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« Ombre de Chido, miroir étoilé » : le récit d’expérience poétique d’une jeune autrice de Vahibé

« Ombre de Chido, miroir étoilé » : le récit d’expérience poétique d’une jeune autrice de Vahibé
Atteinte de polyarthrite rhumatoïde depuis son enfance, Soiyarta a trouvé refuge dans l’écriture

Soiyarta Attoumani, jeune autrice de 29 ans en situation de handicap résidant à Vahibé, publie sur Amazon le récit de son expérience du cyclone Chido le 14 décembre 2024. Un récit qu’elle a voulu poétique puisque ce genre la passionne depuis ses débuts d’écrivaine en 2022.

« Ce livre est né d’un besoin de transmettre, de rendre hommage et de transformer la douleur en lumière. Il tisse les voix de celles et ceux qui ont vécu l’inimaginable et cherche à préserver la mémoire d’un événement qui a marqué durablement Mayotte », déclare la jeune autrice Soiyarta Attoumani. Née en 1996 à Anjouan, on lui découvre à l’âge de 9 ans une polyarthrite rhumatoïde qui l’empêche de poursuivre sa scolarité et incite ses parents à effectuer la dangereuse traversée en kwassa jusqu’à Mayotte en 2015.

Grâce aux médecins du CHM, sa maladie a pu être stabilisée, même si elle l’a quand même clouée dans un fauteuil roulant. Ne pouvant que peu sortir, Soiyarta a mis à profit son temps libre pour lire et rattraper, en autodidacte et avec l’aide de diverses personnes bienveillantes, ses années de scolarité perdues. « J’ai toujours aimé la littérature, car elle permet de voyager sans avoir besoin de prendre l’avion », confie-t-elle.

En 2018, elle reçoit un ordinateur en cadeau de la part de l’association « Musique à Mayotte », qui a réalisé une opération de bienfaisance à destination des personnes les plus démunie à l’occasion de l’anniversaire de ses 20 ans de création. C’est ce cadeau qui a donné envie à Soiyarta de se consacrer à l’écriture. « Plus jeune je voulais devenir psychologue, mais comme cela n’a pas été possible à cause de ma maladie, j’ai décidé de me consacrer à l’écriture, une activité qui me passionnait aussi depuis longtemps », explique-t-elle.

Son premier récit, « Mi vida », narre son enfance à Anjouan, la découverte de sa maladie et sa traversée jusqu’à Mayotte. Le second, « Naufrage du cœur », est un recueil de poésie, genre qu’elle affectionne tout particulièrement depuis sa lecture des poèmes d’Arthur Rimbaud. Enfin, après la catastrophe de Chido, qui a entièrement « soufflé » sa maison, elle a ressenti le besoin de raconter cette expérience dans un témoignage poignant, qui mêle récit et poésie.

Des « leçons tirées » de l’expérience de Chido

Si Soiyarta et sa famille ont beaucoup souffert des conséquences du cyclone, la jeune femme refuse de ne voir cet évènement que comme une catastrophe et parvient à en tirer des enseignements positifs. « Chido nous a expulsé de notre routine quotidienne et nous a permis de voir les choses d’une autre manière, de voir au-delà de ce qui n’allait pas dans notre vie, mais aussi de voir des choses qu’on ne remarquait même pas avant », affirme-t-elle. S’appuyant sur le sens profond du mot « Chido », qui signifie « Miroir » en shimaore, elle estime que ce cyclone a reflété ce qui n’allait pas dans la société mahoraise, mais aussi ce qui allait et dont les choses ne se rendaient pas compte.

« Grâce à Chido, j’ai fait des rencontres extraordinaires que je n’aurais pas pu faire dans mon quotidien, j’ai aussi découvert une solidarité extraordinaire, notamment de la part de gens venus d’ailleurs », raconte l’autrice. Le titre de son ouvrage « Ombre de Chido, miroir étoilé », exprime justement cette double nature de la catastrophe, à mi-chemin entre l’ombre et la lumière.

Ce récit a évidemment aussi une dimension cathartique, il a permis à la jeune femme de se libérer en partie du traumatisme de Chido. Sa famille et elle ont en effet passé les longues heures qu’a duré le cyclone coincés derrière le congélateur pendant que leur maison s’effondrait sur eux. Ils ont miraculeusement pu être extraits des décombres par les secours et ont par la suite été hébergé plusieurs semaines chez une amie.

