Comores : l’hôpital national suspend son anesthésiste sans préavis

Abdillah Mdohoma assurait, avant sa suspension, avec un second spécialiste, les activités du service de réanimation d’El-Maarouf, qui fait face à une fuite d’infirmiers et de médecins qualifiés en raison, notamment, des conditions de travail et salariales.

On sait tous à quel point le service d’anesthésie et de réanimation est important dans n’importe quel centre hospitalier. Pourtant, la direction d’El-Maarouf, le plus grand hôpital des Comores situé à Moroni, n’hésite pas à se séparer de certains de ses rares spécialistes du domaine, qui ont la lourde tâche de s’occuper de toutes les interventions chirurgicales de l’hôpital.

El-Maarouf ne disposait que de deux médecins anesthésistes, mais il vient de suspendre l’un d’eux dans des conditions floues. Recruté depuis 2017, le Dr Abdillah Mdohoma a appris sa suspension à travers une note affichée par son chef hiérarchique le 18 février, alors qu’il affirme ne pas se rappeler avoir commis une faute dans l’exercice de ses fonctions.

Douze jours plus tard, c’est le directeur général de l’hôpital qui a officialisé la mesure en signant à son tour une décision visant le médecin anesthésiste. Dans sa note de service du 3 mars, la direction de l’hôpital de référence informe tous les services que le Dr Abdillah Mdohoma n’est plus autorisé à pénétrer dans les services de soins, les blocs opératoires ou les zones réservées au personnel, au même titre qu’un membre du corps médical en service.

À ce titre, poursuit la note, l’entrée de l’intéressé au sein de l’enceinte de l’hôpital est strictement limitée au statut de visiteur ou d’accompagnant. Il doit ainsi se soumettre aux règles communes de l’établissement (horaires de visite, accueil général).

Le bémol : ni la note du chef de service ni celle de la direction ne mentionnent la cause ayant conduit à cette sanction.

« J’ai même demandé au responsable des ressources humaines, mais il dit ne rien savoir. Donc officiellement, j’ignore les raisons de ma suspension », a fait savoir le médecin anesthésiste, contacté par Flash Infos.

Sollicitée par certains médias de la place, la direction de l’hôpital n’avait toujours pas réagi, avons-nous appris auprès de quelques confrères.

Doléances du service

Le spécialiste s’est même rapproché du ministère de la Santé pour en savoir un peu plus. À la surprise générale, il découvre qu’en plus de la suspension, une demande de révocation au sein de la fonction publique aurait été introduite.

« À ma connaissance, la plus grande sanction en cas de faute consiste à remettre le médecin à la disposition du ministère. Et cela intervient après convocation de la personne incriminée, qui doit s’expliquer. Mais moi, je n’ai jamais été entendu », souligne le Dr Abdillah Mdohoma, qui, depuis quelques jours, n’a pas mis les pieds à El-Maarouf.

Si le flou entoure sa suspension, il pense que ce qui lui arrive pourrait avoir un lien avec les mouvements que son service a entamés fin décembre afin de réclamer de meilleures conditions de travail.

Dans un courrier adressé à la direction de l’hôpital de référence le 23 décembre 2025, les infirmiers anesthésistes ont formulé trois principales revendications, dont l’introduction d’une indemnité de risque professionnel.

« Nous sollicitons la régularisation et l’octroi des indemnités de risque liées à l’exposition permanente à des substances et produits dangereux tels que les rayons X, le sang, le formol, les gaz anesthésiques, ainsi qu’à la manipulation des bouteilles d’oxygène — tâche qui ne relève pas de nos obligations professionnelles », écrit le personnel.

La deuxième doléance concerne les primes de garde, actuellement fixées à 3 500 francs, soit près de 8 euros.

« Alors que jusqu’en 2016, les infirmiers anesthésistes percevaient la même indemnité que lors des astreintes. Les infirmiers anesthésistes occupent officiellement un seul service, mais nous travaillons actuellement dans quatre services (bloc opératoire, salle de réveil, réanimation et service d’imagerie) afin d’assurer la couverture complète des soins. Cette situation témoigne d’un besoin urgent de renforcer le nombre d’infirmiers anesthésistes pour garantir la sécurité et la continuité des soins aux patients, ainsi que le bon fonctionnement des différents services », ajoute la lettre que nous avons consultée.

Selon le Dr Abdillah Mdohoma, qui a fait le choix de rentrer servir le pays après sa spécialisation en France, ce sont ces conditions déplorables qui ont entraîné une fuite des meilleurs éléments.

Service débordé

« Les infirmières et médecins que nous avions dans notre service partent ailleurs dès qu’une offre intéressante se présente. À chaque fois que nous essayons d’expliquer aux responsables qu’il faut de meilleures conditions, car la charge de notre travail est importante, ils le prennent mal », regrette le médecin anesthésiste, dont le départ risque de fragiliser encore davantage le service, qui ne disposait que de deux anesthésistes.

« Déjà, nous étions débordés avec deux médecins généralistes, un urgentiste, puis il y avait moi et le chef de service. Pour assurer les consultations précédant une intervention chirurgicale, nous étions obligés d’alterner tous les vendredis. Le 13 février, j’ai dû les annuler car j’étais débordé et il y avait des urgences au bloc et en réanimation. Mais j’ai été accusé d’avoir refusé de consulter. Ils se servent même de cela pour justifier ma suspension, alors que j’avais tout expliqué à la direction », a indiqué le Dr Abdillah Mdohoma.

Financé par les Émirats arabes unis, à travers la fondation Cheikh Khalifa Ben Zayed Al-Nahyan, à hauteur de 3,3 millions d’euros, le pôle chirurgical d’El-Maarouf a été inauguré le 22 mai 2014. Il abrite notamment le service de réanimation et de soins intensifs.

Douze ans plus tard, ce pôle vital de l’hôpital de référence tente tant bien que mal d’offrir des soins aux Comoriens, mais n’échappe pas aux critiques qui collent à El-Maarouf, en raison notamment de présumées négligences médicales, dont certaines se révèlent fatales.

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