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En 2025, 173 tortues mortes ou en détresse ont été recensées par le REMMAT, dont 123 victimes de braconnage. Le bilan détaille les cas documentés sur le territoire, avec une forte concentration dans plusieurs secteurs comme Papani, Nyamba et Lampi.
En 2025, selon son bilan annuel publié le 14 septembre dernier, le Réseau échouage mahorais de mammifères marins et de tortues marines (REMMAT) a recensé 173 cas de tortues mortes ou en détresse, sans risque de doublon.
En ajoutant les 43 situations pour lesquelles un double comptage ne pouvait être totalement écarté, le bilan porte l’intervalle à 216 cas. Le réseau précise que ces données ne permettent pas de mesurer le nombre réel de tortues mortes ou en détresse sur le territoire, mais uniquement les cas qui lui ont été signalés et documentés.
La tortue verte représente l’immense majorité des animaux recensés : 91 % des cas identifiés concernent cette espèce, contre 4 % pour la tortue imbriquée. Dans 5 % des situations, l’état du cadavre ou l’absence d’éléments suffisamment précis n’a pas permis d’identifier l’espèce. Les trois autres espèces de tortues pouvant être observées dans les eaux mahoraises – caouanne, luth et olivâtre – ne figurent pas parmi les animaux recensés en 2025.
123 cas de braconnage recensés
Comme les années précédentes, le braconnage reste la principale cause de mortalité des tortues recensées par le REMMAT. Le bilan indique qu’il représente 90 % des causes de mortalité en 2025, avec 118 tortues mortes, une proportion supérieure à la moyenne enregistrée depuis 2011, qui s’établit à 83 %. Au total, 123 cas de braconnage ont été documentés sans risque de doublon : 118 tortues ont été retrouvées mortes, avec leur carapace permettant de confirmer qu’il s’agissait d’individus distincts, et cinq ont été retrouvées vivantes après une tentative de braconnage.

Ces cinq survivantes illustrent aussi une autre réalité du travail du réseau. Début juin, à Papani, à Pamandzi, une tortue verte femelle a ainsi été retrouvée sur le dos, coincée sous des rondins de bois. Dans ce secteur où une forte activité de braconnage était relevée, le contexte de découverte a conduit les membres de l’association Oulanga Na Nyamba à retenir cette cause de détresse. L’animal a été libéré puis remis sur son plastron pour pouvoir regagner la mer par ses propres moyens.
Avec 123 cas de braconnages recensés en 2025 contre 129 en 2024, le nombre de cas documentés reste proche d’une année sur l’autre. Le REMMAT souligne toutefois que cette évolution intervient malgré une forte baisse des actions de suivi et relève des cas de braconnage notamment dans des zones moins suivies.
37 cas de braconnage à la plage de Papani
La répartition géographique fait ressortir plusieurs secteurs. Le tableau du bilan recense notamment 39 cas à Dzaoudzi-Labattoir, 30 à Chiconi, 24 à Kani-Kéli, 12 à M’tsangamouji et dix à Acoua. À Chiconi, 28 des cas sont localisés sur la plage de Nyamba. À Kani-Kéli, la plage de Lampi en concentre dix. À Dzaoudzi-Labattoir, Papani représente à elle seule 37 cas dans le tableau détaillé du bilan.
Le mois de septembre ressort également avec 25 cas de braconnage recensés. Le bilan précise que cette concentration doit être mise en regard de la présence accrue de personnes formées au REMMAT sur certaines plages, notamment à Papani, Nyamba et Lampi. Mars dépasse également les 25 cas, tandis que mai, juin et juillet dépassent les 15 cas.
Quatre signalements de mammifères marins
Le volet consacré aux mammifères marins est beaucoup plus réduit, avec quatre signalements recensés en 2025 : deux alertes à Mayotte, un échouage aux Comores et un échouage local. Parmi eux, le jeune dauphin de Fraser retrouvé le 16 décembre sur la plage de Longoni constitue une première pour Mayotte dans les observations recensées par le réseau. Le bilan mentionne également un dauphin à bosse observé près de l’îlot Hajangua en août, avec une lésion sur le pédoncule caudal, ainsi qu’un dauphin tacheté pantropical signalé en novembre avec une profonde blessure derrière la nageoire dorsale. Le réseau évoque pour le premier une possible maladie de type lobomycose, sans pouvoir la confirmer faute de prélèvement, et considère l’impact d’une hélice comme l’hypothèse la plus probable pour le second.