« On a vu la mort nous frôler, mais nous avons toujours gardé espoir et, aujourd’hui, ma famille et moi avons pu guérir en grande partie de ce traumatisme, même s’il en quand même quelques traces, puisque c’était vraiment évènement inédit à Mayotte », explique l’autrice. A la fin de son récit personnel, elle a ajouté plusieurs témoignages de personnes de son entourage ou issus de conversations entendues dans son village. « Je voulais aussi que le lecteur puisse découvrir le point de vue d’autres personnes sur cette catastrophe », conclut-elle.

L’ouvrage est disponible en ligne sur Amazon, mais également à la Bouquinerie de Passamaïnty ou directement auprès de Soiyarta (0639993538)

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Le préfet en visite sur l’exploitation EARL Kanga Maoré

Le préfet en visite sur l’exploitation EARL Kanga Maoré

Ce jeudi 25 juin, le préfet de Mayotte, délégué du Gouvernement, Frédéric Poisot, s’est rendu sur l’exploitation agricole EARL Kanga Maoré. Cette visite a permis d’échanger avec les exploitants sur les réalités du terrain, les défis de la filière et les perspectives de développement de l’agriculture mahoraise. L’État réaffirme ainsi son engagement aux côtés des agriculteurs pour soutenir une agriculture durable, innovante et tournée vers la souveraineté alimentaire de l’île.

Le musée « Mon Banga, Mon Patrimoine » rouvre ses portes

Le musée « Mon Banga, Mon Patrimoine » rouvre ses portes

La Communauté de Communes du Sud annonce la réouverture du musée « Mon Banga, Mon Patrimoine », situé à Bouéni. Ce lieu dédié à la valorisation de l’habitat traditionnel mahorais et du patrimoine local accueille de nouveau le public. Visites en famille, entre amis ou en groupe sont possibles pour (re)découvrir l’histoire et les richesses culturelles du Sud de Mayotte.

Circulation perturbée à La Vigie du 30 juin au 7 juillet

Circulation perturbée à La Vigie du 30 juin au 7 juillet

Dans le cadre des travaux du Nouveau Programme National de Renouvellement Urbain (NPNRU) de La Vigie, la Communauté de Communes de Petite-Terre annonce la fermeture temporaire de plusieurs voies. Du 30 juin au 7 juillet 2026, de 7h à 16h, la rue Matoury, la rue Combo Bacari et la boucle Abdourahamane Subra seront interdites à la circulation. Ces restrictions sont mises en place pour permettre le bon déroulement des travaux. La CCPT appelle les habitants à la patience et les remercie pour leur compréhension.

Course de pneus : une tradition qui fait toujours courir Mayotte

Course de pneus : une tradition qui fait toujours courir Mayotte
Sous l’arche de départ, les participants se sont élancés depuis la MJC de M’tsapéré, pneus et bâtons en main, pour rejoindre la place Zakia Madi.

La 42e édition de la Course de pneus s’est tenue ce dimanche 28 juin dans les rues de Mamoudzou. Entre compétition, fête populaire et clin d’œil aux pratiques sportives, la “Formule 1 mahoraise” a une nouvelle fois réuni enfants, adultes et spectateurs autour d’un rendez-vous devenu incontournable.

Ce dimanche 28 juin, la Course de pneus a connu sa 42e édition, fidèle à une tradition qui dépasse depuis longtemps le simple cadre sportif. De la MJC de M’tsapéré jusqu’à la place Zakia Madi, les participants se sont élancés sur un parcours de 1,8 kilomètre, bâtons en main, pneu devant eux, sous les encouragements du public.

Sur les trottoirs, les visages heureux ont accompagné les coureurs tout au long du parcours. Familles, enfants, habitants et curieux se sont massés dans les rues de Mamoudzou pour applaudir les concurrents, encourager les plus jeunes ou simplement profiter de l’ambiance. À l’arrivée, la fanfare était présente pour accueillir les participants dans un brouhaha joyeux de musique et d’applaudissements. Pendant quelques heures, la ville a retrouvé l’atmosphère d’une fête populaire, bruyante, colorée et largement partagée.

Placée cette année sous le thème « 100 % Tous en sport ! », l’édition 2026 voulait mettre à l’honneur l’inclusion et la diversité des pratiques sportives. Les coureurs étaient invités à porter les couleurs de leur discipline favorite, du football au basket, en passant par les arts martiaux ou la plongée. Une manière de rappeler que cette course, née d’un jeu d’enfant, est devenue l’un des grands rendez-vous populaires du calendrier mahorais.

