Tortues marines à Mayotte : un centre de soins attendu pour mieux les protéger

François-Elie Paute est le responsable du pôle connaissance et capacitaires soins tortues marine de l’association Oulanga depuis maintenant neuf ans. L’association œuvre pour la protection des tortues marines, mène des actions de sensibilisation auprès du public et participe à la prise en charge des tortues marines en détresse.

Aujourd’hui, il va nous expliquer comment l’association agit concrètement pour assurer la protection de ces espèces, mais aussi nous faire le point sur l’avancement du projet de création d’un centre de soins dédié aux tortues marines.

Flash Info : l’association Oulanga œuvre depuis plusieurs années à Mayotte pour la protection des tortues marines. Quelles sont vos principales actions sur le terrain et, avec le recul, avez-vous constaté une évolution de la situation, notamment concernant le braconnage des tortues marines ?  

François-Elie Paute : L’association Oulanga est une ancienne association, créée en 1998. À ses débuts, elle fonctionnait uniquement grâce à des bénévoles et s’était constituée dans un contexte de lutte contre le braconnage des tortues marines. Mais, au fil du temps, ils se sont rendu compte que ces actions n’étaient pas suffisantes pour lutter efficacement contre ce phénomène. L’association a donc progressivement structuré ses activités autour de plusieurs domaines d’intervention. Aujourd’hui, elle s’organise en trois pôles, qui permettent de diversifier ses actions en faveur de la protection des tortues marines.

Le premier est le pôle Sensibilisation. Des professionnels interviennent régulièrement dans les établissements scolaires, mais aussi auprès du grand public, afin de sensibiliser à la protection des tortues marines.Le deuxième est le pôle Connaissance, dont je suis responsable. Son objectif est de développer les connaissances scientifiques sur les tortues marines présentes à Mayotte, afin de mieux comprendre ces espèces et leurs besoins.Enfin, le troisième est le pôle Protection, auquel je participe également. Il s’agit d’agir concrètement sur le terrain pour lutter contre le braconnage, en collaboration avec différents partenaires.Depuis 2025, l’association anime également le réseau Échouages des mammifères marins et des tortues marines de Mayotte, auparavant coordonné par le Parc naturel marin.

F.I : Depuis la création de l’association en 1998, avez-vous constaté une évolution du braconnage des tortues marines à Mayotte ? Est-ce que ce phénomène a augmenté au fil des années, ou les actions de surveillance et les sanctions mises en place ont-elles permis de faire évoluer la situation ?

F.P : À Mayotte, de nombreuses tortues marines sont victimes de braconnage. Mais lorsqu’aucun témoin n’est présent pour constater ces actes, ils ne sont pas comptabilisés dans les chiffres officiels.L’île compte plus de 300 plages, dont environ 180 sont fréquentées par les tortues marines pour la ponte. Il est donc particulièrement difficile de surveiller l’ensemble de ces sites et d’évaluer précisément l’ampleur du braconnage.C’est pour cette raison que nous avons mis en place un réseau de suivi en 2010, afin de mieux recenser les cas de braconnage et d’obtenir des données plus fiables.Selon nos estimations, entre 100 et 300 tortues marines sont braconnées chaque année à Mayotte. Ces chiffres constituent toutefois un minimum, car tous les actes ne sont pas observés et recensés. Le nombre réel pourrait donc être bien plus élevé.Nous réalisons également des suivis plus réguliers sur certaines plages, ce qui nous permet d’observer les évolutions locales. Cependant, une baisse du braconnage sur une plage ne signifie pas nécessairement que la situation s’améliore à l’échelle de Mayotte, puisque le phénomène peut se déplacer vers d’autres sites.Aujourd’hui, nous pouvons donc estimer qu’entre 100 et 300 tortues marines sont braconnées chaque année à Mayotte, depuis la mise en place du réseau en 2010, sans pouvoir déterminer précisément le nombre réel de victimes.

F.I : Je me souviens avoir vu des reportages sur des personnes qui effectuaient des patrouilles nocturnes sur les plages pour surveiller les tortues marines et les protéger du braconnage. Est-ce que votre association joue-t-elle dans ce dispositif ?

F.P : En effet, une équipe dédiée à la protection des tortues marines a été mise en place dans le cadre du Pacte Tortues, créé par la préfecture de Mayotte. Plusieurs associations et naturalistes bénéficient de ce dispositif, notamment Regard du Cœur et Oulanga.De notre côté, au sein de l’association Oulanga, nous intervenons principalement sur Petite-Terre et dans l’ouest de Mayotte. Nos équipes assurent une surveillance des plages afin de repérer les éventuels actes de braconnage.Nous travaillons en collaboration avec les forces de l’ordre, mais nous n’intervenons pas directement auprès des braconniers. Notre rôle consiste plutôt à observer le terrain, à recueillir des informations et à signaler les activités suspectes aux autorités compétentes.Nous effectuons également des sorties en journée pour observer les plages et suivre la situation. D’ailleurs, lorsque vous m’avez contacté ce matin, j’étais justement sur le terrain pour vérifier ce qui se passait sur certaines plages.Il est essentiel de se rendre régulièrement sur place, car certaines plages sont peu surveillées. Pour savoir si des actes de braconnage ont lieu, il faut pouvoir observer le terrain et assurer un suivi régulier.

