Du 12 au 16 octobre, l’Association pour le droit à l’initiative économique (ADIE) mène une campagne de mobilisation à Mayotte auprès des entrepreneurs de moins de 30 ans. Objectif : les sensibiliser à la gestion financière et leur donner les clés pour pérenniser leur activité. Les équipes sont allées à la rencontre des jeunes dans de nombreuses communes de l’île. En 2025, 133 jeunes Mahorais ont pu concrétiser leur projet grâce au soutien de l’ADIE, soit 13 % des porteurs de projet accompagnés localement.
Flash Info : Vous placez l’entrepreneuriat des jeunes au cœur de cette campagne organisée à Mayotte du 12 au 16 octobre 2026. Pouvez-vous nous expliquer plus précisément en quoi consiste cette initiative et quels sont ses objectifs ?
Tamara Guistinati : Trois fois par an, l’ADIE organise des semaines dédiées à l’entrepreneuriat. Après l’entrepreneuriat dans les quartiers, en février, et l’entrepreneuriat féminin, en juin, cette édition d’octobre met à l’honneur les jeunes entrepreneurs.
L’objectif est de promouvoir l’entrepreneuriat à travers des événements organisés partout en France, au plus près du public. Cette semaine, nous mettons donc l’accent sur l’entrepreneuriat des jeunes à Mayotte, avec des actions organisées chaque jour.
Demain, à Kawéni, nous organisons le marché des entrepreneurs, qui rassemble des personnes que nous accompagnons et finançons. L’événement se tiendra à la MJC de Kawéni.
Nous participons également au forum des métiers et de l’insertion organisé par la municipalité de Dembéni, où nous tiendrons un stand. Nous organisons aussi une réunion d’information à Combani, en partenariat avec la Mission locale. Nous avons également participé à l’organisation du village des entrepreneurs et de l’insertion à la MJC de Combani, avec la présence de nombreux centres de formation. Nous avons ainsi pu apporter des informations spécifiques aux jeunes.
Jeudi, nous organiserons une réunion d’information dans le nord de l’île, à Acoua, avec l’association Tarifitika. Enfin, vendredi matin, une information collective se tiendra à la Mission locale de Petite-Terre.
De nombreuses actions sont donc organisées tout au long de la semaine, sur l’ensemble du territoire, car l’ADIE souhaite privilégier un accompagnement de proximité.
L’ADIE Mayotte dispose actuellement de deux agences : notre agence principale à Kawéni, à Mamoudzou, et une autre à Bandrélé, où nous organisons l’événement d’aujourd’hui. Une troisième agence ouvrira à Tsingoni la semaine prochaine.
Pour aller à la rencontre des entrepreneurs sur l’ensemble du territoire, l’ADIE assure également des permanences dans plusieurs communes, notamment en Petite-Terre, à Hamjago, à Sada, à Ouangani et à Dembéni. Elle dispose aussi de la BIMobile, une camionnette aménagée en bureau mobile qui permet d’accueillir et de renseigner directement le public.
F.I. : Mayotte est un territoire particulièrement jeune. Constatez-vous un réel engouement des jeunes pour l’entrepreneuriat ? Sont-ils de plus en plus nombreux à se lancer dans la création d’entreprise ?
T.G. : Malgré une population très jeune, les jeunes Mahorais restent peu représentés parmi les personnes accompagnées par l’ADIE. Nous multiplions donc les actions auprès des centres de formation afin de mieux les informer sur les démarches administratives et les possibilités d’accompagnement.
Le principal frein reste l’accès au financement. Nous souhaitons rappeler que chacun peut entreprendre, quel que soit son niveau de diplôme, à condition de bénéficier d’un financement et d’un accompagnement adaptés.
F.I. : En 2025, 133 jeunes Mahorais ont pu concrétiser leur projet grâce à l’accompagnement de l’ADIE. Quels sont vos objectifs pour 2026 ? Combien de jeunes entrepreneurs souhaitez-vous accompagner cette année à Mayotte ?
T.G. : Nous n’avons pas fixé d’objectif chiffré précis, mais notre volonté est d’augmenter ce nombre. Pour vous donner une idée de la proportion que cela représente, nous avons financé 1 025 entrepreneurs à Mayotte l’année dernière. Les jeunes âgés de 18 à 30 ans représentent une part encore très faible de ce public.
C’est pourquoi nous multiplions les actions à leur destination et les initiatives d’information, aussi bien auprès des centres de formation que des missions locales et de l’ensemble des organismes en contact avec les jeunes.