À chacun son pneu, à chacun sa course

Comme chaque année, les plus jeunes ont ouvert l’après-midi. Les enfants, filles et garçons, qualifiés lors des étapes organisées dans les communes, ont été les premiers à défendre les couleurs de leur territoire. Les adultes ont ensuite pris le relais, répartis en plusieurs catégories, dont les équipes hommes, femmes, mixtes, « gros pneus » et « mamas ».

Pour cette 42e édition, retour à la tradition, chaque équipe devait venir avec ses pneus et ses bâtons. Une particularité qui fait aussi l’identité de cette compétition, où la maîtrise du geste compte autant que la vitesse. Car pousser un pneu sur le bitume, le maintenir droit, éviter les écarts et garder le rythme jusqu’à l’arrivée demande autant d’adresse que d’endurance.

Au-delà de la course, l’événement a une nouvelle fois transformé Mamoudzou en terrain d’animations. Un village artisanal accueillait le public avec seize exposants, ainsi que des stands de prévention et de sensibilisation. Chaque participant devait également recevoir une médaille en bois, la course restant gratuite et ouverte aux catégories adultes depuis 18 ans.

La manifestation s’inscrit aussi dans une démarche environnementale. Une opération de récupération et de recyclage des pneus a été mise en place par la Ville de Mamoudzou, en lien avec le nettoyage des routes et des mangroves.

La réussite de cette journée reposait sur une importante mobilisation collective. Le RSMA a mobilisé près de 80 personnes, aux côtés de l’UFOLEP, des associations locales, des clubs sportifs et de près de 450 bénévoles. Les services municipaux des sports, de l’environnement et de la police municipale étaient également engagés, avec la Préfecture et la Police nationale, pour assurer la sécurité du public et des participants.

La circulation a été perturbée dans le secteur, plusieurs axes ayant été fermés entre 13 heures et 19 heures pour sécuriser le parcours et permettre au public de profiter de l’événement. Mais la contrainte fait désormais partie du rendez-vous : pendant quelques heures, la route laisse la place aux coureurs et aux pneus. La manifestation était aussi retransmise en direct pendant trois heures sur Mayotte La 1ère.

Créée en 1984, la Course de pneus reste l’un des symboles les plus identifiables de Mayotte. Elle mêle compétition, mémoire collective et esprit de fête. Quarante-deux ans plus tard, la “Formule 1 mahoraise” continue de faire courir les générations et de rassembler Mamoudzou autour d’une tradition toujours aussi populaire.

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Délinquance à Ouangani : un Groupe de Partenariat Opérationnel (GPO) se réunira le 30 juin

Délinquance à Ouangani : un Groupe de Partenariat Opérationnel (GPO) se réunira le 30 juin
Issoufi « Bush » Madi, maire de Ouangani, prend très au sérieux la mise en place de nouvelles mesures visant à éliminer la délinquance dans sa commune

Le village de Ouangani a fait face à la mi-juin à des actes de délinquance encore jamais vues dans la commune. Face à cette situation, les autorités ont décidé de réunir pour la première fois un Groupe de Partenariat Opérationnel (GPO) à Ouangani le 30 juin prochain.

On se souvient que la semaine du 15 juin avait été très éprouvante pour les habitants du village de Ouangani. Le mardi 16 juin, une trentaine de jeunes vêtus de blouses blanches et armés de chombos (machette locale) avaient fait irruption au cœur du village, saccageant de nombreuses boutiques et agressant les habitants. Si deux blessés avaient été conduits à l’hôpital, plusieurs autres personnes avaient subi des blessures plus légères, mais non moins traumatisantes sur le plan psychologique. Intervenue, la gendarmerie nationale avait pu interpeler l’un de ces jeunes, apparemment originaire du village de Chiconi.

Ces évènements avaient été largement relayés par nos confrères de Mayotte la première au lendemain des évènements et Issoufi « Bush » Madi, le maire de Ouangani, avait même dénoncé au JT une forme de « commercialisation de la délinquance » qui toucherait l’intégralité du territoire. Face à la menace faite par les habitants de « s’occuper des délinquants eux-mêmes si le préfet était dépassé », le maire avait également fait un appel au calme, en assurant que la gendarmerie était fortement mobilisée pour protéger le village.