F.I : Aujourd’hui, vous portez un projet de création d’un centre de soins pour les tortues marines à Mayotte. Quelles seront ses missions et comment permettra-t-elle de prendre en charge les tortues blessées ?

F.P :  Le braconnage n’est pas la seule menace qui pèse sur les tortues marines à Mayotte. La pêche représente également un danger important, notamment la pêche accidentelle. Contrairement à la pêche ciblée, où les pêcheurs cherchent volontairement à capturer des tortues, il arrive que des tortues soient accidentellement prises dans des filets ou blessées par des hameçons alors que les pêcheurs cherchent à capturer des poissons. Nous estimons qu’au moins 60 tortues marines par an auraient besoin de soins à la suite de ce type d’incident.

Depuis plusieurs années, nous récupérons des tortues blessées et travaillons avec un vétérinaire pour leur apporter les premiers soins. Cependant, leur prise en charge ne s’arrête pas aux soins vétérinaires. Comme pour un être humain hospitalisé, il est nécessaire de surveiller ensuite l’évolution de leur état de santé et de s’assurer de leur rétablissement. C’est précisément pour répondre à ce besoin que nous avons lancé le projet de création d’un centre de soins à Mayotte. Les besoins sont de plus en plus importants sur le territoire. Une autre menace est également liée à l’augmentation du trafic maritime. Avec davantage de bateaux en circulation, les collisions avec les tortues marines sont de plus en plus fréquentes. Nous retrouvons régulièrement des tortues présentant des blessures caractéristiques de chocs avec des embarcations, notamment au niveau de leur carapace.

Donc on peut les retrouver encore vivants et si on n’a pas les infrastructures et notamment en fait un centre de soins qui est équipé de bassins avec de long mer filtrées pour garder ses animaux vivants, c’est aujourd’hui très compliqué pour nous de le faire donc on est un peu dans une situation où on le fait, mais on relâche directement l’animal dans la nature sans vraiment avoir l’assurance que il est toujours en bonne santé. Voilà donc on a fait ce projet-là il y a plusieurs années maintenant. On a eu plusieurs difficultés qui sont arrivées. Au début c’était avec la guerre en Ukraine qui a fait augmenter un peu tous les prix des matériaux On a eu Shido et depuis Shido, le projet est à l’arrêt. On avait des financements qui étaient fléchés qui ont été redistribués On doit remettre à jour notre plan de financement qui est en cours qui est en cours aujourd’hui.

F.I : Aujourd’hui, le projet de centre de soins est à l’arrêt. Avez-vous une idée du délai nécessaire pour relancer le projet ? Pensez-vous pouvoir reprendre les travaux dans les prochains mois, ou faudra-t-il encore attendre plusieurs années avant que le centre puisse voir le jour ? 

F.P :  ça dépend vraiment des financements plus vite on trouvera le reste d’argent nécessaire. C’est autour de 1 million d’euros. On a déjà la moitié. On a des discussions en cours avec des avec des financiers, notamment sur des fonds européens dès qu’on peut reprendre, on reprendra et la particularité de ce centre de soins, c’est pas uniquement un centre de soins. Je parlais tout à l’heure grosses missions de l’association c’est de faire la sensibilisation et en fait, on a un musée qui est associé à ce centre de soins, on a toute une muséographie qu’on a prévue qu’on a imaginé autour de la tortue pour accueillir les scolaires et le grand public dans cette maison de la tortue.

F.I : Lorsqu’une tortue marine est soignée puis relâchée dans son milieu naturel, est-il possible de suivre son évolution par la suite ? À l’étranger ou dans l’Hexagone , certains centres de soins équipent les animaux de balises pour observer leurs déplacements et vérifier leur état de santé. Est-ce une pratique que vous envisagez également à Mayotte, ou avez-vous déjà mis en place ce type de suivi ?

F.P : Alors c’est prévu, pas plus tard que hier on a commandé des balises justement pour suivre ces animaux après des soins donc ça c’est des choses qu’on prévoit de faire donc elles vont arriver d’ici quelques mois ça vient des États-Unis mais voilà l’idée c’est de voir en fonction des soins qu’on prodigue sur ces individus-là, voir un peu comment ils vont réagir dans le milieu s’ils vont survivre et si oui combien de temps Voilà donc ça c’est notre première question et après on a d’autres questions savoir où est-ce qu’ils vont se reproduire ou s’alimenter donc  ça nous permet aussi de répondre à ces questions.

J’imagine que dans quelques mois après il faut avoir l’opportunité d’avoir un animal quand même en bonne santé et c’est un peu la problématique que je disais c’est qu’aujourd’hui on les relâche. Mais pas forcément en très bonne santé, on n’a pas l’infrastructure pour vraiment faire en sorte de garder l’animal, le surveiller, faire en sorte qu’il reprenne des forces pour le relâcher, on va dire dans de bonnes conditions et donc mettre une balise sur l’animal qui n’est pas en très bonne santé, on va devoir se poser la question et voilà c’est toujours une balance entre le succès de réussite ou pas on verra on verra si l’occasion se présente.

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Journaliste passionnée. Je consacre mon travail à éclairer les réalités locales, nourrissant ma plume d’une veille culturelle constante. Hors des écrans, je retrouve mon équilibre et ma clarté dans le rythme apaisant de la marche.

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