La fameuse piste longue de Bouyouni a de nouveau été remise au goût du jour lors des travaux de l’Assemblée de Mayotte, vendredi matin 25 septembre 2026. Seules deux voix se sont opposées à la volonté de Ben Issa Ousséni de donner suite à la demande de la DGAC de faire main basse sur les rares terres agricoles encore disponibles sur l’île, quitte à y provoquer une catastrophe écologique et hydraulique sans précédent pour un territoire qui souffre déjà cruellement d’un manque chronique d’eau. La DGAC serait si pressée de réaliser son dessein qu’elle procéderait déjà, selon certains élus mahorais, à la dépossession de certains occupants de Bouyouni de leurs terrains.
Lorsque la Refondation post-Chido, tant vantée à Paris qu’à Mamoudzou depuis juillet 2025, bat de l’aile, les masques tombent tout à coup et le projet de piste longue dans la forêt primaire classée de Bouyouni devient un véritable tonneau des Danaïdes. Le seul à y croire dur comme fer semble être le président de l’Assemblée de Mayotte, Ben Issa Ousséni, lequel donne le sentiment de faire peu de cas des conséquences néfastes de ce projet sur l’environnement, le climat et la vie quotidienne des Mahorais à moyen terme.
En effet, celui-ci, qui n’est pas à une controverse près au détriment des intérêts supérieurs et légitimes des Mahoraises et des Mahorais, a fait un pas de plus dans son alignement à toute épreuve sur le gouvernement Lecornu. Envers et contre une volonté populaire massivement exprimée contre ce projet, particulièrement consommateur de foncier agricole et susceptible d’affecter les réservoirs hydrauliques, il a fait voter, vendredi matin 25 septembre 2026, un texte ayant pour objectif affiché de priver autant de Mahorais que possible de terres héritées de plusieurs générations de leurs familles.
On est en droit de se demander si le premier des citoyens de ce territoire mesure concrètement la portée de ses actes lorsqu’il passe ainsi en force au sein de l’assemblée qu’il préside, faisant peu de cas des attentes véritables de la population et de ses intérêts premiers.
Nul n’a oublié le débat passionné généré par cette affaire de piste longue à Bouyouni lorsque, contre toute attente, Emmanuel Macron a fait volte-face en 2025 et annoncé qu’il revenait sur sa décision de faire aboutir le projet de piste longue à Pamandzi. On se rappelle que c’est ce même Emmanuel Macron, alors en campagne pour son second mandat présidentiel, qui avait expliqué aux habitants du 101e département français que le temps des études de faisabilité interminables était révolu et qu’il fallait passer aux choses sérieuses.
« La seule chose que cet homme a enseignée aux habitants de cet archipel éloigné de 10 000 kilomètres de Paris, c’est que sa parole ne vaut rien devant une population de 350 000 habitants, lesquels ont eu le malheur d’avoir choisi de donner leur suffrage à son opposante Marine Le Pen. Certains dans son camp tenteront de nier cette réalité, mais malheureusement pour eux, les faits sont têtus et le peuple ne sait faire, dans ce genre de cas, qu’une lecture au premier degré », fait remarquer Sidi Ahmed Mohamed, rencontré dans un supermarché du chef-lieu de Mayotte, une heure seulement après le vote de ce texte.
Un texte qui a la particularité d’avoir été adopté par l’ensemble des conseillers départementaux de l’île, à l’exception de deux voix seulement, dont celle d’Hélène Pollezec, élue du canton de Mamoudzou 1, qui s’est longuement expliquée sur le sens de son vote négatif.
« Franchement, les Mahorais en sont arrivés à se demander si les commandes du navire Assemblée de Mayotte sont tenues par un natif de cette île », commente Doulkif Haradali, employé d’une collectivité locale mahoraise, rencontré le même vendredi sur le parvis de l’Agence d’attractivité et de développement touristique de Mayotte (ADTM), qui jouxte la place de la République et l’esplanade du grand marché.
Lui a une explication singulière sur le sens de ce vote quasi unanime des conseillers départementaux concernant ce texte introduit par Ben Issa Ousséni à la demande de la Direction générale de l’aviation civile (DGAC).
