À la veille de la journée nationale de mobilisation des lycéens et des étudiants, plusieurs établissements de Mayotte ont été concernés, lundi 5 octobre, par des actions de contestation. Manque de moyens, classes surchargées, locaux dégradés ou encore absence de personnels : les revendications exprimées dans l’archipel font écho à celles portées dans l’Hexagone. Alors que de nouveaux rassemblements sont attendus mardi, les tensions observées lundi témoignent de l’ampleur du mécontentement.
À Mamoudzou, environ 200 élèves se sont réunis devant le lycée Younoussa-Bamana. Malgré une tentative de blocage de l’entrée, les cours ont été maintenus. L’intervention des forces de l’ordre, qui ont fait usage de gaz lacrymogènes pour disperser les jeunes, a marqué cette première journée de mobilisation.
La situation a été plus tendue à Tsararano. Lundi matin, des heurts ont opposé des jeunes aux forces de l’ordre aux abords du lycée, entraînant l’évacuation de l’établissement et la suspension des cours pour la journée. Selon les forces de l’ordre, trois élèves ont été légèrement blessés et plusieurs malaises ont été signalés. Le rectorat prévoit une reprise des enseignements mardi.
Au-delà des blocages, les élèves dénoncent des difficultés quotidiennes qui pèsent sur leurs conditions d’apprentissage. Le manque de chaises, les sanitaires défaillants, les problèmes de restauration scolaire, l’absence d’enseignants et l’insuffisance des équipements figurent parmi les principaux motifs de mécontentement. Des revendications qui renvoient à des difficultés structurelles auxquelles les établissements mahorais sont confrontés depuis plusieurs années.
Le gouvernement tente d’apaiser la mobilisation
À l’échelle nationale, le mouvement lycéen, parti de plusieurs établissements de l’Hexagone, s’est étendu à d’autres territoires, sur fond de contestation des conditions d’étude et des moyens accordés à l’éducation. Face à la multiplication des blocages et des tensions, le premier ministre, Sébastien Lecornu, a présenté dimanche une feuille de route destinée à répondre à une partie des revendications.
Le chef du gouvernement a demandé que les cours reprennent, dès lundi, « partout » où les conditions de sécurité et l’état des locaux le permettent. Cette reprise doit être appréciée au cas par cas, avec une priorité accordée aux classes d’examen. Cinq chantiers ont également été confiés à plusieurs ministres. Ils concernent le remplacement des enseignants absents et des postes non pourvus, les conditions d’étude et les emplois du temps, l’état des bâtiments scolaires, l’orientation ainsi que la prise en compte de la parole des élèves. Les premières décisions sont attendues d’ici à la fin du mois d’octobre.
Ces annonces interviennent alors que la mobilisation s’est installée depuis plusieurs semaines et que plusieurs établissements ont déjà connu des blocages. Si le gouvernement affiche sa volonté d’ouvrir des discussions, il entend également maintenir une ligne de fermeté face aux violences et aux entraves à la continuité des cours.
À Mtsangadoua, une reprise sous surveillance
Cette nouvelle journée de contestation intervient après la fin d’un mouvement de trois semaines au lycée polyvalent de la Cité du Nord, à Mtsangadoua. Les cours ont repris lundi pour les 2 220 élèves de l’établissement, à l’issue d’une mobilisation menée par des enseignants et des parents d’élèves. Ces derniers dénonçaient notamment la surcharge des classes et le manque de moyens. À l’issue des échanges avec le rectorat, plusieurs engagements ont été annoncés : une dotation supplémentaire de 92 heures, quatre emplois PEC, l’installation de quatre salles de classe supplémentaires et la création de deux blocs sanitaires comprenant chacun six toilettes. Une cellule d’écoute doit également être mise à la disposition des élèves et des personnels. Mais plusieurs revendications restent sans réponse, notamment la construction d’un réfectoire et la sécurisation des cours de kayak. Les acteurs du mouvement préviennent qu’ils pourraient reprendre la grève si les engagements annoncés ne sont pas concrétisés. La reprise des cours ne signifie donc pas la fin des tensions.
Les parents et les syndicats appellent au dialogue
Face à la multiplication des actions, les organisations représentatives appellent à la fois à la prise en compte des revendications et à un encadrement des mobilisations. La FCPE Mayotte reconnaît la légitimité des demandes exprimées par les lycéens et exhorte les autorités à apporter des réponses rapides. L’association de parents d’élèves insiste toutefois sur la nécessité d’un encadrement adapté, compte tenu de la présence de nombreux mineurs dans les rassemblements.
La FSU appelle, de son côté, les personnels de l’éducation à participer aux rassemblements du 6 octobre et à soutenir les élèves et les étudiants mobilisés. Le syndicat réclame des réponses budgétaires et politiques sur les moyens alloués aux établissements, les effectifs, l’état des locaux et l’accès aux études supérieures.
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