La députée Anchya Bamana poursuit son combat pour donner de l’eau aux Mahorais, malgré la douche froide qu’elle a prise à l’Assemblée nationale la semaine dernière. Elle demande des comptes à Emanuel Macron devant le silence de ses ministres des affaires étrangères et de l’Intérieur, après les déclarations à l’emporte-pièce du député communiste Jean-Pierre Lecoq contre le maintien de Mayotte au sein de la République. De son côté, le sénateur Saïd Omar Oili s’inquiète des procédures de raccourcissement des règlements dans les projets de l’usine de dessalement d’eau de mer de Hironi Bé et le projet d’aéroport de Bouyouni. Il entend s’adresser directement au chef du gouvernement pour connaître l’usage qui a été fait des redevances de pêche versées par les thoniers seychellois à l’UE. Ils n’auraient toujours pas été reversé au développement de la pêche à Mayotte.
Ambiance de fin de règne à Paris dans les plus hautes sphères de l’Etat, ou choix simple choix délibéré du gouvernement de rester sourd aux doléances légitimes des habitants de Mayotte relayés par certains de ses parlementaires ? Une chose est certaine, un dialogue de sourd s’est bel et bien installé entre ces deux camps, chacun essayant de légitimer du mieux qu’il peut, la posture qu’il a choisi d’adopter vis-à-vis des dossiers cruciaux du territoire. Aux membres du gouvernement Lecornu qui ont opté pour de « la com’ », Saïd Omar Oili (sénateur) et Anchya Bamana (députée) rétorquent inlassablement depuis l’été, qu’ils ne font qu’exercer leur mission de contrôleurs de l’action du gouvernement dans le respect de la Constitution. Dans leur ligne de mire, les dossiers cruciaux de l’eau (qui fait tant défaut à l’archipel depuis de longues années et qui s’aggrave jour après jour au point de plonger l’économie local au ralentie et la population dans une souffrance et carence sans précédent), de la souveraineté alimentaire à travers la pêche bloquée sur décision préfectorale bien avant le cyclone Chido.
Les deux postures n’ont cessé de s’opposer radicalement au fur et à mesure que les citoyens français s’approchent du grand rendez-vous de l’élection présidentielle prévue à la fin du premier trimestre de 2027. Autrement dit, dans un maximum de 6 mois à peine. L’ambiance continue donc de s’électriser entre les parlementaires mahorais (hormis Thani Mohamed Soilihi, le deuxième sénateur de l’île membre inconditionnel de la macronie et du bloc centrale qui gouverne la France depuis deux décennies). Fidèle à la posture qu’il s’est choisi depuis l’année dernière, l’ancien maire de Dzaoudzi-Labattoir n’a de cesse de dénoncer ce qu’il considère comme des incohérences et des manquements dans les actions du gouvernement dans le Département-Région sinistré depuis le 14 décembre 2024. Un positionnement radicalement divergeant de celui qu’il a eu au cours de la première mandature d’Emanuel Macron (son grand ami d’alors) et qu’il justifie par un refus catégorique d’adouber une fausse « Refondation de Mayotte post-Chido », qu’il estime n’être qu’un leurre devant permettre à Emanuel Macron de gagner du temps, en ne rien faisant en faveur des Mahorais jusqu’au terme de son mandat en avril 2027.
Il est vrai que l’observation de la situation qui prévaut actuellement entre Paris et l’archipel mahorais, tout tend à faire croire qu’il y aurait dans l’air comme un règlement de compte électorale ou une punition collective entre l’occupant de l’Elysée et les électeurs de l’île qui lui ont très largement préféré Marine Lepen dans les urnes lors du dernier scrutin présidentiel. A tort ou à raison, le citoyen Français de Mayotte a cette idée très fortement ancrée dans son esprit et ce ne sont guère les récentes visites ministérielles de cet été à Mamoudzou qui y changeront grand-chose. Le « mal est fait » et les gouvernants actuels (ou leurs satellites en campagne pour succéder à Emanuel Macron à la tête de l’Etat français) vont devoir prendre leur mal en patience jusqu’à connaître le verdict des urnes dans les 6 prochains mois.
Un texte non adopté par les députés en raison de la couleur politique de la parlementaire mahoraise
Anchya Bamana, qui a choisi de porter au centre de son action politique et parmi les priorités de sa mandature la problématique de l’eau, n’en revient toujours pas du revers qu’elle vient d’essuyer à l’Assemblée nationale la semaine dernière. A une infime poignée de voix, elle a échoué à faire adopter son projet de loi sur l’eau dans les Outre-mer, face à une gauche et un bloc central de droite qui n’ont que faire de Mayotte et des Mahorais, « ces vilains petits canards de la République » qui ont osé confier un mandat législatif à l’une des leurs sous les couleurs du mouvement politique de Marine Lepen. Que Mayotte et son demi-million d’habitants continuent de se débattre dans le manque chronique d’eau, sècheresse après sécheresse, coupures après coupures, scandales financiers après scandales financiers à la LEMA, mauvaise gestion après gestion de la ressource et sa distribution par la SMAE (Mahoraise des Eaux), ils ne sont guère une priorité à sauver pour des élus de gauche, du centre, d’une droite classique qui a su faire preuve d’un « mépris de la vie sur l’archipel, à la limite d’un racisme désinhibé et pleinement assumée », y compris par des parlementaires ultramarins pourtant subissant des affres d’un manque d’eau similaire au calvaire quotidien des Mahorais.
