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Après plusieurs journées de mobilisation dans les lycées de Mayotte, le calme semblait revenir ce jeudi 8 octobre dans les établissements, malgré de nombreuses absences liées à l’inquiétude des familles. Au lycée des Lumières, à Kaweni, une vingtaine d’enseignants ont fait grève pour soutenir les revendications des élèves, tandis que la direction s’efforce d’apporter de premières réponses. Mais à la veille des vacances de la Toussaint, une question se pose : le mouvement parviendra-t-il à reprendre après deux semaines d’interruption ?
Une vingtaine d’enseignants grévistes, des banderoles accrochées devant les grilles du lycée des Lumières et un établissement fonctionnant au ralenti : ce jeudi matin, au lycée des Lumières à Kaweni, la mobilisation lycéenne entamée mardi se poursuivait sous une forme plus calme. Après les élèves, c’était au tour d’une partie des professeurs de se mettre en grève pour soutenir leurs revendications.
La veille, une assemblée générale avait réuni enseignants et personnels de l’établissement pour faire le point sur la situation. Alors que la consigne nationale était plutôt de fermer les lycées concernés par les troubles, Éric Gaucy, proviseur par intérim des Lumières et également proviseur adjoint à Tsararano, a choisi de maintenir une ouverture partielle. Ce jeudi, seuls les élèves de terminale et de BTS étaient accueillis.
Une solution qui ne fait pas l’unanimité. Pour une enseignante rencontrée sur place, cette réduction des effectifs contribue aussi à “ limiter la mobilisation” . “ Mais c’est toujours mieux qu’une fermeture complète “, reconnaît-elle.
Des devis pour les toilettes, les fontaines et les climatiseurs
Le proviseur semble néanmoins avoir entendu les revendications des élèves. Sans attendre, Éric Gaucy a entrepris de faire établir des devis pour plusieurs réparations relevant directement de ses compétences : remise en état des sanitaires et des fontaines à eau, réparation des climatiseurs et sécurisation des fenêtres exposées aux caillassages.
Des premières mesures concrètes, même si elles ne suffiront évidemment pas à résoudre l’ensemble des difficultés dénoncées depuis mardi : sureffectifs, manque de salles et d’enseignants, bâtiments dégradés ou encore transports scolaires imposant à certains élèves des journées allant de 5 heures du matin à 20 heures.
“On sait très bien que tous ces problèmes ne vont pas se régler d’un coup de baguette magique”, souligne une enseignante gréviste, consciente que les moyens financiers nécessaires dépassent largement ceux dont dispose la direction de l’établissement. Mais, selon elle, l’enjeu est également de montrer que Mayotte participe pleinement au mouvement national. « Nous avons parmi les lycées les plus chargés de France. Il est important que Mayotte soit présente dans cette mobilisation », insiste-t-elle.
Le rectorat accusé de “vouloir gagner du temps”
Mercredi, dix représentants du Conseil de la vie lycéenne (CVL), cinq titulaires et leurs cinq suppléants, ont également participé à une visioconférence avec le rectorat. Parmi les réponses apportées figure la mise en place d’une plateforme nationale destinée à recueillir les revendications des élèves.
Une initiative jugée largement insuffisante par les enseignants mobilisés. “ Il n’y a aucun engagement concret “, déplore l’une d’entre eux, qui regrette notamment l’absence de rencontre directe entre les représentants lycéens et le ministre de l’Éducation nationale.
Pour cette enseignante, le rectorat chercherait surtout à temporiser jusqu’aux vacances scolaires, dans l’espoir que la mobilisation s’essouffle. Une interprétation partagée par plusieurs soutiens du mouvement, mais qui reste leur appréciation de la situation.
Le calendrier pourrait effectivement jouer un rôle déterminant. À Mayotte, les vacances de la Toussaint débuteront après les cours du samedi 10 octobre, avec une reprise prévue le lundi 26 octobre. Deux semaines durant lesquelles les lycéens ne se retrouveront plus quotidiennement dans leurs établissements.
Un retour au calme, mais des parents toujours inquiets
Ailleurs sur le territoire, la situation semblait globalement plus apaisée ce jeudi, même si les inquiétudes des familles se traduisaient par de nombreuses absences. Au lycée polyvalent de Kaweni, théâtre de violents affrontements mardi, les cours ont repris normalement selon la direction. À Tsararano, quelques élèves se sont encore rassemblés devant l’établissement sous surveillance des gendarmes, sans troubles signalés. À Kahani, les effectifs étaient particulièrement réduits dans les transports scolaires, certains parents préférant garder leurs enfants à la maison.
À Chirongui, après les violences de mardi et le boycott des cours par des familles mercredi, une reprise était également prévue ce jeudi, accompagnée d’un temps d’échange sur les événements.
À Sada, où de nouveaux incidents ont éclaté mercredi aux abords du lycée, certains parents appellent désormais leurs enfants à “changer de stratégie”. Sans remettre en cause leurs revendications, ils souhaitent que les manifestations se déroulent à l’intérieur de l’établissement, en concertation avec la direction, afin d’éviter que des jeunes extérieurs au lycée ne profitent du mouvement pour s’y infiltrer et provoquer des violences.
Reste désormais à savoir si cette accalmie annonce la fin du mouvement ou seulement une parenthèse. Aux Lumières, personne ne semble pouvoir dire aujourd’hui si les élèves reprendront leur mobilisation au retour des vacances. L’éventuelle participation de certains lycéens au mouvement des Gilets jaunes annoncé pour le 17 octobre demeure tout aussi incertaine.
Nora Godeau est journaliste indépendante à Mayotte. Elle couvre les enjeux sociaux, culturels et environnementaux du territoire, avec une attention particulière portée aux voix locales et aux initiatives de terrain.




































