Le pays a réceptionné, le 21 mars, une cargaison de carburant qui avait permis de résorber les files d’attente. Mais le branle-bas se fait à nouveau ressentir, faisant craindre une hausse des prix des transports en commun, selon certains chauffeurs.
La Société comorienne des hydrocarbures (SCH) est-elle rattrapée par la crise énergétique qui frappe le monde, en raison des tensions entre les États-Unis et l’Iran ? Depuis mardi, les stations-service de Moroni, la capitale de l’Union des Comores, sont prises d’assaut. Vers 17 h, certaines stations avaient déjà fermé, tandis que celles qui vendaient encore le précieux liquide étaient presque inaccessibles.
C’est le cas de la célèbre station Bonzami, située au sud de la ville, près du Palais du peuple. Ce mardi, toutes les artères y menant étaient presque obstruées par des embouteillages, alors qu’il n’était que 18 h, une heure où la circulation est habituellement fluide. Mais ce 14 avril, seuls les automobilistes connaissant les ruelles de la zone parvenaient à s’en sortir, en empruntant des chemins non bitumés pour échapper aux cortèges de véhicules.
Pourtant, du côté du fournisseur national de produits pétroliers, le discours se veut rassurant. Dans une courte vidéo publiée sur la page Facebook de la société publique, le conseiller chargé des relations publiques, Soudjay Kifia, rejoue la même scène que le mois dernier, lorsque le pays suffoquait. Il appelle une nouvelle fois la population à ne pas paniquer, affirmant que le carburant est disponible.
Pas de pénurie
« Depuis mardi, nous avons constaté de longues files d’attente devant les stations-service, ce qui laisse entendre que la Société des hydrocarbures ne dispose pas de carburant. À ce propos, votre entreprise insiste et vous rassure : il n’y a aucune pénurie. Il faut savoir que le gouvernement suit de près l’évolution de la conjoncture mondiale actuelle et veille à ce que la société soit ravitaillée. Nous vous invitons à ne pas faire de stock à domicile. N’oublions pas que nous avons réceptionné une cargaison il n’y a pas longtemps. Pourquoi ces files d’attente ? », s’interroge Kifia.
Mais cette déclaration ne rassure pas les automobilistes. Ce mercredi encore, les files d’attente étaient au rendez-vous. Les forces de l’ordre ont été déployées pour gérer la circulation dans les zones où les stations sont ravitaillées.
Toutefois, au nord de la capitale, même les axes routiers habituellement très fréquentés étaient déserts, hier à 12 h, une heure pourtant de forte affluence, coïncidant avec la pause administrative et la sortie des élèves.
Dans certaines communes, seuls deux véhicules assuraient le transport en commun ce mercredi. « Aujourd’hui, seuls Ramo et moi sommes en mesure de travailler. J’ai un ami dans une station qui m’aide à me ravitailler si je lui remets un bidon », confie Moussa, chauffeur d’une Opel Zafira sur la ligne Moroni-Hambou.
Himid, un autre chauffeur de taxi urbain, a pu constituer un stock : « Mon patron m’a remis de l’argent mardi soir. J’ai acheté 100 litres. Au moins, je suis tranquille pendant dix jours », se réjouit cet homme de 47 ans.
La prochaine cargaison est attendue d’ici le 26 avril. Toutefois, des rumeurs de hausse des prix à la pompe alimentent les discussions dans les transports en commun. Certains chauffeurs menacent de répercuter toute augmentation sur les passagers.
Sur l’île de Mohéli, les jours de ravitaillement riment également avec files d’attente, selon des témoignages recueillis. « Le fournisseur national ne livre pas l’essence ou le gazole le même jour dans toutes les stations. Les motos n’ont droit qu’à 4 litres, contre 20 pour les véhicules. Souvent, lorsqu’une station reçoit 2 000 litres, elle en réserve la moitié à sa clientèle, ce qui ne permet pas de résorber les pénuries », observe une source, qui précise que le pétrole lampant n’est pas disponible régulièrement, poussant certains revendeurs à augmenter les prix.
Revoir la loi de finances
À Anjouan, la gestion du ravitaillement en carburant est elle aussi loin d’être irréprochable, et pas seulement ces derniers jours. Selon certaines analyses, cette situation était prévisible.
Dans un document publié la semaine dernière, le parti Ushe avait alerté que, malgré la constitution d’un stock de deux mois (14 555 tonnes métriques de carburant), le pays ne serait pas épargné.
« Les prix de l’énergie sont déjà en hausse sur douze mois, notamment en haute saison. Chaque baril importé via le Golfe subit la même pression sur le fret que le riz. Nous demandons au gouvernement de revoir en urgence les prévisions de la loi de finances 2026, qui prévoient une hausse des taxes sur les produits de première nécessité », indique le communiqué du parti, qui appelle également l’État à réduire son train de vie.
Reste à savoir si ces recommandations seront entendues. Résignée, la population continue de subir les flambées des prix, comme toujours.
Journaliste presse écrite basé aux #Comores. Travaille chez @alwatwancomore
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