Air Austral et d’autres compagnies aériennes régionales réussissent, tous les ans, à vendre un concept aux usagers mahorais de l’aviation civile : le mythe d’une piste longue qui ferait baisser très sensiblement le coût du billet d’avion entre Mayotte et l’extérieur.
Si ce n’est pas l’« île d’Ithaque » d’Ulysse dans la Grèce antique, cela ne demeure pas pour autant un doux rêve éveillé, cousu de fil d’or et d’argent, vendu aux consommateurs mahorais pour pas très cher. Le plus pathétique dans cette affaire est l’adhésion affligeante des élus mahorais de tous bords depuis 2004. C’est dire ô combien ce sujet mérite effectivement d’être qualifié de « mythe », sans réserve aucune.
Plusieurs mandatures se sont écoulées au Département de Mayotte sans que cette problématique n’ait reçu l’attention et le traitement qu’elle méritait. Pour ainsi dire, toutes les tentatives visant à sevrer Mayotte du mamelon réunionnais se sont heurtées à une « la acheté patente » des tenants du pouvoir à Mamoudzou, qui ont préféré les arrangements des alcôves feutrées aux intérêts légitimes du voyageur mahorais, avec, il faut oser le dire, la caution morale de Paris, Matignon et l’Élysée compris, pour lesquels Mayotte n’a jamais été – et ne sera sans doute jamais, à leurs yeux – apte à voler de ses propres ailes, tel un papillon au printemps.
De mémoire collective des Mahoraises et des Mahorais, pour souffler le chaud et le froid — selon les nécessités du moment —, la DGAC a toujours su répondre présente depuis Paris, selon la commande des intérêts supérieurs des puissances financières et politiques agissantes, dans les temps impartis.
À l’instar du Quai d’Orsay, qui a toujours du mal à faire sa mue en faveur de Mayotte — comme entité pleine et entière de la République française —, la DGAC s’est très, très longuement illustrée par le passé comme « l’ennemi numéro 1 » du développement de l’aérien à Mayotte.
Cela constitue un secret de polichinelle sur le territoire pour tous les citoyens âgés d’une cinquantaine d’années et plus. Une posture très ouvertement assumée depuis les instances parisiennes de cet organisme, au profit de l’aéroport de Moroni.
Malheureusement pour les tenants de cette ligne très favorable à la « Françafrique », la géopolitique a muté et les cartes ont été redistribuées, reléguant l’hégémonie française dans cette partie du monde à peau de chagrin. Lorsque Moroni a cessé d’être une équation solvable en raison de l’évolution statutaire de Mayotte, le département voisin de La Réunion a servi de substitution pour le même dessein.
Il est archifaux de faire gober aux Mahorais qu’il faut une piste longue pour faire baisser le coût du billet d’avion entre Mayotte et l’extérieur
En effet, le développement de l’aérien à La Réunion a toujours intégré Mayotte dans son sillage comme faire-valoir pour ne pas utiliser le terme plus approprié de « vache à lait de service ».
Le coût du déplacement au kilomètre parcouru a toujours été soumis, non pas aux réalités du secteur sur le plan national et mondial, mais aux intérêts particuliers du marché réunionnais, lequel a toujours souhaité obtenir de Paris qu’il devienne sa « cour carrée ».
La résistance des anciens, Marcel Henry, Younoussa Bamana, Adrien Giraud et autres Henry Jean-Baptiste – le quatuor de la grande glorieuse – n’a pas tenu longtemps face à la jeune génération d’élus ayant repris la relève aux commandes du territoire, plus enclins à se laisser convaincre au moyen d’autres arguments pour jouer une partition musicale de mauvais goût pour leurs administrés.
Des villégiatures dans les Hauts de Saint-Paul ont constitué des arguments solides pour tourner le dos et regarder ailleurs, dans une direction opposée au lagon azur et féerique de Mayotte.
De cette collusion de pensée est né le concept d’une piste longue indispensable à Mayotte, en guise de condition « sine qua non » pour faire baisser les tarifs des déplacements aériens entre l’archipel et l’extérieur.
L’ensemble de nos nouveaux responsables politiques ont choisi de fermer les yeux et de s’écraser devant des intérêts supérieurs réunionnais, couverts par les hautes autorités parisiennes.
En réagissant de la sorte, ils n’ont rien fait d’autre que de valider la mise au pas de Mayotte, sous-colonie réunionnaise que Marcel Henry et Younoussa Bamana ont su combattre de toutes leurs forces en leur temps.
