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Baraka Mahamoudou est une entrepreneuse, gérante et fondatrice de l’Univers du Regard, à Paris. Esthéticienne de métier, elle s’est ensuite spécialisée dans la dermographie, développant ainsi une véritable expertise dans le domaine de la beauté et du regard. Animée par l’envie de transmettre son savoir-faire et surtout d’accompagner les femmes dans leur rapport à leur image, Baraka a choisi d’ouvrir également son entreprise à Mayotte. Son objectif est clair : permettre aux femmes mahoraises de prendre soin d’elles, de se sentir belles et, surtout, de mieux s’accepter.
Malheureusement, le cyclone Chido est venu bouleverser tout ce que Baraka Mahamoudou avait construit. Comme de nombreuses entreprises Mahoraise, elle a vu son activité durement touchée par cette catastrophe. Alors que beaucoup peinent encore à se relever, Baraka a choisi de ne pas céder à la peur de l’échec. Elle a puisé dans sa force et à sa détermination pour continuer à avancer et à se reconstruire ce qu’elle avait bâti. Une reconstruction finalement réussie.
Flash infos : Votre entreprise est actuellement en pleine rénovation, car vous avez été fortement impactée par le cyclone Chido. Comment avez-vous vécu cette période ?
Baraka Mahamoudou : Ça a été une période difficile, extrêmement difficile. Il a fallu reprendre et se relever. Depuis plusieurs années, je faisais également des interventions à Mayotte. Aujourd’hui, j’ai décidé de rénover et surtout de m’installer pleinement sur le territoire. J’ai donc mis en gérance mon institut de Paris, qui continue de fonctionner sous la gestion d’une autre personne, afin de pouvoir m’investir pleinement à Mayotte et dans mes futurs projets. Mon objectif est notamment de développer la formation et de mettre à profit mes 15 années d’expérience dans le domaine de l’esthétique pour accompagner et aider d’autres femmes à se lancer et à évoluer dans ce métier.
F.I : Quelle a été votre première réaction, votre émotion, lorsque vous avez découvert que le cyclone Chido avait ravagé votre entreprise et tout ce que vous aviez construit ?
B.M : Ça a été difficile, bien sûr. Mais je me suis aussi sentie reconnaissante, parce que, comparée à d’autres personnes qui ont vraiment tout perdu, je me considérais chanceuse. À ce moment-là, mon institut était un lieu dans lequel je travaillais seulement de manière périodique, donc les dégâts restaient, pour moi, surmontables. Mais pour le bien-être et le confort de mes clientes, il était important que je fasse quelque chose et que je puisse rénover rapidement. Par rapport à d’autres entrepreneurs qui ont tout perdu, je ne me sentais vraiment pas à plaindre.
F.I : Donc, cette épreuve vous a aussi permis de vous relever, mais également de prendre conscience du soutien que vous aviez autour de vous ?
B.M : Oui, cette épreuve m’a permis de demander de l’aider et de mieux accepter le soutien autour de moi. J’ai notamment fait appel à L’ADIE, qui m’a accompagnée pour pouvoir réaliser les travaux. Ça m’a aussi permis de voir les choses autrement et de me décider à investir davantage dans mon activité. C’est quelque chose que je n’aurais peut-être pas fait si le cyclone n’était pas arrivé. Il faut aussi savoir voir le positif dans les épreuves. Finalement, cette situation m’a poussée à investir et à faire évoluer mon institut, alors que cela faisait déjà plusieurs années que j’étais installée.
F.I : investir sur quoi exactement ?
B.M : J’ai décidé d’investir dans les travaux, mais aussi de développer de nouvelles prestations que je ne propose pas forcément à Paris. Je souhaite également mettre en place des formations, un projet que j’ai toujours voulu développer à Mayotte, car j’ai ressenti ce besoin au fil des années. J’ai notamment rencontré des difficultés à recruter du personnel répondant aux exigences de mes clientes, dont certaines sont aussi mes clientes à Paris. Je me suis donc dit que c’était aussi mon devoir de transmettre mon expérience et mes compétences en formant les jeunes d’ici, pour leur permettre de progresser dans ce métier.
