Une mère de famille a été condamnée à deux ans de prison avec sursis probatoire pour avoir brûlé son fils de huit ans au visage à l’aide d’un couteau chauffé sur une gazinière. Devant le tribunal correctionnel, elle a soutenu qu’il s’agissait d’un accident, tout en reconnaissant avoir voulu effrayer l’enfant. Une version contestée par le garçon, présent à l’audience, et qui n’a pas convaincu les magistrats.
« N’aie pas peur de moi, je suis ta mère. » Assise face au tribunal, une femme d’une trentaine d’années s’adresse à son fils de huit ans, présent dans la salle d’audience. Les pieds se balançant sous sa chaise, le petit garçon écoute sa mère revenir sur les circonstances dans lesquelles il a été brûlé au visage. Une blessure au second degré, s’étendant de la paupière inférieure jusqu’à la lèvre.
À la barre, la prévenue ne conteste pas avoir chauffé le couteau, mais assure que la brûlure était accidentelle. Elle raconte avoir découvert que son fils avait fumé une cigarette en son absence. Furieuse, elle aurait voulu savoir où il se l’était procurée. « J’étais tellement en colère que j’ai chauffé le couteau », explique-t-elle. Son intention, affirme-t-elle, était uniquement de lui faire peur pour obtenir une réponse. Le couteau aurait alors accidentellement touché son visage.
« Moi, je ne peux pas comprendre que vous trouviez logique de prendre un couteau chauffé à blanc pour lui faire répondre à une question », lui rétorque la magistrate. D’autant que le récit de l’enfant est différent. Lors de ses auditions, le garçon a affirmé que sa mère lui avait volontairement appliqué la lame brûlante sur le visage. Il a également décrit d’autres violences, comme des coups portés avec un câble de chargeur de téléphone ou des branchages.
Un enfant terrorisé à l’idée de rentrer chez lui
Les investigations ont mis en évidence des traces de blessures plus anciennes. Auprès du psychologue, le garçon a également fait état de cauchemars, survenant deux fois par semaine, et de sa peur de retourner vivre auprès de sa mère. À huit ans, il expliquait préférer rester dehors plutôt que de rentrer chez lui et risquer une punition. Ses frères et sœurs auraient également subi des violences.
Autre élément qui interpelle le tribunal : après la brûlure, la mère n’a pas fait soigner son fils. Ni consultation médicale, ni passage à la pharmacie, ni même application de pommade. L’enfant s’est rendu à l’école avec sa blessure, avant qu’une enseignante ne donne l’alerte. Les quatre enfants vivant avec leur mère ont depuis été placés sous la protection de la justice.
Interrogée à plusieurs reprises sur ce que son fils a pu ressentir, la prévenue revient systématiquement sur l’épisode de la cigarette. Lorsqu’une assesseure lui demande si elle s’est excusée, elle répond lui avoir expliqué que son geste n’était pas intentionnel. « C’était un accident, moi je te pardonne parce que tu n’es qu’un enfant », rapporte-t-elle.
« Ce n’est pas de l’éducation, c’est de la maltraitance »
Invitée par le procureur à s’adresser directement à son fils présent dans la salle, la mère se lance dans un long discours sur les sacrifices consentis pour l’élever, le nourrir et le scolariser. Elle évoque aussi les espoirs qu’elle place en lui pour son avenir. « Je ne l’aurais pas tué parce que je compte énormément sur lui », affirme-t-elle.
« Beaucoup de paroles où vous parlez de vous, je n’ai pas entendu d’excuse », relève le procureur, qui déplore son « absence d’empathie » et son incapacité à prendre du recul.
« Mettre au monde un enfant ne suffit pas à faire de vous une mère. Être une mère, c’est aussi le protéger. Il y a effectivement les espoirs que vous avez en cet enfant, mais il y a aussi les espoirs que votre enfant a en vous, le premier étant que vous ne soyez pas une menace pour lui » commente à son tour la juge.
Même constat du côté de l’avocat de l’enfant, Me Abdel Lattuf, qui revient notamment sur une expression employée par la prévenue : son fils serait désormais « l’enfant des juges ». Il y voit une manière de se décharger de sa responsabilité. « C’est une phrase qu’on entend ici et là à Mayotte. On entend dire qu’on ne peut pas éduquer nos enfants comme on veut, mais ça, ce n’est pas de l’éducation, c’est de la maltraitance », insiste-t-il. Pour l’avocat, le garçon gardera toute sa vie sur son visage la trace de ce que lui a fait subir sa mère.
Le ministère public estime également que les violences ne peuvent être réduites à un simple accident. Les déclarations de l’enfant, corroborées par celles de sa petite sœur, ainsi que la présence d’anciennes blessures témoignent, selon lui, de violences répétées. Il requiert trois ans d’emprisonnement, dont deux assortis d’un sursis probatoire, ainsi que le retrait total de l’autorité parentale sur le garçon.
En défense, l’avocat de la mère évoque une femme dépassée par la colère et le sentiment d’échec face au comportement de son fils. Il insiste également sur la souffrance provoquée par le placement de ses quatre enfants, qu’il présente comme une sanction déjà considérable.
Avant que le tribunal ne se retire pour délibérer, la prévenue supplie les magistrats de ne pas l’envoyer en prison. « Je souffre énormément », affirme-t-elle, demandant à rester libre et à bénéficier d’un accompagnement pour démontrer qu’elle a compris la gravité de ses actes et qu’elle ne recommencera pas.
Le tribunal la déclare finalement coupable et la condamne à deux ans d’emprisonnement entièrement assortis d’un sursis probatoire de deux ans. Elle devra notamment suivre un stage de parentalité, respecter des obligations de formation ou d’insertion professionnelle et s’acquitter des sommes dues aux parties civiles.
Les magistrats ne se prononcent pas sur le retrait de l’autorité parentale, une procédure étant déjà engagée devant le juge aux affaires familiales. Ils écartent également l’interdiction du territoire français, compte tenu de la présence à Mayotte de ses enfants, toujours suivis par le juge des enfants. La mère évite ainsi l’incarcération. Ses quatre enfants, eux, restent placés. Quant au garçon de huit ans, il a confié au psychologue vouloir devenir militaire, pour « tuer les méchants et sauver les gentils ».
Passionnée par la petite et la grande histoire d'hier et d'aujourd'hui j'aime raconter le quotidien des personnes qui fondent un territoire.




