Dès le mercredi 17 juin, une réunion s’est tenue avec l’ensemble des élus de la commune, qui ont finalement décidé de déclencher un GPO (Groupe de partenariat opérationnel). « Il s’agit d’une réunion réunissant l’ensemble des acteurs concernés par les questions de sécurité dont la préfecture et le parquet », explique Anfina Dalali, adjointe au maire de Ouangani en charge de la sécurité. « C’est la première fois que nous faisons appel au GPO, mais cette fois-ci la situation l’exige. Nous avions déjà eu beaucoup de problèmes de délinquance après les décasages de Kahani, mais là la violence est encore montée d’un cran et les villageois sont inquiets, d’autant plus que les grandes vacances approchent », détaille-t-elle.

La population encouragée à appeler le 17

Si le maire de Ouangani a tenu à calmer ses administrés au sujet de leurs velléités belliqueuse envers les délinquants, il a toutefois tenu à les faire participer au maintien de la sécurité dans le village, notamment via une participation accrue à la surveillance du village et un encouragement à composer le 17 pour prévenir les forces de l’ordre au moindre incident. « On ne peut pas lutter contre la délinquance sans impliquer la population, car c’est elle qui est susceptible d’identifier les jeunes fauteurs de troubles », affirme Anfina Dalali. « Le GPO permettra d’ailleurs de définir ensemble la mise en place de canaux de communication entre les villageois et les forces de l’ordre afin que tout le monde puisse collaborer à éliminer la délinquance », ajoute-elle.

En parallèle, la mairie a également décidé de déclencher le « conseil des droits et devoir des familles », un dispositif récent permettant aux autorités d’exiger que les parents des mineurs délinquants assument la responsabilité des actes de leurs enfants. Issoufi Madi demande notamment à ce que les titres de séjour puissent être retirés et/ou à ce que les parents remboursent les frais de réparation des infrastructures publiques dégradées en cas d’actes de vandalisme. L’adjointe au maire en charge de la sécurité a également annoncé qua sécurisation accrue de certains lieux servant de squat aux jeunes délinquants, comme l’école primaire en cours de construction.

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La CPME devient « Les Entrepreneurs »

La CPME devient « Les Entrepreneurs »

Ils se sont choisi un nom « plus explicite, plus ouvert, plus compréhensible », car ils estiment que derrière chaque entreprise, il y a une femme ou un homme qui entreprend. « Ils ont souvent bâti leur entreprise ou l’ont reprise ; ils y engagent leur nom, leur capital, leur énergie et parfois leur famille. Leur entreprise est un outil de travail et un collectif humain », pouvait-on lire parmi les slogans affichés en grand dans les allées du lieu d’accueil de la Grande Assemblée annuelle des entrepreneurs de France.

Sous l’impulsion de son président, Amir Reza-Tofighi, aux commandes depuis seulement un an et demi, la Confédération des petites et moyennes entreprises (CPME) s’est choisi un nouveau nom : elle devient « Les Entrepreneurs », depuis jeudi dernier. Ce changement d’appellation a été officialisé à Paris, lors de la Grande Assemblée annuelle des entrepreneurs de France. Une évolution qui se veut davantage une transformation qu’une rupture, car « Les Entrepreneurs revendiquent leur histoire, leur ancrage territorial, leur culture du dialogue social et continueront à relayer la voix des TPE, des PME, des ETI, des artisans et des indépendants », explique Bourahima Ali Ousséni, président de la section mahoraise des « Entrepreneurs », revenu samedi matin de Paris.

Cette volonté a été clairement affichée sur les banderoles du mouvement au cours de sa grand-messe annuelle, qui a réuni de nombreux membres du gouvernement Lecornu, notamment Jean-Noël Barrot, ministre de l’Europe et des Affaires étrangères. Des parlementaires, députés et sénateurs, avaient également fait le déplacement. On notera au passage la présence remarquée d’Anchya Bamana, députée RN, seule élue mahoraise à avoir participé à ce grand rendez-vous annuel de l’entrepreneuriat français.

Les chiffres officiels publiés à cette occasion font état de 320 000 entreprises réparties sur l’ensemble du territoire national, représentant cinq millions de salariés, 121 fédérations professionnelles et 116 unions territoriales dans tous les départements et régions, y compris en Outre-mer.