Il en résulte aujourd’hui un ensemble d’aberrations qui ne sont supportables que par la seule opinion publique mahoraise dans toute la France et la Navarre !
Au point que les élus locaux se sont laissés convaincre que, pour faire baisser le coût du billet au départ et à destination de Mayotte, il faut absolument une piste longue.
FAUX et ARCHIFAUX
Il faut une maîtrise de la plateforme aéroportuaire locale par la Région Mayotte, une politique sérieuse et offensive de développement économique et, surtout, une vision audacieuse de ce que pourrait être le rayonnement économique de Mayotte en tant que région ultrapériphérique de l’Union européenne, au niveau régional comme à l’international, avec un maximum d’ouverture sur les capitales et les aéroports régionaux et mondiaux.
Des ingrédients qui font cruellement défaut à la mandature actuellement aux commandes du Département-Région.
Le nombre de touchées et de compagnies aériennes desservant quotidiennement l’aéroport Marcel-Henry constitue l’une des clés essentielles de la baisse du coût du billet.
Pour cela, le tocsin doit sonner pour marquer la fin du monopole de la compagnie franco-française régionale et de ses obligés malgache et kényan, conformément aux directives européennes en la matière.
Encore faut-il avoir des responsables politiques locaux capables de se faire les porte-voix des attentes de leurs contribuables !
On se souvient encore de la manière dont Huguette Bello a copieusement tancé Ben Issa Ousséni, il y a quelques mois, devant son intention de faire intégrer Mayotte au capital d’Ewa Air – sans cesse en difficulté économique -, en lui expliquant que c’était « une entrée réunionnaise qui n’était pas à vendre » !
Des arguments fallacieux utilisés pour endormir les attentes légitimes des voyageurs mahorais
Qu’en a-t-il été de l’orgueil blessé du « super président » de l’Assemblée de Mayotte ? Rien, absolument rien, si ce n’est d’avaler goulûment sa salive pleine d’amertume !
La vérité est qu’il n’est nullement besoin de massacrer une forêt primaire classée à Bouyouni pour construire une piste longue afin de faire baisser le coût du billet d’avion à destination et au départ de Mayotte.
Ce qui importe, c’est la fréquentation quotidienne de cette plateforme aéroportuaire. Les compagnies aériennes savent adapter leurs flottes d’aéronefs en conséquence.
Évidemment, si ledit aéroport cesse de travailler à 18 heures ou 20 heures chaque jour, il ne faut guère s’étonner qu’il ne compte pour des prunes dans le giron aérien régional et international.
Et, en l’absence de maîtrise et de politique publique dans le domaine de la desserte aérienne de Mayotte par l’État, il ne faut absolument pas s’étonner de la situation dominante actuellement à Pamandzi.
Bouyouni n’est, en vérité, qu’un ballon d’égarement pour Ben Issa Ousséni, le temps de ce qui lui reste de mandature avant les élections régionales de 2028.
Nul ne s’étonnera alors du changement de posture de la DGAC sur la desserte aérienne de Mayotte et de ses prétendues contraintes. Pas sûr, pour autant, que le coût du billet d’avion baisse.
L’argument de la longueur de la piste est un facteur BIDON, juste agité pour les faibles d’esprit.
Ailleurs dans le monde, y compris dans l’outre-mer français — aux Antilles plus précisément —, des territoires possédant des pistes plus courtes que celle de Pamandzi existent bel et bien. Et pourtant, leur attractivité est des plus remarquables, tout comme leur fréquentation quotidienne et les retombées économiques qui en résultent.
Ici se trouve la limite des arguments fallacieux utilisés pour embrouiller l’esprit du consommateur mahorais. À l’heure actuelle, un billet aller simple à destination de La Réunion — soit à peine moins d’une heure de vol — coûte entre 600 et 900 euros aux voyageurs mahorais. Autrement dit, quasiment le même tarif qu’un vol direct entre Saint-Denis de La Réunion et Paris.
Alors ? Faut-il vendre une chimère aux habitants de Mayotte pour qu’ils se laissent entraîner dans l’illusion d’une baisse improbable des coûts du transport aérien sur fond de monopoles économiques, un principe validé au plus haut sommet de l’État ?
Journaliste politique & économique



