Un citoyen qui fustige le comportement anesthésié des élus mahorais devant les services de l’État
« Ce vote démontre qu’ils ont vendu notre île à des forces économiques extérieures et qu’ils n’ont rien à faire de nous, les citoyens. Tout le monde a compris que le gouvernement actuel ne mettra pas un seul kopeck dans ce projet, parce qu’il ne se fera pas, mais que notre président pense se faire bien voir de ses protecteurs au sein du gouvernement en contribuant largement à déposséder les habitants de son canton et les agriculteurs du nord de leurs terres. Ce que nous ne devons pas avoir peur de lui demander, c’est qu’il nous dise ouvertement et sans détour : à qui profite ce crime moral et financier contre sa propre communauté ? »
Il est évident que ce citoyen a bien suivi le cours des débats lors de cette session plénière de l’assemblée départementale, vendredi matin.
Conscient que son opinion a suscité un certain intérêt parmi les personnes présentes sur les lieux, ledit citoyen s’est voulu pédagogue et a expliqué que, selon lui, ce projet est une chimère destinée à opposer les Mahorais durant les six prochaines années qui nous séparent de la fin du pouvoir macronien.
« Le plus inquiétant pour ce territoire, c’est que tous ces élus et leur entourage, qui se prévalent d’avoir bac + 20, semblent se prendre très au sérieux dans le naufrage programmé du navire Mayotte par des gouvernements à Paris pressés de mettre ce territoire et son économie à terre ! »
Il en veut pour preuve les rassemblements récurrents menés par des élus et des natifs des territoires ultramarins des Antilles et de Guyane, qui battraient régulièrement le pavé à Paris pour dénoncer une attitude similaire sur leurs territoires respectifs.
Faut-il donner du crédit à cette prise de position ou la jeter dans la corbeille des innombrables idées complotistes colportées en pagaille sur les réseaux sociaux ?
Quoi qu’il en soit, son expression est loin d’être un cas isolé sur le territoire, où plus personne n’accorde vraiment de crédit à l’idée d’un projet de Refondation post-Chido de Mayotte que prétend mettre en œuvre le gouvernement actuel de la nation ou ses représentants sur le sol mahorais.
Pour notre citoyen au langage franc et direct, les plus à plaindre dans cette programmation ne sont autres que les élus locaux de tous bords, « qui sont tétanisés dès que le bon sens voudrait qu’ils tiennent tête aux ministres et technocrates parisiens ».
Le salut de Mayotte et de sa nature si précieuse pourrait venir de la société civile dans l’Hexagone
À ses yeux, tous ces dysfonctionnements servis couramment à la population de Mayotte sont la conséquence réelle de la loi de juillet 2025 sur la Refondation de l’île, qui n’avait pas lieu d’être pour répondre aux urgences matérielles consécutives à la dévastation générale causée par le cyclone Chido.
« Il suffit de constater que, deux ans plus tard, le triste sort des Mahorais reste intact et qu’ils ne constitueront jamais une priorité pour ce gouvernement en place. »
Il se demande quel objectif est recherché dans une déstabilisation de la société et de l’économie mahoraise par ceux-là mêmes qui sont supposés aider l’île à se relever d’une multitude de crises sociales et économiques qui marquent le territoire depuis une vingtaine d’années.
Une interrogation qu’il estime devoir être générale dans l’esprit de chaque habitant du département-région, au regard de l’empressement des services de la DGAC à exproprier un maximum de propriétaires fonciers dans le périmètre choisi de Bouyouni, « comme si le pouvoir actuel cherchait à s’assurer de réussir son coup au plus vite avant la chute du gouvernement dans six mois », complète-t-il dans ses interrogations.
Bien loin de l’idée reçue par un grand nombre de personnes, ce vote de l’Assemblée de Mayotte est loin d’avoir sonné la récréation sur ce dossier de la piste de Bouyouni. Bien au contraire, tout ne fait que commencer.
En métropole, tout un système se mettrait en place dans l’ombre pour pallier le manque de réactivité évident sur l’archipel. Comme dans le cas en cours de l’usine de dessalement d’eau de mer d’Ironi Bé, dont les travaux sont actuellement interrompus sur saisine de la justice administrative par des associations métropolitaines, des parlementaires de gauche et de droite, des écologistes de tous poils et des militants associatifs défenseurs de l’environnement se prépareraient à monter au créneau devant des juridictions spécialisées pour tenter de faire échouer ce projet, présenté comme purement électoraliste par ses détracteurs, si cher au président Ben Issa Ousséni et si dommageable à la nature mahoraise.
Journaliste politique & économique


































