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À l’approche de la saison des pluies, les crues de la rivière Majimbini font craindre des inondations aux habitants de M’tsapéré. Ce mardi 13 octobre, à l’occasion de la Journée nationale de la résilience, la Ville de Mamoudzou a organisé un village de la résilience pour sensibiliser la population aux risques naturels et présenter les dispositifs de prévention.
Dans le quartier Mrowahandra, à M’tsapéré, dans la commune de Mamoudzou, le niveau de la rivière Majimbini est au plus bas, ce mardi 13 octobre. Le filet d’eau qui s’écoule depuis les hauteurs est à peine perceptible entre les rochers, les plantes, les branches d’arbres et les déchets en tout genre. La rivière est tout de même parsemée de petites mares où prolifèrent les guppies, au milieu de la vase teintée de blanc par le savon ou la lessive utilisés par les femmes et les enfants qui lavent leur linge.
Difficile d’imaginer ce cours d’eau monter en quelques heures, voire en quelques minutes, sortir de son lit et inonder le quartier. En cette fin de saison sèche, le risque n’est pas visible, mais il est pourtant bien présent. Un imposant tronc d’arbre, déplacé par les courants, témoigne toutefois de la force de la rivière lors des fortes pluies. Chaque année, les précipitations entraînent des inondations à travers le territoire et provoquent malheureusement des drames.
Un jeune homme de 19 ans est mort noyé dans une rivière à Passamaïnty, le mardi 16 septembre 2015. Un autre jeune garçon a trouvé la mort en se noyant dans la rivière Kwalé, le mardi 10 février 2026 après-midi. Emporté par un courant intense provoqué par les fortes pluies au niveau du village de Vahibé, son corps a été retrouvé plus bas, rue Kwalé Légion, par la gendarmerie.
À Mrowahandra, les fortes crues rythment la saison des pluies et compliquent l’accès au quartier. L’eau submerge rapidement le pont qui permet d’y entrer et d’en sortir. Si la rivière est calme pour le moment, les habitants savent à quel point elle peut être dangereuse.
Le long de la Majimbini, les crues font peser des risques à chaque saison des pluies
“Il y a beaucoup de noyades”, remarque Saendati, 17 ans, habitante du quartier, son petit frère et sa petite sœur à ses côtés. “La plupart des habitants ne savent pas nager et le pont est dangereux, car il n’y a pas de barrières de sécurité. Plusieurs enfants ont déjà disparu à cause des noyades. Ça serait bien d’installer des barrières”.
“Un jeune a tenté de passer ce pont malgré l’eau. Il a été emporté par le courant et il est mort”, raconte Toioumidine Daroussi, 25 ans, habitant du quartier. “Quand ce pont se retrouve sous l’eau, les voitures ne circulent pas. Il est trop bas et la boue, les déchets et les branches empêchent l’eau de passer en dessous, donc il est submergé”.
“Il faudrait creuser et installer un tunnel pour que l’eau puisse passer, et aussi créer un système de filtrage des déchets pour éviter qu’ils bloquent l’écoulement”, propose le jeune homme, entrepreneur engagé dans la revalorisation des déchets.
“Les habitants jettent les déchets dans la rivière, ces derniers s’enfoncent dans le sol et font monter le niveau de l’eau, résultat la route est inondée”, ajoute Saendati.
Elle, comme Toioumidine Darroussi, se souvient très bien des grandes crues survenues après le cyclone Chido, la tempête tropicale Dikeledi ou encore les fortes pluies du mois de mars. Malgré les alertes à répétition et les accidents, tous deux restent inquiets quant à la gestion du risque. “L’une des plus grandes rivières de Mayotte ne peut pas être dans cet état-là”, souligne l’entrepreneur.
Plus bas, le long de la rivière, au niveau du pont de M’tsapéré, les principaux embâcles qui entravaient l’écoulement de l’eau ont été évacués et mis sur le côté. Des morceaux de tôle restent bien visibles dans la boue, entre les palétuviers.
Autant d’obstacles, certains récents, d’autres plus anciens, qui accentuent le risque d’inondation et alimentent l’inquiétude des habitants. Assise au bord de la rivière, une jeune femme confie ses craintes face aux déchets qui jonchent le lit. Dans quelques semaines, avec le retour des fortes pluies, la capacité de la rivière à évacuer l’eau jusqu’au lagon sera mise à l’épreuve.