Le REMMAT comptait par ailleurs 23 membres formés pour intervenir sur les mammifères marins à Mayotte, dont dix au niveau 2. Sept personnes étaient également formées au désenchevêtrement des grands cétacés. Aucun cas d’enchevêtrement de grand cétacé n’a été recensé en 2025.
Une année perturbée par Chido
Le passage du cyclone Chido puis la période de reconstruction ont eu un impact important sur les actions de suivi au début de 2025. Le nombre de suivis recensés par le REMMAT est ainsi passé de 301 en 2024 à seulement 59 en 2025, après 409 en 2023 et 2 139 en 2022.
Ces 59 suivis ne correspondent pas à l’ensemble des interventions ou actions menées autour du réseau. Oulanga Na Nyamba en a organisé 42 dans le cadre des suivis scientifiques et du suivi du braconnage, tandis que le Parc naturel marin en a réalisé 16. Le bilan précise que ces chiffres ne représentent que les efforts de prospection dont les données sont remontées au REMMAT et ne couvrent donc pas l’intégralité des actions réalisées à Mayotte.
Malgré cette baisse de la prospection, le réseau s’est renforcé sur le terrain. Huit formations REMMAT 1 ont été dispensées à 103 personnes en 2025 et 43 kits distribués. En fin d’année, le réseau comptait ainsi environ 103 membres, même si le bilan précise que ce chiffre reste approximatif. Dans le Sud-Centre-Ouest, la proportion de membres en capacité d’intervenir est passée de 29 % à 40 % en un an, et de 12 % à 25 % dans le Nord, secteur identifié comme soumis à une pression accrue du braconnage.
Avec une prospection fortement réduite en 2025, le réseau souligne lui-même que les données restent dépendantes des observations qui lui parviennent. La remontée des signalements demeure ainsi une pièce essentielle du suivi des tortues et des mammifères marins à Mayotte.
Encadré : Que faire face à un animal en détresse ?

En 2025, 16 % des alertes remontées au REMMAT provenaient directement de particuliers, soit 32 signalements. Le réseau reste toutefois encore peu connu : une enquête menée auprès des habitants avait fait passer son taux de notoriété de 8,6 % en 2021 à 14,4 % en 2024.
En cas de tortue marine ou de mammifère marin mort ou en détresse, le premier réflexe est donc de contacter le REMMAT. Le réseau dispose d’une astreinte téléphonique 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 au 06 39 69 41 41, ainsi que d’une adresse mail, remmat976@gmail.com, pour recevoir les signalements et les photographies. Les membres formés peuvent ensuite se déplacer afin de documenter l’animal et son état.
Les interventions montrent l’utilité d’un signalement rapide. En mars, une tortue verte juvénile observée près de la pointe de l’aéroport, entravée par des cordages et des hameçons, a ainsi pu être prise en charge puis remise à l’eau. En juillet, une tortue retrouvée bloquée dans la mangrove de Moya 2 a également été accompagnée jusqu’à la mer par des membres formés, avec l’appui à distance de l’astreinte.
Au total, 40 tortues ont été signalées en détresse au REMMAT en 2025. Trente-six ont pu être renflouées. Les quatre autres sont mortes des suites de leurs blessures : deux après des attaques de chiens, une à la suite d’un acte de braconnage et une après une pêche accidentelle.
Journaliste




































