L'ACTUALITÉ DE MAYOTTE 100 % NUMÉRIQUE

Les infos de Mayotte depuis plus de 20 ans !

Désert médical : « Tant que le souci d’effectif ne sera pas réglé, les gens viendront mais ne resteront pas »

À lire également

Mayotte : la cause de la mort de personnes atteintes du Covid-19 passée sous silence ?

Le conseil d’État a été saisi par une entreprise locale de pompes funèbres concernant de graves accusations de dysfonctionnement dans la gestion de morts atteints du Coronavirus. Si aucune décision n’a encore été rendue, Jean L’Huilier, croque-mort, détaille les raisons qui l’ont motivé à intenter une telle action en justice. 

Mayotte dans le spectre d’une pénurie alimentaire

Les aides alimentaires semblent partir d’une bonne intention. Pourtant, cette initiative pourrait rapidement vider les rayons des magasins et provoquer une pénurie sur l’île, dans quelques semaines, si les acteurs sociaux ne changent pas de stratégie.

 

Le coronavirus a fait son entrée au CRA de Mayotte

Alors qu’associations et syndicats de police s’inquiétaient le mois dernier des conséquences sanitaires qu’impliquait la réouverture du centre de rétention administrative, les derniers ours viennent leur donner raison. Plusieurs cas de coronavirus y ont en effet été détectés, sans que les mesures nécessaires à contenir la propagation du Covid-19 ne soient prises.

“J’ai vraiment cru ne pas avoir de vol”, un médecin raconte son périple ubuesque pour venir renforcer les équipes du centre hospitalier de Mayotte

Jérémie Gallon, comme des dizaines de membres du corps médical a pris la décision de venir prêter main-forte au CHM. Mais comme des dizaines de ses confrères ou collègues, il a d’abord dû, avant de partir “au front” contre la crise sanitaire, affronter “ce que l’administration peut faire de pire”. Récit d’un voyage en absurdie.

 

Dans sa stratégie d’attirer des professionnels de santé au centre hospitalier de Mayotte (CHM), l’agence May’Santé recrutement réalise depuis mars jusqu’au mois de juin une tournée dans plus d’une dizaine d’écoles d’infirmiers en métropole. Une opération séduction « transparente » sur les atouts et inconvénients à venir qui doit aussi s’accompagner, selon l’agence, d’un travail de fidélisation pour lutter contre le turnover et le manque d’attractivité.

« Ma compagne vend des motos. En trois ans, elle a eu trois bris de glace et un vol de scooter. Ça casse le mythe qu’on se fait caillasser tous les quatre matins. J’ai acheté ma maison à Mayotte, soit je suis débile, soit en métropole les médias amplifient la situation », juge sans passer par quatre chemins Éric Bedeau de l’Écochère, consultant à l’agence May’Santé recrutement en déplacement en métropole. Pour la toute première fois, depuis mars et jusqu’à juin, trois consultants s’y relaient pour intervenir dans différentes écoles d’infirmiers, quelques congrès, et ainsi parler de Mayotte, son hôpital, ses besoins et convaincre de venir y travailler.

Une quinzaine d’établissements a déjà été visitée, d’autres pourraient s’ajouter selon des invitations reçues pendant la tournée. « Une trentaine d’infirmiers est potentiellement intéressée », indique celui qui explique que l’objectif n’est pas « de mettre la pression » pour venir, mais de « planter une graine et la laisser germer ».

Pas d’intervention en amphithéâtre, le recruteur travaille à partir d’un stand, avec des flyers, pour discuter avec des personnes de première, deuxième ou troisième année d’études qui envisagent peut-être déjà de partir en Outremer.  « Ce qui les freine d’abord pour venir à Mayotte, c’est l’insécurité », rend-il compte. « Je les rassure sur les conditions de vie mais je suis très clair sur les conditions de travail : le manque d’effectifs, mais la grosse montée en autonomie et en compétences possible », décrit-il. Car, complète le responsable de l’agence à Mayotte, Yasser Moustoifa, qui insiste aussi sur la qualité du matériel hospitalier présente au CHM, « un candidat qui va s’installer à Mayotte et repartir deux mois plus tard n’a pas d’intérêt pour nous. »

« Les personnes viennent sur des petits contrats »

En 2022, l’agence, récompensée par le trophée de l’innovation RH la même année, a été créée par le CHM et l’Agence régionale de santé (ARS) pour pallier les difficultés de recrutement. Elle se focalise sur les métiers en tension (contrairement au service recrutement du CHM) : infirmiers, sage-femmes, médecins, infirmiers spécialisés (anesthésistes, blocs opératoires et puériculture), manipulateurs en radio, masseur-kinésithérapeutes…. C’est ainsi qu’en 2023, 346 infirmiers ont été recrutés, 400 médecins et un peu plus de 200 sage-femmes, indique, de tête, le responsable. « Ça peut paraître énorme mais il y a du turnover. La réalité est que les personnes viennent sur des petits contrats. »

Encore en 2024, l’hôpital cherche à pourvoir 160 postes d’infirmiers (contrat minimum d’un an) dont des spécialisés (contrat minimum de trois mois), des médecins etc. « On recrute partout », clarifie-t-il, citant tout de même deux secteurs en pénurie : le pôle gynéco-obstétrique (maternités, néonatalogie), où des sage-femmes ont même pu signer des contrats d’un mois, et le service des urgences.