Une sensibilisation sur WhatsApp et via les associations de quartier
Face au risque d’inondation, notamment sur le bassin versant de la Majimbini, la Ville de Mamoudzou a installé, ce mardi, à l’occasion de la Journée nationale de la résilience, un “village de la résilience” à côté de la halle des pêches de M’tsapéré. Plusieurs partenaires y ont présenté les dispositifs de prévention et de gestion des risques, dont le Plan communal de sauvegarde (PCS) de la Ville, le Programme d’actions de prévention des inondations (PAPI) de la Majimbini, porté par la CADEMA, et le Plan de prévention des risques (PPR), présenté par la DEALM. La Croix-Rouge française était également présente pour faire connaître ses actions de préparation et de réponse aux catastrophes.
“La rivière Majimbini est la plus dangereuse ici. Lorsqu’il pleut sur les hauteurs, l’eau peut arriver d’un coup. On sensibilise les habitants pour leur dire de ne pas rester aux abords du cours d’eau”, explique Anli Bounou, directeur de l’urbanisme, du foncier, du logement et de l’habitat, et chef de projet de la rédaction du plan communal de sauvegarde (PCS) pour la Ville de Mamoudzou.
“Le problème, ce n’est pas seulement l’eau. Des arbres, du bois et des déchets descendent des hauteurs et peuvent gêner son écoulement. S’il n’y avait que de l’eau qui passait, il n’y aurait pas de problème. Il faut aussi éviter de déboiser les hauteurs, car cela augmente les risques. Le lit de la rivière est également grignoté par les constructions, avec des habitations qui se trouvent à proximité. La CADEMA mène des actions pour protéger le lit de la rivière et limiter les risques”, note-t-il.
“Cette journée est l’occasion de sensibiliser la population à ces dangers mais nous disposons aussi de plusieurs groupes WhatsApp pour informer les habitants des différents quartiers et les alerter. Nous passons aussi par les mosquées et les associations pour faire circuler les informations”.
Quid de la responsabilité ?
“Beaucoup de gens vont nous dire qu’on n’a jamais vu d’eau à tel ou tel endroit lorsqu’ils observent le plan de prévention des risques naturels (PPRN), pourtant le risque existe”, indiquent les agents de la DEALM présents sur les stands, en montrant le document et sa déclinaison cartographique, qui répertorie les zones à risque, notamment le long des rivières.
“La commune a le devoir de protéger ses habitants”
“En cas de fort risque d’inondation ou de mouvement de terrain, les constructions sont interdites. Pour les autres aléas, cela dépend : c’est la municipalité qui tranche”. La commune est notamment responsable de la délivrance des permis de construire et de la prise en compte des risques naturels dans ses décisions d’urbanisme. En cas de défaillance du maire, le préfet peut intervenir dans le cadre de ses pouvoirs de contrôle et, sous certaines conditions, se substituer à lui. “La commune a le devoir de protéger ses habitants”, rappellent-ils, en notant le rôle de la police de l’urbanisme
En cas d’inondation, les responsabilités en cas de dommages ou d’accident dépendent de plusieurs facteurs, notamment de la localisation des habitations et des circonstances du sinistre. À Mayotte, où les situations administratives, les conditions de logement, les questions foncières et l’accès à l’assurance peuvent être complexes, la connaissance des risques et des moyens de s’en protéger prend une importance particulière.
Si les pouvoirs publics ont un rôle à jouer dans la prévention, les habitants doivent aussi pouvoir identifier les dangers auxquels ils sont exposés et connaître les bons réflexes à adopter. La prévention repose ainsi sur la transmission des informations et implique plusieurs acteurs, des écoles aux communes, en passant par l’intercommunalité, l’État et les habitants eux-mêmes.
Selon les chiffres présentés par la DEALM, près de 90 % du territoire mahorais est exposé à au moins un aléa naturel et plus de 40 % est concerné par un aléa fort. Face à cette exposition, l’enjeu est à la fois de mieux se protéger dès aujourd’hui mais aussi de repenser l’aménagement du territoire, tout en faisant évoluer les comportements, notamment pour limiter les dépôts de déchets dans les cours d’eau et les espaces naturels, afin de ne pas aggraver les risques d’inondation et les autres aléas naturels.
Journaliste




































