Zéna M’Déré : défense de sa mémoire et du destin politique de Mayotte

Propos de Jean-Paul Lecoq (PCF) et rejet de la résolution pour l’entrée au Panthéon de la cheffe des chatouilleuses : Anchya BAMANA dénonce un mépris inacceptable du choix des Mahorais.

Le jeudi 8 octobre 2026, l’Assemblée nationale a rejeté, par 158 voix contre 133, la proposition de résolution invitant le Gouvernement à engager les démarches en vue de l’entrée au Panthéon d’Olympe de Gouges, de l’abbé Charles-Michel de l’Épée et de Zéna M’Déré. Présenté par Jean-Philippe Tanguy (RN) et cosigné par Anchya BAMANA, ce texte voulait honorer celle qui a conduit, de 1966 à 1976, le combat des chatouilleuses pour que Mayotte reste française.

Au cours du débat, le député Jean-Paul Lecoq (PCF) a présenté le maintien de Mayotte dans la République comme « un acte d’impérialisme qui n’a pas à être glorifié au Panthéon ». Il a affirmé que ce maintien violait le droit international, comparé la situation de Mayotte à celle du Sahara occidental et jugé la décolonisation de l’île « inachevée ».

« Ces propos sont une insulte à la mémoire de Zéna M’Déré, à toutes les chatouilleuses et à l’ensemble des Mahorais. Un député de la Nation a osé, dans l’hémicycle, nier le choix d’un peuple de rester français. Je ne le laisserai pas passer. »

Ces arguments ne résistent pas aux faits. Les Mahorais ont été consultés, et ils ont répondu. Le 22 décembre 1974, ils ont rejeté l’indépendance à 63,82 %. Le 8 février 1976, ils ont choisi de demeurer dans la République à 99,4 %. Le 2 juillet 2000, ils ont approuvé l’accord sur l’avenir de Mayotte à 72,94 %. Le 29 mars 2009, ils se sont prononcés à 95,2 % pour la départementalisation. Quatre fois en trente-cinq ans, la même volonté s’est exprimée dans les urnes.

M.Lecoq invoque le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes et s’emmêle les pinceaux dans ses propres contradictions idéologiques. Les Mahorais ont exercé ce droit, librement et à plusieurs reprises. Prétendre leur imposer un destin qu’ils ont refusé, voilà ce qui relèverait de l’impérialisme. Aucune résolution adoptée à New York ne peut effacer la volonté qu’un peuple a exprimée dans les urnes. Quant à la comparaison avec le Sahara occidental, elle ne tient pas : à Mayotte, le peuple a été consulté, et il a tranché.

L’histoire contredit tout autant la thèse d’une « décolonisation inachevée ». Mayotte est française depuis 1841, plus de quarante ans avant que les autres îles de l’archipel ne passent sous protectorat français. Le mouvement des chatouilleuses est né en 1966, lorsque la capitale du territoire a été transférée de Dzaoudzi à Moroni. « Nous voulons rester Français pour être libres », proclamait alors le Mouvement populaire mahorais, porté notamment par Younoussa Bamana, père de la députée, aux côtés de Zéna M’Déré. Les Mahorais ont choisi la France, et ils l’ont choisie pour être libres.

M.Lecoq soutient encore que l’on « enrôle » Zéna M’Déré « dans un combat qui n’était pas le sien ». C’est exactement l’inverse. Dès 1966, elle est allée défendre l’ancrage de Mayotte à la France devant le président du conseil de gouvernement des Comores. Sous sa conduite, des centaines de femmes ont mené une résistance populaire et pacifique contre le rattachement de Mayotte aux Comores. Ce combat a coûté la vie à Zakia Madi, tuée le 13 octobre 1969 à Mamoudzou par la garde comorienne. Demain marquera le cinquante-septième anniversaire de sa mort.

D’autres orateurs ont préféré faire le procès du Rassemblement national plutôt que de parler de Zéna M’Déré. Colette Capdevielle (PS) a dénoncé une opération de « relooking historique », tout en reconnaissant que l’engagement de Zéna M’Déré méritait le respect. Elle s’est pourtant opposée au texte. Refuser un hommage à une héroïne française en raison de l’étiquette de ceux qui le proposent relève de l’aveuglement partisan.

L’engagement d’Anchya BAMANA pour la mémoire des chatouilleuses n’a rien d’une opération de circonstance. En octobre 2024, elle rendait hommage à Zakia Madi puis à Zéna M’Déré, et souhaitait dès décembre 2024 que l’Assemblée nationale honore ces femmes. Quant aux rumeurs d’exhumation colportées avant le vote, elles étaient fausses : une entrée au Panthéon peut être symbolique, comme celle de Joséphine Baker, dont la dépouille repose toujours à Monaco.

Le rejet de cette résolution ne ferme aucune porte : l’entrée au Panthéon relève de la décision du Président de la République. Anchya BAMANA en appelle solennellement à lui. Garant des institutions, de l’intégrité du territoire et de l’histoire de la République française, il lui appartient de reconnaître le combat de celles qui ont voulu que Mayotte reste française, en décidant l’entrée de Zéna M’Déré au Panthéon. La députée apporte son plein soutien au Collectif Mayotte en souffrance, au collectif Ré-MaA et aux organisations mahoraises qui exigent de Jean-Paul Lecoq des excuses publiques. « La dignité de Mayotte n’est pas négociable », rappellent-ils à juste titre.

« M. Lecoq peut parler d’impérialisme, une majorité de députés peut voter contre Zéna M’Déré : rien n’y changera. Les Mahorais sont fiers d’être Français. Ils l’ont dit dans les urnes, ils l’ont payé du sang de Zakia Madi, ils le revendiquent chaque jour. Nous défendrons toujours notre histoire, notre identité et nos droits, à commencer par celui de rendre hommage à celles et ceux qui se sont battus pour Mayotte. Je porterai ce combat partout, tout le temps et quoi qu’il arrive. »

Rahachiri… Sibabu Ya Maoré[1] !

[1] Nous sommes vigilants pour Mayotte

Anchya Bamana, députée de la deuxième circonscription de Mayotte
Anchya Bamana
Députée de la deuxième circonscription de Mayotte

Mayotte Hebdo de la semaine

Mayotte Hebdo n°1116

Le journal des jeunes

À la Une