Limitation de viande rouge, davantage une gêne momentanée qu’une véritable pénurie

Plus de peur que de mal : Mayotte ne connaît pas de pénurie de viande bovine actuellement. La raréfaction de cette précieuse denrée alimentaire constatée ces derniers jours aurait résulté d’un dysfonctionnement de quelques jours au port de Longoni, consécutif au bras de fer opposant le Département de Mayotte aux deux manutentionnaires, Manu-Port et Mayotte Channel Gateway (MCG). Les travaux du Caribus dans la zone industrielle de Kawéni auraient également contribué à cette raréfaction de la viande rouge dans les congélateurs des supermarchés.

Il n’y a pas que le poisson du lagon et du grand large qui vient à manquer dans les commerces à Mayotte : la viande rouge aussi s’est considérablement raréfiée depuis un bon moment déjà. Et lorsqu’elle réapparaît dans les congélateurs des supermarchés locaux, c’est pour une durée extrêmement brève.

Le personnel des grandes surfaces n’est pas en mesure d’apporter une explication cohérente à cette raréfaction, sans pour autant la qualifier simplement de pénurie. « Nul ne sait ce qui se passe vraiment. Nous constatons simplement une disparition progressive de la viande rouge dans les grandes surfaces », fait remarquer une vendeuse de brochettes de Kawéni rencontrée dans l’un des centres commerciaux de la zone industrielle.

« C’est très embêtant pour nous autres, car notre clientèle est déjà habituée à se voir proposer un choix varié de viandes : rouge, blanche et produits de la mer. Le poisson étant le premier à manquer, voilà maintenant que la viande de bœuf importée d’Europe et d’Amérique du Sud suit le même mouvement. Ça devient très compliqué pour notre business. Tout le monde n’est pas forcément fan de wabawa ou mavaja », explique-t-elle, en précisant qu’il s’agit, en shimaoré, des ailes et des cuisses de poulet.

En effet, un rapide coup d’œil dans les rayons froids permet de constater l’absence du produit en question dans les congélateurs. Un agent de rayon d’une enseigne du groupe Sodifram explique que ses employeurs sont les seuls à commercialiser de la viande de bœuf en découpe, mais avec une certaine parcimonie.

Sur ses suggestions, nous nous déplaçons de l’autre côté de Mamoudzou, au centre commercial du Baobab. Alléluia ! Il y en a de nouveau dans deux congélateurs, mais à peine sur un quart de leur surface.

« Monsieur, n’hésitez pas, ne réfléchissez pas trop, parce que tout ça va disparaître en un clin d’œil », souligne Moina Maoulida Abdou, une quinquagénaire de Mtsapéré-Mtsangani.

« C’est devenu un produit de luxe depuis trois mois maintenant, presque du caviar ! Qui veut en manger doit oublier son prix au kilogramme », souligne-t-elle avec un petit sourire malicieux, « à moins que vous ne vouliez manger de la viande de cheval comme certains : le kilo ne coûte que 5 euros ! »

À peine remplis, les congélateurs se vidaient aussitôt dans les supermarchés

À y regarder de plus près, la dame de Mtsapéré n’a nullement tort : le prix de la viande de bœuf atteint des records ! Vendue dans des sachets plastiques transparents, la portion de deux kilos et quelques tourne autour de 22 à 30 euros, le poids étant variable d’un sachet à l’autre.

Lorsqu’un usager interroge une employée du magasin pour connaître les raisons de ce changement d’emballage, celle-ci explique que c’est la seule façon que sa hiérarchie a trouvée pour assurer une distribution au plus grand nombre de consommateurs.

La viande se présente en deux catégories : une première très graisseuse et une seconde contenant un peu moins de graisse.

« C’est celle-ci que préfère particulièrement la clientèle locale, et ça se voit, car les congélateurs se vident très vite. À peine remplis, ils se vident quasi automatiquement », confie un agent du rayon froid, vêtu d’un tee-shirt rouge frappé au centre d’un coq bleu, les couleurs du groupe Sodifram.

En effet, au bout de 30 minutes, il ne restait plus grand-chose.

L’achat de viande de bœuf a même été soumis à condition il y a quelques jours. Le traditionnel sac de 10 kg en amidon de maïs était non seulement vendu à quasiment 100 euros, mais un écriteau placé dans le congélateur indiquait qu’un foyer ne pouvait en acquérir qu’une seule unité.

« Il ne s’agit pas d’une restriction arbitraire de notre groupe. La viande de bœuf est très peu disponible sur le territoire depuis quelque temps. Notre devoir est de nous assurer qu’un maximum de personnes puisse s’en procurer. »

Heureusement, il en est autrement pour l’agneau, qui se décline sous différentes formes et catégories dans les congélateurs voisins. Bien que celle-ci soit plus chère que la viande bovine, elle ne semble pas, a priori, sujette à une pénurie. La volaille, quant à elle, trône en majesté dans tous les supermarchés de l’île.

Les tensions au port de Longoni à l’origine du rationnement momentané de viande de bœuf importée à Mayotte

Il a fallu attendre hier matin, mardi 6 octobre 2026, pour obtenir une explication cohérente à cette raréfaction momentanée de la viande de bœuf à Mayotte ces derniers jours.

Elle serait directement liée au bras de fer qui a opposé le Département de Mayotte aux manutentionnaires MCG et Manu-Port à Longoni. Les tensions résultant de ce bras de fer n’auraient pas permis aux grandes enseignes de la place de réceptionner à temps leurs conteneurs, d’où cette rareté que le consommateur a considérée comme une pénurie.

À ce premier facteur se serait adjoint un second : les travaux du Caribus à Kawéni, qui limitaient très sensiblement la circulation des poids lourds à l’entrée nord de Mamoudzou.

Un retour à la normale a effectivement été constaté dans le courant de la matinée d’hier, mardi. Les congélateurs étaient à nouveau largement approvisionnés — et de façon continue — en viande rouge, au grand bonheur des consommateurs.

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