La règle est immuable : une punition collective pour leur faire passer l’envie d’avoir choisi de confier leurs suffrages à une élue estampillée Rassemblement National. Et tant pis s’il y a de la casse au passage ! Anchya Bamana en est réduite à s’adresser directement à Emanuel Macron dans une missive cette semaine pour s’offusquer du verbe nauséabond d’un éminent député communiste qui n’est pas à sa première prise de position contre les Français de Mayotte et leur choix de demeurer au sein de la République depuis 52 ans. Encore heureux que le communisme déclinant vive son agonie en France et qu’il ne connaît aucun relais sérieux dans l’archipel. Ce député pourra toujours compter sur les voix électorales de ses amis comoriens à Moroni pour lui assurer une réélection confortable à l’Assemblée nationale ou un strapontin de ministre délégué ou d’un secrétaire d’Etat « à la restitution forcée de Mayotte » dans l’escarcelle du dictateur en chef de l’Union des Comores Azali Assoumani.
Preuve en est, si besoin, que les Mahoraises et les Mahorais ne sont pas les seuls à naviguer à contre-courant de l’Histoire, les communistes français aussi ! Mais il n’est absolument sûr que le Président de la République, « frère » autoproclamé du dit dictateur Azali Assoumani daigne entendre les complaintes de la députée lepéniste de Mayotte et puisse ordonner un changement de cap à sa si frileuse diplomatie et ses autres ministères régaliens vis-à-vis des autorités de Moroni. Jusqu’à l’arrivée d’un nouvel hôte au palais de l’Elysée, le Mirex persistera et continuera à exceller dans la danse du ventre et de la diplomatie du chèque fournie par le Quai d’Orsay, en multipliant à souhait les actes d’humiliation à l’égard de Mayotte ou plutôt de la France qui la nourrie, bien avant les Chinois, les Russes et les monarchies du Golfe arabo-persique.
S2O prévoit de saisir Sébastien Lecornu pour savoir ce que sont advenues les redevances versées pour Mayotte par les thoniers seniors seychellois
Pour en revenir au sénateur Saïd Omar Oili et à « son devoir de vérité » à l’égard des habitants de l’archipel mahorais, il poursuit cette semaine ses actions d’alerte sur le manque de rigueur et la sécurisation juridique dans la mise en œuvre des projets structurants de Mayotte. Dans un communiqué de presse daté du 06 octobre 2026, il revient sur deux actes majeurs du projet de « Refondation de Mayotte » post-Chido : la construction de la deuxième usine de dessalement d’eau de mer d’Hironi Bé et le projet d’aéroport à piste longue de la « forêt primaire et classée » de Bouyouni. Le sénateur remet une couche sur le mode opératoire choisi par le gouvernement Lecornu de « raccourcir les procédures réglementaires par des procédures d’urgence civile ».
Une fois de plus, Saïd Omar Oili observe que cette façon de faire n’a pas permis de gagner un temps significatif dans le cas de l’usine d’Hironi Bé et qu’il amène à s’interroger sur le processus dit de concertation actuellement déployé pour le projet d’aéroport de Bouyouni. « En effet, aucun rapport sur la question de la compensation financière des professionnels n’a été rendu public, alors que le projet pose la question de l’expropriation des agriculteurs concernés », met-il en exergue dans son communiqué. Il est revenu à nouveau sur le fait que le préfet de Mayotte, délégué du gouvernement, ne disposerait pas, lui non plus, du rapport en question (courrier en date du 24 août 2026). S2O informe les Mahorais qu’il a saisi par écrit le 28 septembre 2026, le Président des Tribunaux Administratifs de La Réunion et Mayotte, Jean-Michel Laso en vue de savoir si l’absence d’un tel document ne condamnerait pas le projet de piste à un arrêt identique à celui de l’usine d’Hironi Bé. « Les agriculteurs de Mayotte et l’ensemble des Mahorais, doivent obtenir des réponses avant que le projet ne soit engagé plus avant », souligne le sénateur.
Il y a un autre sujet sur lequel l’ancien Président du Conseil départemental et ancien maire de Dzaoudzi-Labattoir demande des comptes au gouvernement de Sébastien Lecornu, les redevances perçues par l’Etat au titre des licences de pêches accordées par l’Union Européenne aux thoniers séniors seychellois qui écument les eaux poissonneuses de la zone maritime exclusive de l’archipel mahorais. Dans un communiqué de presse en date du 13 octobre, le parlementaire s’inquiète du devenir de ces enveloppes annuelles sensées être affectées au financement de la pêche sur l’île ne le sont toujours pas, aux grandes dames de la profession en crise depuis 2024, après qu’un « ukase » du préfet François-Xavier Bieuville ait clouer au sol toute la flottille de kwasa utilisée par les professionnels locaux du secteur.
Il explique qu’il a adressé un courrier le 04 octobre 2026 au gouvernement (deux ans après une première demande du genre) pour connaître le bilan détaillé de l’utilisation de ces fonds mais qu’il n’a toujours à ce jour obtenu aucune réponse. C’est dans ce cadre qu’il a fini par être reçu le 12 octobre 2026 par le ministre de la Mer et de la pêche avec lequel il évoqué différents dossiers liés au développement de cette activité dans l’île. Au cours de cet entretien, son interlocuteur lui aurait confié que 700 000 euros auraient été dépensés en 2025, sans qu’il n’ait été en mesure de lui fournir un détail des projets financés. « Je m’interroge sur cette opacité dans l’utilisation des fonds publics qui est contraire aux principes républicains d’une transparence dans les aides financières », s’insurge S2O. En pareilles circonstance, il indique prévoir de s’adresser directement au Premier ministre Sébastien Lecornu en vue d’obtenir les réponses qui lui sont refusées par différentes administrations. Il indique avoir profité de cet entretien avec le ministre de la Mer et de la Pêche pour apporter tout son soutien aux différentes initiatives locales conduites dans la relance de l’activité pêche dans l’archipel mahorais.
Journaliste politique & économique



































