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Le youtubeur Davud Akhundzada, qui a également visité plusieurs pays de la région de l’océan Indien, a déploré la désorganisation dès l’aéroport, avant de filmer les déchets jonchant les rues de la capitale. Sa vidéo a suscité un tollé autour d’un problème qui est tout sauf nouveau.
Indignation et soutien. Ce sont les deux mots qui cristallisent le débat qui agite l’opinion comorienne depuis vendredi, après la publication sur les réseaux sociaux d’une vidéo par un influenceur azerbaïdjanais appelé Davud Akhundzada. « C’est l’enfer tropical, le problème des ordures est horrible, pire ici à Moroni. » Ce titre accompagne l’un des vlogs du youtubeur et a entraîné, en quelques heures, des réactions mitigées, probablement pour avoir touché un point sensible : celui de la gestion des ordures dans la capitale de l’Union des Comores.
« C’est une vidéo qui résonne comme un véritable coup de massue. Est-ce l’électrochoc nécessaire pour une prise de conscience collective ? Dans un pays comme le Rwanda, la responsabilité est collective. Chacun met la main à la pâte. En effet, cette prolifération des déchets et des ordures dans des points aussi stratégiques est une honte. Et cette polémique met également en lumière les actes manqués du passé, rappelant que la campagne nationale de propreté initiée par le président Azali en 2016 est restée lettre morte, faute d’un suivi gouvernemental adéquat », soulève Hamidou Mhoma, membre du patronat.
Arrivé dans l’archipel vendredi, Davud Akhundzada, qui cumule près de deux millions d’abonnés sur Facebook, a partagé ses impressions moins de 24 heures après sa descente d’avion. Il a commencé par filmer l’aéroport avant de se rendre dans les rues de Moroni, où il a été stupéfait par l’état du littoral.
« C’est absolument dégoûtant. Je vais vous montrer. Quelle quantité de déchets dans l’océan ! Oh mon Dieu. Ça devient encore plus dégoûtant, les gars. C’est absolument incroyable. Vous savez, ça me brise le cœur. C’est la capitale. L’océan est magnifique, splendide, quand on regarde en bas. Voilà ce que vous voyez. C’est là que les poissons nagent, au milieu des déchets. C’est incroyable à voir », raconte-t-il alors qu’il filmait l’océan, près du port.
Hausse de 7 % des arrivées en 2025
Selon la Banque centrale des Comores, en 2025, le secteur tertiaire a poursuivi son dynamisme, avec une croissance de 3,6 % de sa valeur ajoutée, portée principalement par la bonne performance du commerce et des activités touristiques.
« De même, le dynamisme des activités touristiques s’est poursuivi avec une nouvelle progression de la valeur ajoutée des services issue des hébergements et de la restauration, reflétée par la hausse de 7 % des arrivées aux frontières », indique le rapport annuel, publié début septembre.
Samedi, le vlog du créateur de contenu azerbaïdjanais, qui affirme avoir visité 87 pays dans le monde, dont les Comores, tournait encore en boucle sur Facebook. Davud est allé jusqu’à conclure : « Ils ont de superbes paysages, une nature incroyable, mais ils ne sont pas prêts pour le tourisme. Ils ne sont pas vraiment habitués au tourisme », a-t-il déclaré à ses deux millions d’abonnés.
D’aucuns n’ont pas apprécié ces propos et dénoncent son geste, lui reprochant d’avoir montré ce côté insalubre du pays au reste du monde.
« Quel que soit ce qu’il y a dans notre pays, aucun étranger n’a le droit de venir filmer et publier comme ça, car on n’aurait pas été autorisés à le faire à Dubaï. Pour moi, c’est une question de respect et le mec est mal éduqué », s’est offusqué Tourki Mohamed Ali, entrepreneur et fondateur de la startup de location de voitures Sahilkom.
Et il faut dire qu’il n’est pas le seul à dénoncer le contenu de la vidéo de M. Davud. Mais pour d’autres, et c’est l’avis de la majorité, s’indigner parce qu’un étranger a publié une réalité connue de tous relève d’une forme d’hypocrisie.
À Madagascar aussi, l’influenceur a filmé et publié, le 3 septembre, les immondices d’Antananarivo, rappellent de nombreux internautes comoriens, qui appellent à se servir de cette vidéo pour rectifier le tir.
Triste réalité
« Cet influenceur nous a interpellés sur une triste réalité. Malgré notre potentiel, qui reste sous-exploité, les déchets qui jonchent le long de nos plages et altèrent la beauté de nos paysages méritent une gestion durable et réfléchie, ainsi qu’une responsabilité collective », glisse une source du ministère du Tourisme, ajoutant que Davud interpelle le pays sur les défis structurels relatifs à la promotion du secteur du tourisme, à moins d’un an des Jeux des îles de l’océan Indien de 2027.
« Le tourisme est un secteur transversal, qui commence par l’accueil des visiteurs à l’aéroport, le visa, les fouilles des bagages, le tarmac, avant de parler des déchets », relève notre source, soulignant que Moroni, avec son statut particulier, est la seule commune qui bénéficie d’un soutien financier de l’État pour la gestion des déchets.
Le pays dispose d’une loi de 2017 interdisant l’importation des sacs en plastique, ainsi que de tout un arsenal juridique contre cette pollution, qui reste la plus visible dans tous nos écosystèmes terrestres, marins et côtiers.
« Mais pour les sachets, on attend toujours la validation des textes d’application. Nos services douaniers, eux aussi, ont transformé ce business des sachets en marché noir », poursuit notre source, qui pointe surtout l’attitude d’une partie de la population.
« Je me rappelle quand les jeunes de Moroni nettoyaient la baie de Kalaweni. Chaque matin, ils trouvaient quand même des déchets déversés. Nos principaux maux sont l’incivilité et le manque de patriotisme », regrette un cadre de la commune de Moroni.
Journaliste presse écrite basé aux #Comores. Travaille chez @alwatwancomore
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