Si une partie du problème vient de la « mauvaise image » exportée de Mayotte, voire une « pénurie nationale » concernant le recrutement de professionnels médicaux, ce responsable depuis un an explique qu’il faut aussi, en interne, « améliorer le processus de recrutement, de l’arrivée du candidat jusqu’à son départ » et travailler sur des « mesures de fidélisation ». Telles que : l’allongement de la durée de contrat (ne serait-ce que pour avoir le temps de former les nouveaux arrivants), une réflexion sur la qualité de vie au travail (par des journées d’intégration, de l’encadrement) et sur les avantages financiers comme les aides à l’installation « face à la pénurie immobilière » et un parc immobilier du CHM « restreint ».

« Le serpent qui se mord la queue »

« Jusqu’à présent, on était sur des contrats assez courts parce qu’on avait ce besoin continuel de combler et de renforcer les effectifs au risque de fermer par exemple des maternités. Aujourd’hui, c’est important de repartir sur des durées de contrat plus longues pour pérenniser les postes, pas parce que ça va mieux mais parce que c’est nécessaire », a -t-il suggéré à la direction du CHM, quitte à conserver une flexibilité pour les périodes creuses, sans que des décisions sur de nouvelles durées soient prises. « On réfléchit sur pas mal de choses en ce moment. L’idée est que d’ici peu on puisse avancer sur ces sujets. » Il table sur le fait de « recruter moins mais recruter plus long ».

Car pour lui, « c’est le serpent qui se mord la queue ». « Un bon encadrement pour monter en compétences est un argument pour attirer des candidats mais c’est aujourd’hui délicat à cause du manque d’effectifs. Et s’il y a un manque d’effectifs, vous tirez sur la corde des agents, ça créé de l’épuisement. Ajouté à cela le contexte extérieur de Mayotte, ça pousse les gens à partir. Tant qu’on n’aura pas régler le souci des effectifs, les gens viendront mais ne resteront pas », tranche celui qui évoque avoir parlé avec des personnes qui partent de l’hôpital, non pas uniquement pour des raisons d’insécurité mais aussi d’organisation en interne. « Quand il y a un manque d’effectifs, ça entraîne forcément une organisation qui n’est pas efficiente. Ça un impact sur les agents », détaille-t-il, sans jeter la pierre sur les responsables.

Or, dans le travail de recrutement, il y a certes la communication gérée par May’Santé recrutement, cette première tournée en métropole et « la chasse aux candidats » réalisée par les consultants tout l’année, mais il y a aussi la cooptation, le réseautage. « Les infirmiers et les médecins parlent autour d’eux. Ce sont les premiers ambassadeurs. Si une mauvaise image est véhiculée, ça va très vite se savoir et se répercuter. Tandis que si on travaille sur l’accompagnement, le professionnel partira avec une bonne expérience et aura envie de recommander Mayotte », juge Yasser Moustoifa.

Un pari sur le long terme qui reste à étudier pour combler l’hôpital actuel et peut-être aussi réussir remplir le second hôpital en projet à Combani dont la construction est annoncée en 2025… Et éviter la coquille vide.

Mayotte Hebdo de la semaine

Mayotte Hebdo n°1090

Le journal des jeunes

À la Une

« Place nette » : un chantier d’embarcations illégales démantelé

L’opération « Place nette » continue à Mayotte. Cette semaine, une action coordonnée entre les services de l’État et la gendarmerie nationale a été menée cette...

De nouveaux cas de choléra détectés à Passamaïnty

Village qui a connu le premier cas de choléra recensé sur le territoire mahorais à la mi-mars, Passamaïnty compte cinq nouveaux cas autochtones, indique...

Assises : Des jumeaux accusés d’une tentative de meurtre à la hache pour un vélo

En février 2021, un jeune homme de 17 ans a reçu un coup de hache à la gorge à Pamandzi, pour une histoire de...

Trail du Caméléon : Pour Moustafa Maouinda, « courir, c’est un médicament »

Le club d’athlétisme de Mamoudzou (Cam) et la mairie de Mamoudzou lancent la quatrième édition du trail du Caméléon, ce dimanche 26 mai. Moustafa...

« Le festival de Cannes de Mayotte côté théâtre »

Pour sa septième édition, le festival de théâtre lycéen Baobab a été inauguré, ce mercredi 22 mai, au lycée des Lumières à Kawéni. Des...