Les premières Rencontres de l’eau donnent la parole aux Mahorais

Face aux difficultés d’approvisionnement et aux interrogations sur la qualité de l’eau, l’Office de l’eau de Mayotte a organisé, mercredi, les premières Rencontres de l’eau à l’hôtel Hamaha, à Mamoudzou. Une journée consacrée aux habitants pour recueillir leurs préoccupations et leurs propositions, avant un second temps d’échange avec les acteurs institutionnels.

« L’eau se partage et la parole aussi. » C’est autour de ce slogan que se sont ouvertes, mercredi, les premières Rencontres de l’eau à Mayotte. Organisé par l’Office de l’eau, l’événement entend créer un espace de dialogue entre les habitants et les institutions, dans un territoire où l’accès à l’eau demeure une préoccupation quotidienne.

Créé en 2024, l’Office de l’eau souhaite, à travers cette initiative, mieux prendre en compte les expériences des Mahorais et leurs attentes en matière de gestion de la ressource. Le dispositif s’articule autour de deux journées : la première est consacrée aux habitants, invités à exprimer leurs constats et leurs priorités, tandis que la seconde doit permettre aux acteurs institutionnels de répondre aux remarques et aux propositions recueillies.

Un déficit de production face aux besoins

La matinée a notamment été consacrée à la présentation de la ressource en eau et de ses usages sur l’île. Selon les chiffres présentés lors de la rencontre, Mayotte produit environ 38 000 mètres cubes d’eau par jour, alors que les besoins s’élèvent à 47 000 mètres cubes. À cet écart s’ajoutent des pertes estimées à 8000 mètres cubes quotidiens.

Les besoins en eau restent donc supérieurs aux capacités de production actuelles. Une enquête consacrée aux usages de l’eau, dont les résultats doivent être présentés en décembre, doit permettre d’approfondir la connaissance des pratiques et des attentes de la population. À court terme, plusieurs projets sont évoqués pour renforcer les capacités d’approvisionnement. Parmi eux figurent le septième forage de l’île, le projet d’usine de dessalement d’Ironi Bé, actuellement suspendu par le tribunal administratif, ainsi que la future retenue  collinaire d’Ourovéni.

Au-delà des infrastructures, la question des usages occupe également une place importante. Les Mahorais consommeraient en moyenne 80 litres d’eau par jour, contre environ 150 litres pour un habitant de l’Hexagone. Cet écart s’expliquerait notamment par des habitudes historiques : pendant longtemps, les habitants ont puisé leur eau dans les rivières et les puits, des pratiques qui ont façonné leur rapport à la ressource. Le secteur du bâtiment et des travaux publics (BTP) constitue, quant à lui, le premier secteur économique consommateur d’eau, devant l’agriculture.

Puits, eau de pluie : les habitants interrogent la qualité de l’eau

Au cours des échanges, plusieurs participants ont souhaité savoir s’il était possible d’utiliser l’eau des puits ou de récupérer l’eau de pluie pour certains usages domestiques. Derrière ces questions se dessine une préoccupation concrète : comment disposer d’eau au quotidien tout en garantissant sa qualité et en limitant la consommation d’eau potable ?

L’eau distribuée à Mayotte fait l’objet de contrôles sanitaires réalisés notamment par l’Agence régionale de santé (ARS), en lien avec les acteurs chargés de l’exploitation du service, dont la Société mahoraise des eaux (SMAE). Les intervenants ont rappelé l’importance de ces contrôles, tout en soulignant que la qualité de l’eau peut être fragilisée par l’état des installations.

Les Mahorais consommeraient en moyenne 80 litres d’eau par jour, contre 150 litres dans l’Hexagone, un écart lié notamment aux habitudes historiques d’utilisation des rivières et des puits.

Après une remise en eau, des contaminations bactériennes peuvent notamment survenir dans les portions de canalisations où l’eau a stagné. Dans certaines situations, il est alors recommandé de faire bouillir l’eau avant de la consommer, conformément aux consignes sanitaires diffusées aux usagers. Les habitants sont donc invités à rester attentifs aux recommandations officielles en cas de reprise de la distribution.

La récupération de l’eau de pluie fait également partie des pistes de réflexion. Son utilisation pourrait, par exemple, être envisagée pour alimenter les chasses d’eau, afin de réserver l’eau potable aux usages qui le nécessitent. Toutefois, les dispositifs de traitement et les filtres disponibles sur le marché demandent une attention particulière : leur efficacité dépend des équipements et des caractéristiques des installations.

« L’eau nous rassemble »

Au fil des discussions, les Rencontres de l’eau ont ainsi permis de faire remonter des interrogations sur la qualité de l’eau, les possibilités de récupération de la pluie et les moyens de réduire les pertes. L’objectif est de faire de ces témoignages un point de départ pour les échanges avec les institutions.

Nadjayedine Sidi, conseiller départemental de Mamoudzou 3, et président délégué de l’Office de l’eau de Mayotte a résumé l’esprit de la démarche par cette formule : « L’eau nous rassemble. » Parmi les pistes évoquées figure notamment le dispositif « Une maison, une cuve », qui vise à favoriser la récupération de l’eau de pluie et à réduire le recours à l’eau potable pour certains usages.

Pour l’Office de l’eau, l’enjeu est de donner une place aux habitants dans la réflexion sur la gestion de la ressource. L’organisme rappelle qu’il étudie l’eau, conseille, finance et informe, mais qu’il ne gère directement ni les canalisations, ni les compteurs, ni les coupures. Le service d’eau potable et d’assainissement relève des acteurs compétents, tandis que les communes, le Département et l’État interviennent selon leurs responsabilités respectives.

La seconde journée des Rencontres doit désormais permettre aux acteurs institutionnels de répondre aux préoccupations exprimées par les habitants. Reste à traduire ces échanges en propositions.

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Journaliste, aussi passionné par les paysages de Mayotte que par sa culture. J’ai toujours une musique de rap en tête.

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