À l’Assemblée nationale, ce jeudi 8 octobre, une proposition de résolution défendue notamment par la députée Anchya Bamana portait sur la garantie d’un accès continu à l’eau potable dans les territoires ultramarins, dont Mayotte. La ministre des Outre-mer, Naïma Moutchou, a rappelé les moyens engagés par l’État tout en reconnaissant des difficultés de gouvernance et de gestion au niveau local.
Ce jeudi 8 octobre, l’Assemblée nationale examinait plusieurs textes dans le cadre de la journée réservée au groupe Rassemblement national (RN), dite “niche parlementaire”. Parmi eux, deux propositions concernaient directement Mayotte : l’une sur la garantie d’un accès continu à l’eau potable, l’autre sur la panthéonisation de Zéna M’Déré.
Déposée le 8 septembre dernier par la députée Anchya Bamana et plusieurs députés de son groupe, la proposition de résolution vise à mobiliser les moyens de l’État pour garantir un accès continu à l’eau potable dans les territoires ultramarins. À la tribune, la députée a défendu une nouvelle fois la mise en place d’un plan Orsec “eau potable” à Mayotte et appelé l’État à utiliser l’ensemble des outils dont il dispose face à l’urgence. Pour elle, les financements engagés ne suffisent pas s’ils ne se traduisent pas concrètement sur le terrain.
Anchya Bamana a également insisté sur la nécessité de trouver un équilibre fonctionnel entre les compétences des collectivités et l’intervention de l’État : selon elle, le fait que l’eau relève des collectivités ne doit pas empêcher l’État d’intervenir lorsque la population est confrontée à une crise qu’elles ne sont pas en mesure de résoudre seules. Une question d’effectivité, selon la députée, dans des territoires où les contraintes sont particulièrement fortes et où l’urgence impose de mobiliser rapidement les moyens disponibles.
La proposition n’a toutefois pas vocation à modifier directement les règles de gestion de l’eau : il s’agit d’une résolution appelant le Gouvernement à agir.
“Augmenter la production, sécuriser les ressources, développer le stockage et améliorer les réseaux”
Face aux députés, la ministre des Outre-mer, Naïma Moutchou n’a pas contesté l’urgence. “Je connais les tours d’eau à Mayotte. Je connais les coupures en Guadeloupe. Je connais l’état de certains réseaux, les pertes considérables, les difficultés de production et de distribution”.
Elle refuse toutefois de présenter la situation comme celle d’un État absent. “Je ne suis pas venue vous dire que tout va bien”, affirme-t-elle, avant de défendre les moyens déjà mobilisés par le Gouvernement.
Pour Mayotte, elle rappelle notamment les 730 millions d’euros programmés pour l’eau entre 2025 et 2031 dans la loi de refondation de Mayotte. Parmi les principaux projets cités figurent l’usine de dessalement d’Ironi Bé et la troisième retenue collinaire d’Ourovéni.
Mais la ministre insiste davantage sur la réalisation de ces projets que sur l’annonce de nouveaux crédits. “À Mayotte, nous n’avons plus besoin d’ajouter des annonces aux annonces. Nous avons besoin de faire aboutir les projets engagés”, affirme-t-elle.
“Les tours d’eau ne peuvent pas être une réponse durable. Il faut augmenter la production, sécuriser les ressources, développer le stockage et améliorer les réseaux”, poursuit-elle.
Naïma Moutchou assure par ailleurs qu’”aucun crédit nécessaire n’a manqué” en 2026 et que le Gouvernement veillera à ce qu’il en soit de même en 2027. Elle veut désormais suivre les calendriers, l’avancement des travaux et les obstacles susceptibles de ralentir leur réalisation.
La question n’est donc plus seulement celle de l’argent disponible, mais aussi de la capacité à transformer ces financements en infrastructures et en service effectif.
C’est dans ce contexte que la ministre évoque également “des difficultés de gouvernance et de gestion” qui peuvent ralentir les décisions et les investissements dans les territoires ultramarins.
À Mayotte, la question renvoie directement au fonctionnement du service public de l’eau. Les 17 communes ont transféré leurs compétences en matière d’eau potable et d’assainissement collectif au syndicat mixte Les Eaux de Mayotte (LEMA). Celui-ci porte notamment la maîtrise d’ouvrage des principaux travaux et organise le service, dont l’exploitation est confiée à la Société mahoraise des eaux (SMAE).
“Notre objectif ne peut pas être de déplacer les responsabilités. Il doit être de rendre le service public de l’eau durablement capable de fonctionner”, Naïma Moutchou.
La ministre défend donc une intervention forte de l’État, mais sans faire de la substitution aux collectivités une réponse permanente. “Notre objectif ne peut pas être de déplacer les responsabilités. Il doit être de rendre le service public de l’eau durablement capable de fonctionner”, explique-t-elle.
Quelques semaines plus tôt, Sébastien Lecornu avait lui aussi placé la question des responsabilités au centre de son déplacement à Mayotte. Le Premier ministre avait posé la question de la maîtrise d’ouvrage : “Qui prend quoi ? Qui prend la responsabilité de quoi ?”.
Il s’était surtout dit prêt, si les élus le demandaient, à une reprise temporaire de la compétence eau par l’État pendant “4, 5, 6 ans”, le temps de porter les investissements, avant de “redonner ensuite la compétence aux collectivités locales”.
Mais plutôt qu’un déplacement temporaire de la compétence, Naïma Moutchou insiste sur le renforcement durable des structures locales chargées du service.
Le LEMA face à ses propres échéances
Cette question de gouvernance intervient alors que le LEMA se trouve lui-même à un moment charnière. La délégation du service public de l’eau potable confiée à la SMAE arrive à échéance le 31 décembre 2026. Le syndicat doit donc trouver le prochain opérateur chargé de l’exploitation du service. Les procédures engagées n’ont pas encore permis de sécuriser cette succession.
Dans le même temps, le LEMA cherche à examiner son propre fonctionnement. Le syndicat a lancé une consultation pour un audit organisationnel, de gouvernance et de gestion. Celui-ci doit notamment établir un diagnostic de son fonctionnement, identifier les risques et proposer un plan d’action.
Le rapprochement avec les propos de la ministre est notable : alors que le Gouvernement met en avant les difficultés de gouvernance et de gestion susceptibles de freiner les investissements, le principal organisme local chargé de l’eau cherche lui-même à faire établir un diagnostic de son organisation.
La capacité du système local en question
La question ne porte donc pas uniquement sur les moyens financiers. Elle touche aussi à la capacité du système local à piloter les investissements, à organiser le service et à en assurer la continuité.
Pour sortir durablement des tours d’eau, les nouvelles infrastructures et les réparations des fuites restent indispensables. Ironi Bé doit apporter une capacité supplémentaire de production, tandis que la troisième retenue collinaire d’Ourovéni doit renforcer les capacités de stockage.
Mais le débat parlementaire de ce matin montre surtout que les financements ne suffisent pas à eux seuls à garantir la réalisation des projets ni le bon fonctionnement du service.
“Plus les difficultés sont anciennes, plus nous devons être exigeants sur l’exécution”, résume Naïma Moutchou.
À Mayotte, derrière les 730 millions d’euros programmés, reste donc la question centrale de savoir qui pilote, qui exécute et qui assume la responsabilité lorsque les projets prennent du retard ?
Journaliste





































