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Suite à l’entrée en vigueur de « la simplification du geste de tri » le 1er mai dernier, l’éco-organisme Citeo avait mis en place une grande campagne de sensibilisation de la population en collaboration avec l’association de réinsertion Nayma. L’opération s’était achevée la semaine dernière, les responsables de Citeo ont dressé un premier bilan positif : 70 000 foyers mahorais ont pu être touchés, soit les 2/3 des foyers que compte l’île.
Plus besoin de se demander si un emballage en plastique est recyclable avant de le déposer dans la borne jaune. Depuis le 1er mai 2026, tous les emballages plastiques et métalliques y sont acceptés, des bouteilles aux pots de yaourt en passant par les barquettes, films et sachets. Une simplification destinée à encourager les Mahorais à trier davantage, alors que l’installation de stockage des déchets du territoire (l’ISDND de Dzoumogné) approche de la saturation. « Il ne faut pas se compliquer la vie », résume en substance Nicolas Moulin, responsable d’exploitation Outre-mer de Citeo, venu présenter ce mardi un premier bilan de cette évolution au 5/5, à Mamoudzou, aux côtés de Patrice Roux, le représentant local de l’éco-organisme.
Inutile, par exemple, de laver les emballages avant de les jeter : il suffit de bien les vider et d’en retirer les principaux restes alimentaires. Les bouteilles peuvent être écrasées pour gagner de la place, mais les emballages ne doivent pas être imbriqués les uns dans les autres, au risque de perturber leur séparation au centre de tri. Les flacons de shampoing et autres emballages de la salle de bain sont également concernés par les nouvelles consignes.

Pour certains habitants, le geste de tri demeure « complètement inconnu »
Pour accompagner ce changement, Citeo s’est associé à Nayma, une structure d’insertion professionnelle spécialisée dans les métiers de l’environnement. De juin à début octobre, 54 salariés ont sillonné les 17 communes de Mayotte, allant à la rencontre des habitants dans les rues et en porte-à-porte, jusque dans les quartiers les plus reculés. Selon le bilan présenté, quelque 70 000 foyers ont ainsi été effectivement touchés par la campagne, soit environ les 2/3 des foyers mahorais. À Mamoudzou, où l’objectif initial était de 16 000 foyers, les équipes en ont rencontré plus de 22 000.
Le travail qui a parfois commencé par les bases. Dans certains quartiers précaires en effet, certains habitants ne savaient même pas de quoi il s’agissait. « Ils avaient bien aperçu les bornes pour certains, mais ne savaient pas à quoi servait cette installation », raconte Assima, l’une des salariées de Nayma à avoir parcouru les villages de Mayotte pour sensibiliser les habitants. Mari Yahya, coordinateur de la campagne, précise même que ses équipes ont parcouru des secteurs de Kawéni particulièrement isolés, dont certains « n’avaient même pas été recensés », selon ses dires.
Sur le terrain, l’accueil a été variable. Assima a constaté que les jeunes étaient généralement « plus réceptifs », notamment parce qu’ils avaient déjà été sensibilisés au tri à l’école. Chez certaines personnes âgées, en revanche, la démarche était totalement inconnue. Pas question pour autant d’insister auprès des « habitants réticents » : l’objectif était d’informer, non de contraindre. Mais une difficulté est revenue régulièrement dans les échanges : l’éloignement des points de collecte. Pour les habitants dépourvus de véhicule, transporter leurs déchets triés jusqu’aux bornes peut rapidement devenir décourageant.

238 points de collecte, une cinquantaine d’autres à installer
Mayotte compte actuellement 238 points de tri, répartis dans l’ensemble des communes. Un maillage encore insuffisant, reconnaît Citeo, qui prévoit l’installation d’une cinquantaine de bornes supplémentaires. Leur implantation se heurte toutefois à des difficultés d’accès, notamment dans les quartiers où la voirie ne permet pas facilement le passage des camions de collecte. Les équipements existants subissent également de nombreuses dégradations. Les autocollants rappelant les consignes sont parfois arrachés en quelques jours. Citeo envisage donc de recourir à des marquages au pochoir, plus résistants.
Autre problème : les déchets déposés dans les mauvaises colonnes ou les gros sacs fermés, qui compliquent, voire empêchent, leur traitement. Faut-il réduire les ouvertures des bornes pour éviter les erreurs, au risque de décourager les usagers contraints d’introduire leurs emballages un par un ? Ou les élargir pour faciliter le dépôt ? Pour Nicolas Moulin, tout l’enjeu consiste à trouver « le bon équilibre pour pallier les différents problèmes rencontrés ».
600 tonnes d’emballages collectées chaque année
Citeo prend actuellement en charge environ 600 tonnes de déchets triés par an à Mayotte : 300 tonnes de plastiques et métaux, 150 tonnes de verre et 150 tonnes de papiers-cartons. Une fois collectés, les matériaux transitent par le centre de tri de Longoni, exploité par STAR Mayotte, où ils sont séparés avant leur expédition vers des filières de recyclage extérieures au territoire. Les plastiques et métaux rejoignent l’Hexagone, tandis que les papiers-cartons sont orientés vers des filières asiatiques (Inde et Thaïlande principalement).
Cette dépendance aux transports maritimes allonge les délais et renchérit les opérations. Lorsque les navires doivent contourner l’Afrique par le cap de Bonne-Espérance plutôt qu’emprunter le canal de Suez, les trajets peuvent passer de 4 ou 5 semaines à 8 ou 9 semaines. « Mais c’est un problème qui touche tous les types de marchandises », tempère Nicolas Moulin. À Mayotte, les possibilités de recyclage locales demeurent malheureusement limitées, même si quelques initiatives existent, notamment autour des plastiques rigides (Habit’âme par exemple) et que certains porteurs de projets réfléchissent à un moyen de recycler localement les papiers/cartons. Nicolas Moulin estime d’ailleurs que cette dernière filière est la plus prometteuse pour le recyclage en local.
Une nouvelle campagne de communication fin novembre
La sensibilisation ne s’arrêtera pas avec cette première opération. Citeo prévoit une nouvelle campagne dans les médias à partir de fin novembre, tout en poursuivant son travail avec les communes pour densifier le réseau de collecte. L’éco-organisme réfléchit également aux moyens d’encourager les habitants à trier davantage. Des opérations de gratification, comme Douka Tri, qui récompensent les apports de déchets, constituent l’une des pistes possibles.
Car derrière la simplification des consignes, l’enjeu reste considérable : détourner un maximum de déchets de l’installation de stockage de Mayotte (ISDND), dont les capacités ne sont pas illimitées et qui a, en outre, été en partie détériorée par Chido. Encore faut-il que chaque habitant puisse accéder facilement à une borne de tri et Citeo poursuit son travail en ce sens !
Nora Godeau est journaliste indépendante à Mayotte. Elle couvre les enjeux sociaux, culturels et environnementaux du territoire, avec une attention particulière portée aux voix locales et aux initiatives de terrain.




