F.I : Parce que j’imagine qu’à Mayotte, il y a aussi beaucoup de femmes passionnées par l’univers de la beauté et de l’esthétique.
B.M : Ah oui, à Mayotte, les femmes sont extrêmement coquettes. Je le dis aussi parce que j’ai aussi un établissement à La Réunion que j’ai tenu pendant trois ans, et que celui de Paris, je l’ai tenu pendant dix ans. Et franchement, ce n’est pas comparable. À Mayotte, les femmes sont particulièrement attachées à la beauté. Avec les réseaux sociaux, les femmes aiment prendre soin d’elles et se sentir belles. Le problème, c’est qu’aujourd’hui, ils n’ont pas ce qu’il faut ici. Mais Mayotte est en plein développement, donc c’est tout à fait normal. À nous qui sommes allés là-bas, d’apporter ce dont Mayotte a besoin.
F.I : D’ailleurs, il y a également eu un cyclone à La Réunion. Est-ce que cela a eu un impact sur votre entreprise ?
B.M : Ça m’a effectivement impactée. C’est d’ailleurs ce qui m’a poussée à mettre la société en veille, parce que nous avions subi beaucoup de dégâts et que c’était compliqué à gérer pour moi, notamment depuis Paris. La difficulté était aussi de trouver des salariés compétents et suffisamment autonomes pour faire fonctionner l’établissement en mon absence. Comme je peinais déjà à recruter, je ne me voyais pas réinvestir dans un établissement que je ne pouvais pas gérer correctement à distance. J’ai donc fait le choix de mettre la société en veille, même si c’était un très bel établissement situé en plein centre-ville de Saint-Pierre.
F.I : Quels sont les soutiens dont vous avez pu bénéficier ici, à Mayotte, pour rénover votre entreprise ? Et avez-vous bénéficié des mêmes dispositifs de soutien à La Réunion ?
B.M : je n’avais pas vraiment fait de démarches pour être accompagnée, parce qu’au départ, je n’avais pas encore de vision claire de ce que j’allais faire. Je vivais à Paris, ma famille était là-bas, et j’avais donc laissé ça en stand-by. Je n’ai jamais vraiment cherché d’accompagnement, je n’en ai jamais vraiment cherché. C’est d’ailleurs récemment, quand on s’est rencontré la dernière au lancement du programme femme et Résiliance organisée par plamfe Mayotte. D’après ce qu’on m’a dit que c’est très bonne association qui peut donner des pistes. Je me suis également rapprochée de l’ADIE, que je connaissais déjà grâce à ma formation e, création d’entreprise. Finalement, le peu d’aider que j’ai sollicité m’a permis de relancer mon activité. Pour le reste, je préfère découvrir ces dispositifs au fur et à mesure, lorsque j’en aurai réellement besoin pour développer mon entreprise.
F.I : Vous avez justement assisté au lancement du programme « Femmes et Résiliance » ce Vendredi. Est-ce que vous envisagez d’y adhérer et de participer au programme l’année prochaine ?
B.M : Oui, je vais m’inscrire parce que j’en ressens vraiment le besoin. À Paris, j’étais très bien entourée, notamment parce que beaucoup de mes amis étaient eux-mêmes entrepreneurs. Ici, à Mayotte, je connais encore peu d’entrepreneurs. Je pense que ce programme peut justement me permettre de rencontrer du monde, de découvrir les structures qui existent et de trouver l’accompagnement dont j’aurai besoin pour développer mes projets. Ça ne fait que trois mois que je me suis installée définitivement à Mayotte, donc je prends encore le temps de découvrir le territoire et de m’intégrer. Avant, je venais surtout ici pour me ressourcer, puis je repartais à Paris. Aujourd’hui, j’ai vraiment envie de m’investir.
F.I : Ça sera aussi peut-être l’occasion pour vous de vous faire davantage connaître ?
