrophes naturelles ou encore le développement territorial. Au fil des années, l’association s’est imposée comme un interlocuteur reconnu des partenaires internationaux sur les questions de coopération régionale.
Le maire de Mamoudzou a insisté sur la nécessité de coopérer en cas de cyclones
Dans son allocution d’ouverture, le maire de Mamoudzou et coprésident sortant de l’AVCOI, Ambdilwahedou Soumaïla, a rappelé que les territoires de l’océan Indien sont « un espace de destins partagés ». « Nous partageons les mêmes océans, les mêmes richesses naturelles, les mêmes opportunités, mais aussi les mêmes vulnérabilités », a-t-il affirmé en rappelant les conséquences des passages ces dernières années des cyclones Idaï, Batsiraï, Garance, Chido et Gezani dans la région sud-ouest de l’océan Indien. Il a rappelé le rôle « d’appui technique » des Communes pour l’arrivée des premiers secours, le rétablissement des services essentiels, l’accompagnement des familles et la reconstruction du quotidien. « Cette réalité donne tout son sens à la coopération entre collectivités. Car, si nos défis sont communs, nos réponses ont tout intérêt à l’être également et c’est précisément la raison d’être de l’AVCOI », a-t-il déclaré.
Lors de la table ronde consacrée à la résilience territoriale, le maire de Mamoudzou est revenu plus en détail sur l’expérience de sa commune après le passage du cyclone Chido, en décembre 2024, puis de Dikeledi quatre semaines plus tard. Il a rappelé que plus de 11 000 personnes avaient dû être hébergées dans 21 centres d’accueil, que plus de 6 000 familles sinistrées avaient été recensées et que les écoles avaient pu rouvrir en seulement six semaines pour accueillir 18 000 élèves, malgré des agents municipaux eux-mêmes touchés par la catastrophe. Le maire a toutefois pointé du doigt les limites auxquelles sont confrontées les communes lors de tels événements. Selon lui, la première réponse d’urgence repose presque exclusivement sur les budgets ordinaires des collectivités, en l’absence de fonds dédiés immédiatement mobilisables.
Il a également dénoncé des procédures administratives conçues « pour le temps calme », obligeant parfois les élus à agir dans l’urgence avant même que les dispositifs de financement ne puissent être activés. « Les guichets d’aide existent, mais ils exigent des dossiers, des chiffres et des délais au moment précis où la collectivité est à terre », a-t-il résumé, estimant que les aides profitent souvent davantage aux collectivités les mieux armées administrativement qu’à celles qui en ont le plus besoin.
Pour renforcer la résilience des territoires, Soumaïla Abdilwahedou a plaidé pour la mise en place d’accords de solidarité préalables entre les villes de l’AVCOI, l’élaboration d’outils communs permettant d’évaluer rapidement les besoins après une catastrophe, mais aussi un financement accru de la préparation aux crises, et pas uniquement de la reconstruction. Selon lui, chaque euro investi dans l’anticipation permet d’en économiser plusieurs lors des interventions d’urgence.
Une édition consacrée à la jeunesse francophone
Cette édition était avant tout placée sous le signe de « la jeunesse francophone comme moteur de la coopération régionale ». Les participants ont réfléchi aux moyens d’associer davantage les jeunes aux politiques locales, notamment dans les domaines du numérique, de l’innovation, de la transition écologique et de l’intelligence artificielle, afin d’accompagner les transformations des collectivités de l’océan Indien.
Pour le coprésident sortant de l’AVCOI, la jeunesse constitue « la première richesse » de la région. Créative, engagée, connectée et familière des outils numériques, elle représente un atout majeur pour accompagner les transformations auxquelles les collectivités sont confrontées, qu’il s’agisse de la transition écologique, de l’intelligence artificielle, de la modernisation des services publics ou encore du renforcement de la résilience face aux crises climatiques.
Soumaïla Abdilwahedou a estimé que les compétences dont les territoires auront besoin « existent déjà en grande partie chez leurs jeunes » et que la coopération régionale doit désormais favoriser la circulation des talents entre les îles. Les échanges ont ainsi porté sur la manière d’offrir davantage d’espaces d’engagement, de mobilité et d’expériences aux jeunes francophones, afin qu’ils deviennent de véritables acteurs du développement territorial et de la coopération dans l’océan Indien.
Nora Godeau est journaliste indépendante à Mayotte. Elle couvre les enjeux sociaux, culturels et environnementaux du territoire, avec une attention particulière portée aux voix locales et aux initiatives de terrain.



































