Bientôt un meilleur procédé pour dessaler l’eau de mer à Mayotte, sans doute plus écologique et plus respectueux de l’environnement que l’usine d’Hironi-Bé actuellement en cours de construction. Une société de Perpignan aurait conçu des cuves permettant de retirer le sel de l’eau de mer avant qu’elle ne soit rendue potable. Il s’agirait d’un concept en cours de vulgarisation à l’international, exporté sur l’île à la suite d’un appel d’offres remporté par la société Technofil Industrie, installée à Perpignan. Huit de ces cuves seraient en route pour notre île.
Mayotte post-Chido serait-elle devenue la terre promise des vendeurs de rêves toutes catégories, entre nouvel « eldorado » et Far West ? Tout (ou presque) est bon pour être fourgué à ses populations, des concepts les plus novateurs à forte utilité avérée aux idées les plus farfelues, n’ayant jamais été expérimentées ailleurs mais que d’aucuns pensent vendre comme du sûr, à grand renfort de fonds publics.
Un petit tour sur les réseaux sociaux et l’on s’aperçoit que l’île est quasiment devenue le dernier label en vogue pour tous les marchands de vent de la planète. Il y a les yourtes mongoles garanties contre la chaleur et l’humidité, la case de l’oncle Tom à fibres de bambou et de raphia, la crème miracle des vahinés à base d’huile de ricin venue de Chine, la vache cambodgienne à trois têtes pour l’Aïd El-Fitr, le gnou tibétain à fourrure super épaisse pour se protéger des
Tout est proposé à des prix imparablement élevés, sans comparaison aucune. Mais les notices d’emploi vous expliquent évidemment le processus à mettre en œuvre sans que cela ne coûte un seul centime aux Mahorais, puisque ces procédés de dernière génération sont supposés être finançables au moyen des quatre milliards d’euros de la reconstruction-refondation de Mayotte post-Chido, à défaut d’une cagnotte miraculeuse qui pourrait tomber de Ministère de l’Économie et des Finances par on ne sait quel enchantement.
C’est une frénésie sans pareille qui fait tourner la tête et perdre la boule aux plus audacieux attrapeurs de nigauds. Certains débarquent de l’avion quasiment en guenilles, d’autres sapés comme des flambeurs monégasques, et s’étonnent de ne pas trouver où se loger à la hauteur de leurs prétentions, en oubliant l’essentiel : ils prennent pied sur l’archipel de Mayotte, « la terre de la résilience ».
Par conséquent, « rien ne sert de courir : il faut juste prendre sa patience à deux mains et savoir partir à point ». Cette remarque nous vient d’Alfred, un petit malin à la chevelure touffue, à mi-chemin entre l’ère punk des îles et la période post-Rasta.
« Aïe, aïe, aïe, aïe », chantonne-t-il sur un air innocent, tel un pêcheur du dimanche faisant mine d’attendre la marée montante sur le platier de Gnoumakouni, face à la piste d’aviation de Pamandzi, qui ne cesse de s’enfoncer inexorablement dans l’océan. Sans doute sous le poids des rêves inatteignables de ces porteurs de projets sans aucune chance de se réaliser un jour sur la « terre de la résilience ».
Alfred se réveille tout d’un coup de sa torpeur de reggae man attardé, comme piqué par une scolopendre des sables :
« Hey, ils ne seraient pas totalement chleus et un peu fadas, ces types ? Ici, on a la mer en pagaille depuis des lustres, man. Nous savons que c’est de l’or ailleurs dans le monde, mais jamais pour nous, Mahorais ! Tu vois l’ami, on est loin du désert du Kalahari, mais on a vachement soif, wallah ! »
Hilarité générale autour de lui… Mais Alfred a-t-il tort dans sa tirade ? Ses propos ne reflètent-ils pas un message caché ?
Journaliste politique & économique




