B.M : Ah oui, tout à fait. L’Univers du Regard est déjà bien connu. Comme je le disais, l’entreprise a été créée en 2016 et elle fête cette année ses dix ans. Beaucoup de personnes le connaissent donc déjà, L’Univers du Regard. Aujourd’hui, j’ai besoin de me faire connaître autrement. J’ai envie de me faire connaître à travers mon parcours et mon savoir-faire. J’ai besoin de porter pleinement le blason Mahorais parce que j’en suis fière et que je sais que mon expérience peut aujourd’hui servir au territoire. J’ai quand même vécu près de trente ans à Paris, et je pense avoir acquis suffisamment d’expérience pour pouvoir contribuer, d’une manière ou d’une autre, au développement de Mayotte, notamment auprès des jeunes qui s’intéressent au secteur de la beauté.
F.I : Et votre entreprise est actuellement en pleine rénovation. Avez-vous déjà une date prévue pour sa réouverture et pour accueillir à nouveau vos clientes ?
B.M : Alors, il y en a déjà une qui s’est incrustée hier ! Il faut savoir que j’ai de très beau client et surtout des clients extraordinaires. Elles méritaient vraiment que j’investisse dans ces travaux. Cela fait des années qu’elles me disent : « Baraka, fais des travaux ! Baraka, apporte-nous ici tout ce que tu proposes à Paris ! » La plupart de mes clientes voyagent beaucoup et, lorsqu’elles ne peuvent pas bénéficier de certaines prestations ici, elles viennent à Paris. Elles me disent souvent : « Mais pourquoi est-ce qu’on n’a pas ça à Mayotte ? Pourquoi faut-il aller à Paris ? ». Alors, Cette fois, je me suis vraiment donné à fond pour leur créer un lieu qui me ressemble, mais surtout un lien dans lequel elles pourront retrouver tout ce qu’elles apprécient. Et visiblement, elles sont impatientes ! Il y en a déjà une qui s’est incrustée hier, une autre qui doit venir tout à l’heure à midi parce qu’elle n’arrive plus à attendre. Je reçois des messages tous les jours : « Mais c’est quand ? C’est quand ? C’est quand ? ». Donc il faut vraiment que j’ouvre rapidement, je pense que l’ouverture officielle aura lieu ce week-end, samedi.
F.I : Quel message souhaitez-vous adresser aux jeunes qui se lancent aujourd’hui dans l’esthétique et dans l’entrepreneuriat, notamment à travers les réseaux sociaux ? Beaucoup proposent des prestations comme la beauté du regard, le vernis ou les soins esthétiques, parfois à domicile ou en se déplaçant, sans forcément avoir encore de local. Quels conseils leur donneriez-vous pour les aider à avancer et à développer leur activité ?
B.M : À ces jeunes femmes, je leur dirais avant tout de se former. C’est vraiment essentiel. On peut avoir du talent et de la facilité pour réaliser certaines prestations, mais il ne faut pas croire que c’est simple. De l’extérieur, ça peut paraître facile, alors qu’en réalité, c’est un métier qui demande beaucoup de compétences et de précision. Il y a des règles d’hygiène, des règles d’entretien, mais aussi tout ce qui concerne l’accueil de la cliente, la fidélisation, le conseil et la capacité à proposer des prestations adaptées. Même lorsqu’on travaille à domicile, ces règles restent importantes. Moi-même, j’ai commencé à domicile et j’ai exercé comme ça pendant six ans avant de me lancer dans l’entrepreneuriat. C’est une très bonne façon de commencer et ce n’est pas donné à tout le monde. Nous sommes tous différents : il faut avoir de la patience, de la dextérité, de la minutie et surtout l’envie de bien faire. Donc, si elles sentent qu’elles ont cette facilité et cette passion, je leur conseille vraiment de se former. Moi-même, je continue à me former. Dès que j’en ai la possibilité, je fais des formations, parce qu’on apprend tous les jours. Aujourd’hui, nous sommes dans une véritable dynamique entrepreneuriale, alors il ne faut surtout pas avoir peur d’entreprendre. Il faut oser se lancer, mais surtout, il faut faire les choses correctement et les faire bien.
Journaliste passionnée. Je consacre mon travail à éclairer les réalités locales, nourrissant ma plume d’une veille culturelle constante. Hors des écrans, je retrouve mon équilibre et ma clarté dans le rythme apaisant de la marche.




































