Abattoir de Kahani : dans les coulisses d’une certification halal

De l’arrivée des volailles jusqu’à leur conservation, le processus de production de Mon Pouleti a été passé en revue, ce lundi 28 septembre, par une délégation du Grand Cadi de Mayotte. Une visite organisée à l’usine de Kahani à l’occasion du renouvellement de la certification halal de l’entreprise, qui peut abattre jusqu’à 6 500 poulets par journée de production.

Sur la chaîne d’abattage, chaque étape compte pour obtenir la certification halal. Ce lundi matin, une délégation du Grand Cadi de Mayotte est venue vérifier sur place les pratiques de l’Abattoir de Volailles de Mayotte (AVM), qui commercialise ses produits sous la marque Mon Pouleti.

« Le Grand Cadi est l’autorité religieuse. Il doit garantir que ce qui est fabriqué chez Mon Pouleti répond à la conformité et à la jurisprudence pour pouvoir certifier que c’est halal selon les préceptes de l’islam », explique sa délégation, qui comprenait notamment le Grand Cadi adjoint Mohamed Abdallah et le chargé d’études et de recherche Saïd Ali Mondroha.

Les représentants du cadial ont observé l’ensemble de la chaîne, depuis l’arrivée des volailles jusqu’à leur stockage. Parmi les principaux critères examinés figurent la formule prononcée au moment de l’abattage, « Bismillah, Allahu Akbar », la propreté des installations, le bien-être des animaux mais également les conditions de conservation.

La saignée reste toutefois « le poste clé » de la certification halal. Trois opérateurs musulmans et pratiquants sont habilités à assurer cette fonction. L’orientation vers la qibla fait également partie des éléments observés.

Avant d’être saignées, les volailles passent par un bac d’électronarcose, rempli d’eau traversée par un courant électrique, qui les rend inconscientes sans les tuer. « Les poulets sont étourdis, mais pas morts, et ensuite ils vont être saignés », explique Amélie Tassin, responsable Qualité, Hygiène, Sécurité, Environnement (QHSE) du groupe Agromea, auquel appartient AVM.

Le bon fonctionnement du dispositif est contrôlé quotidiennement. Une lumière bleue et plusieurs aménagements de la chaîne visent également à limiter son stress. À l’accrochage, par exemple, une plaque permet aux volailles de prendre appui lorsqu’elles sont suspendues par les pattes.

« Il y a toute la partie bien-être animal : pas de brusquerie envers les animaux et le fait qu’ils arrivent le moins stressés possible », précise la responsable QHSE.

Sur certains aspects, les exigences religieuses rejoignent celles déjà imposées à l’abattoir par la réglementation sanitaire européenne, notamment en matière de propreté et de bien-être animal. « On est à Mayotte, certes, mais on est en France », rappelle la responsable QHSE.

La certification s’intéresse également à ce qui se passe une fois l’animal abattu. « Ce n’est pas seulement au niveau de l’égorgement. Il ne faut pas non plus que le produit soit mal conservé », insiste la délégation, qui assure avoir constaté « que tout est très propre, très bien organisé ». Un rappel également adressé aux magasins qui commercialisent les produits : les conditions de conservation participent elles aussi au respect des exigences religieuses.

La délégation du Grand Cadi assure vouloir revenir sur le site et mettre en place des échanges réguliers avec les salariés occupant les postes les plus sensibles. Le suivi concerne notamment les opérateurs chargés de la saignée, qui récitent la formule rituelle pour chaque volaille abattue.

Une rencontre spécifique avec eux est ainsi envisagée, avec un volet de formation et de rappel des règles. « On était déjà venus, on est là et on reviendra », assure la délégation. « Ce sont des êtres humains, on se rappelle parfois : le rappel profite à ceux qui croient », ajoute-t-elle.

Une certification locale pour une production en croissance

Pour Mon Pouleti, ce renouvellement doit aussi rassurer les consommateurs mahorais. « On est à Mayotte, en terre musulmane, et je pense que les Mahorais ont à cœur de consommer de la viande halal », souligne Amélie Tassin.

La responsable avait étudié la possibilité de recourir à une certification délivrée par la Grande Mosquée de Paris, avant de privilégier celle du Grand Cadi de Mayotte. « Ici, le Grand Cadi a toute sa place et toute sa reconnaissance dans la société », estime-t-elle.

Cette certification accompagne une activité qui s’est fortement développée depuis l’ouverture de l’usine de Kahani. Avant 2021, AVM réalisait ses abattages à l’atelier agroalimentaire de Coconi, avec une équipe de cinq personnes et une production essentiellement composée de poulets entiers.

Le site de Kahani a démarré son activité en mars 2021 avec environ 1 600 volailles abattues par journée de production. Il peut désormais atteindre 6 500 poulets, plafond autorisé par l’installation, avec deux à trois journées d’abattage par semaine.

La gamme s’est elle aussi étoffée. Aux poulets entiers puis aux découpes se sont ajoutés, depuis la fin de l’année 2024, des produits de charcuterie à base de volaille, notamment des saucisses, des merguez et du jambon de poulet.

Pour l’entreprise, l’enjeu est désormais de poursuivre ce développement tout en maintenant la confiance autour de sa production halal.

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Amelie Constant
Journaliste

Passionnée par la petite et la grande histoire d'hier et d'aujourd'hui j'aime raconter le quotidien des personnes qui fondent un territoire.

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