L’ADIE souhaite rappeler que l’entrepreneuriat est accessible à tous et qu’elle propose des solutions de financement et d’accompagnement adaptées aux jeunes.
F.I. : Concrètement, quelles sont les solutions que vous proposez ?
T.G. : Nous adaptons surtout le montant des financements afin de ne pas mettre les jeunes en difficulté. L’objectif n’est pas de leur prêter 15 000 euros dès le départ, mais de procéder progressivement pour accompagner la création et le développement de leur entreprise.
La particularité de l’ADIE est que nous pouvons financer un entrepreneur plusieurs fois, en fonction de ses besoins. Par exemple, nous pouvons commencer par financer l’achat d’un stock. Une fois l’activité lancée et les premiers résultats obtenus, nous pouvons accorder un nouveau financement, d’un montant plus important, pour accompagner son développement.
Nous ajustons ainsi le financement aux besoins de chaque entrepreneur afin de ne pas le mettre en difficulté.
F.I. : Concrètement, comment faites-vous pour identifier et toucher ces jeunes ? Travaillez-vous avec les centres communaux d’action sociale (CCAS), par exemple, afin que leurs agents puissent vous orienter vers les jeunes qui ont des projets entrepreneuriaux ?
T.G. : Une grande partie des permanences que je vous ai présentées tout à l’heure se tient dans les locaux des CCAS ou des maisons France Services. Nous travaillons en étroite collaboration avec ces structures. Il s’agit d’un véritable travail de proximité : leurs équipes nous connaissent et nous orientent spontanément les personnes qui souhaitent entreprendre.
Ce matin, avant le début de l’événement, j’ai notamment échangé avec le responsable de la Mission locale, qui nous a orienté, au cours des quinze derniers jours, deux jeunes porteurs de projets de création d’activité.
Nous travaillons également avec le Régiment du service militaire adapté (RSMA) pour toucher les jeunes. Cet organisme dispose lui aussi d’un dispositif d’accompagnement à la création d’entreprise. Notre objectif est donc de leur proposer des solutions de financement à leur sortie du RSMA.
Nous privilégions avant tout le travail de proximité et la démarche d’« aller-vers », afin de rencontrer directement les personnes susceptibles d’avoir besoin de nos services.
Pour aller à la rencontre des jeunes, l’ADIE dispose notamment d’une camionnette aménagée qui lui permet d’intervenir directement sur le terrain. Les équipes peuvent également se déplacer à pied, en parcourant les rues des villages pour rencontrer les commerçants, les habitants et, naturellement, les jeunes.
L’association travaille aussi en étroite collaboration avec les CCAS et les maisons France Services. Ces partenariats facilitent les échanges et l’orientation des personnes qui souhaitent se lancer dans l’entrepreneuriat.
F.I. : Pour terminer, concernant le marché organisé demain à la MJC de Kawéni, qu’est-ce qui est prévu sur place ? Y aura-t-il des stands tenus par des entrepreneurs qui ont réussi et qui pourront partager leur expérience, conseiller les jeunes et leur expliquer les démarches qu’ils ont suivies pour se lancer ?
T.G. : L’ADIE organise plusieurs fois par an des marchés à Kawéni afin de mettre en avant les entrepreneurs qu’elle accompagne et finance. Prêt-à-porter, artisanat, maraîchage, produits de beauté ou encore coiffure : des professionnels de différents secteurs viennent présenter et vendre leurs produits et services sur des stands mis gratuitement à leur disposition par l’association.
L’objectif est de leur offrir une véritable vitrine, notamment à ceux qui ne disposent pas de leur propre local, afin de développer leur activité et de se faire connaître. L’ADIE contribue également à leur visibilité en relayant leurs produits et leurs activités sur ses réseaux sociaux.
Ce marché est aussi l’occasion de favoriser les échanges avec les jeunes. Nous avons contacté les structures associatives du quartier de Kawéni pour les inviter à venir à la rencontre de ces entrepreneurs.
L’idée est de permettre aux jeunes de découvrir des parcours concrets, de poser leurs questions et de recueillir les témoignages de personnes qui ont franchi le pas de la création d’entreprise.
Journaliste passionnée. Je consacre mon travail à éclairer les réalités locales, nourrissant ma plume d’une veille culturelle constante. Hors des écrans, je retrouve mon équilibre et ma clarté dans le rythme apaisant de la marche.





































