Comores : devant la cour d’assises, il avoue l’assassinat de Naicha

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Le corps de la jeune femme avait été retrouvé dans un champ, incinéré par Fahami Moustoifa, qui a écopé de la peine capitale, tandis que son acolyte avec lequel ils ont essayé de dissimuler le cadavre après l’acte, est condamné à 25 ans de réclusion criminelle.

C’est une salle d’audience pleine à craquer qui assistait, hier à la très médiatisée affaire Naicha Mmadi, tuée, le 19 mai dernier, au sud de la Grande Comore. Trois prévenus étaient présents dans le box des accusés ce mercredi. Malgré l’important dispositif sécuritaire déployé et l’épuisement, la foule était encore debout à minuit, quand le verdict est prononcé. Emmenés d’un seul coup, vers 9h45, Fahami Moustoifa, son complice Athoumani Abdouroihmane et Elamine Moumine, ont été hués quand ils traversaient le couloir du tribunal menant à la salle. Fahami, est un aide-soignant qui travaillait au centre hospitalier de Foumbouni, où est originaire, sa collègue et victime Naicha Mmadi Abdou, 24 ans. Cette dernière lui avait confié 95 000 francs (190 euros) pour lui acheter un ordinateur portable. Ayant utilisé l’argent, le principal accusé l’invite à venir récupérer le Pc qui en fait n’a jamais été acheté, et profite de cette occasion pour la tuer. D’où la peine de mort prononcée contre lui par la cour d’assises.

Cette décision a surtout été motivée par beaucoup de raisons, a justifié, la présidente de la cour, l’ancienne procureure, Moaulida Djoubeire. D’abord, la préméditation. Pendant l’interrogatoire des accusés, les membres de la cour, l’avocat de la partie civile et le ministère public ont à travers leurs questions permis de découvrir que l’arrivée de la victime à Dzahadjou, où elle allait être sauvagement assassinée, avait été planifiée en amont.  » La veille, je lavais mes fringues et j’entends Fahami, à l’issue d’un appel téléphonique me prévenir qu’il tuerait cette fille [Naicha]. Mais je ne l’ai pas pris au sérieux« , a relaté, son complice, Athoumani Abdouroihamane, qui a été condamné à 25 ans de réclusion criminelle, après avoir bénéficié de circonstance atténuante. Le lendemain, 19 mai, Fahami, s’est rendu à l’atelier de menuiserie de son oncle Elamine, récupérer une hache tout remettant à son ami, Athoumane, une lame de ciseau pour l’aiguiser. Une version que tous les deux corroborent. Un autre apprenti, appelé à la barre en tant que témoin, présent ce jour-là à l’atelier le confirmera aussi.

Étouffer

Fahami, 22 ans, a en effet reconnu sans sourciller qu’il avait porté un coup de couteau dans la côte, avant de l’étouffer avec son châle, quand la jeune femme a essayé de crier. Dès qu’il a répondu par l’affirmative confirmant son acte, une réaction de dégoût subite envahit la salle.  » Pouah« , lance l’assistance. L’accusé nie toutefois l’usage d’un autre objet contondant, encore moins la hache.  » Je l’ai poignardée, puis elle est tombée par terre. Je savais qu’elle ne survivrait pas« , a poursuivi le tueur dans son récit glaçant. Il a martelé surtout avoir porté un seul coup alors que les éléments présentés à la barre mentionnent deux coups.

Une fois le crime commis, Athoumane entre dans la danse.  » Il m’avait appelé pour se rendre à la cabane tenir compagnie à la fille le temps de porter un sac de sa mère au marché. Je ne suis pas resté jusqu’à son retour. J’y suis retourné après avoir reçu son appel. Il ne parlait pas. C’est en étant sur place que je découvre ce qui s’est passé, Naicha gisait dans le couloir« , complète, Athoumani, qui nie toute implication dans la mort de la victime alors que son ami affirme le contraire.   » Quand il m’a raconté ce qu’il a fait et m’a demandé de l’aider, je lui dis qu’il m’a mis dans un sal pétrin« , indique, cet apprenti, originaire de Mohéli. Mais au lieu de dénoncer tout de suite Fahami, Athoumani l’aide à cacher le corps dans une chambre de la cabane. Tout ce soutien a motivé le maintien de l’infraction de recel de cadavre retenue par la chambre de mise en accusation contre les deux amis. Le soir-même, la copine de Fahami s’est rendue dans cette maison mais ne remarque rien.

Alcool pour brûler corps

Autre fait suspect, un jeune de 15 ans qui avait l’habitude de venir prendre son bain dans la cour de cette cabane est prié de quitter les lieux.  » Fahami se tenait devant la porte. Athoumani n’a pas parlé mais m’a fixé bizarrement. J’ai fini par partir« , a déclaré à la cour, le petit. Le soir, commence alors l’opération de dissimulation du corps.  Les deux acolytes prennent un sac en plastique et un drap pour l’envelopper et le transportent dans un champ.  » Je tenais la partie inférieure. Une fois fatigué j’échangeais avec Fahami« , reconnait Athoumani qui avoue s’être picolé ce jour-là. Pour incendier le cadavre, ils reconnaissent le recours à l’alcool. Mais la partie civile conteste cela.  » En aucun moment l’alcool n’aurait suffi pour calciner un corps un autre produit inflammable comme l’essence ou autre chose », rétorque, Maitre Idrisse Mze Mogne qui pendant ses plaidoiries a qualifié Athoumani de chef d’orchestre.  » Fahami n’aurait pas pu seul tuer Naicha. Impossible« , martèle-t-il.

En dépit d’un réquisitoire très accablant du ministère public, Elamine Moumine, propriétaire de l’atelier s’en est sorti. La cour l’a acquitté. Cet oncle du principal auteur avait été poursuivi pour complicité passive car il n’a pas dénoncé Athoumani qui s’était pourtant confié à lui, dès le 20 mai. Ce n’est finalement que le troisième jour qu’Elamine a conduit à la gendarmerie, son apprenti. Quelques heures plus tard, le corps de Naicha est retrouvé dans un champ. Après le verdict, le parquet général a annoncé faire appel de la peine prononcée contre Athoumani et l’acquittement d’Elamine. Pour rappel ce n’est pas la première fois que la peine de mort est prononcée à l’issues d’audiences de la cour d’assises. Le problème repose sur les exécutions. Depuis plus de 20 ans, aucun condamné à mort n’a été exécuté aux Comores.

Journaliste presse écrite basé aux #Comores. Travaille chez @alwatwancomore
, 1er journal des ?? / @Reuters @el_Pais @mayottehebdo ??

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