Soucieux d’expliquer à ses invités le sens de ce changement, le président de l’ancienne CPME, Amir Reza-Tofighi, a déclaré : « Les entrepreneurs veulent que leur voix soit entendue, parce qu’ils prennent des risques, créent de l’emploi, font vivre les territoires et portent, chaque jour, une part de la réponse dont notre pays a besoin. Avec Les Entrepreneurs, nous voulons donner plus de force à celles et ceux qui agissent au service du bien commun. »

Dans un entretien accordé à nos confrères du Figaro en marge de ce rendez-vous national, Amir Reza-Tofighi a estimé que les entrepreneurs traversent actuellement une période très difficile. Selon lui, ils affrontent une nouvelle crise alors qu’ils sortent déjà de plusieurs années d’incertitudes et de chocs successifs. À ses yeux, le plus préoccupant est que cette dégradation intervient dans un contexte de blocage politique : « Or, dans une période comme celle-ci, il faudrait au contraire une action publique forte pour protéger l’économie. »

Il prévient également que le moral des chefs d’entreprise n’est pas bon, que le risque de récession est réel, que le chômage repart à la hausse, que l’investissement est freiné et que les défaillances d’entreprises demeurent très élevées. « Ce qui nous alerte particulièrement, c’est la taille des entreprises qui tombent aujourd’hui. On n’est plus sur des structures de trois ou quatre salariés, mais sur des PME de quarante ou cinquante salariés. Cela dit l’état de fragilité du tissu économique », a-t-il fait remarquer à nos confrères du Figaro.

La stratégie de refondation de Mayotte post-Chido et le non-renouvellement de la flotte de pêche mahoraise au menu des échanges

Avec la participation du général Facon, à la tête de la mission interministérielle chargée de la refondation post-Chido, Mayotte s’est invitée dans les débats lors de cette grand-messe annuelle de l’entrepreneuriat français.

Interrogé par Bourahima Ali Ousséni, président de la section mahoraise de l’ex-CPME devenue « Les Entrepreneurs », sur l’efficacité réelle de la LODEOM sociale en tant que levier de relance de l’économie du territoire après Chido, ainsi que sur les mesures d’accompagnement qui permettront de ne pas en faire un simple dispositif théorique pour les entreprises mahoraises, le général Facon a répondu que ces dernières s’inscrivent pleinement dans la stratégie quinquennale qu’il préconise. Selon lui, le contraire serait inconcevable, sachant que la création de valeur sur un territoire de 374 km² constitue une nécessité absolue.

Il a expliqué à l’assistance que cette mission, créée il y a dix-huit mois, a été imaginée sur le même modèle que l’établissement public qui a permis la reconstruction de Notre-Dame de Paris.

Il a également évoqué la convergence sociale qui vient d’être enclenchée, symbole de la solidarité nationale envers les Français de Mayotte, ainsi que le document stratégique de développement durable de l’île à l’horizon 2031, issu de la réflexion menée par la mission qu’il dirige. Il a précisé qu’il n’y avait aucune raison de craindre le principe d’une stratégie de développement adaptée à chaque territoire.

« Nous avons été beaucoup critiqués lorsque nous avons avancé cette idée de stratégie. Certains ont présenté cela comme un rapport de plus, une recommandation supplémentaire qui ne serait jamais suivie d’effets. Ce n’est pas le cas. Nous sommes en train de finaliser une révision de ce plan, qui sera rendue publique dans les prochaines semaines. Vous pourrez constater que la création de valeur, le développement des entreprises, des filières professionnelles, des contrats de filière, bref tout ce qui contribue à la prospérité du territoire, y occupe une place centrale », a-t-il rappelé.

Ce rassemblement a également permis à Bourahima Ali Ousséni d’échanger directement avec plusieurs membres du gouvernement Lecornu sur des problématiques propres à Mayotte. Il a notamment abordé avec Jean-Noël Barrot, ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, la question de la pêche, et plus particulièrement l’interdiction faite aux pêcheurs mahorais de reprendre la mer, alors même que l’Union européenne a récemment relevé les quotas de pêche dans la zone.

Le président de la section locale des « Entrepreneurs » a demandé à son interlocuteur de préciser quels étaient les véritables bénéficiaires de cette augmentation des quotas, alors que les pêcheurs mahorais restent dans l’impossibilité de reprendre la mer faute d’une flotte conforme aux normes européennes.

Selon Bourahima Ali Ousséni, le ministre s’est dit très étonné d’apprendre que le renouvellement de la flotte de pêche mahoraise n’était toujours pas effectif. Il lui a assuré qu’il saisirait les services de l’État dans l’archipel afin de faire toute la lumière sur cette situation.

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Repyramidage à l’Université de Mayotte : « Une occasion historique bloquée »

Repyramidage à l’Université de Mayotte : « Une occasion historique bloquée »

À l’heure où l’Université de Mayotte ambitionne de devenir une université de plein exercice, une décision de sa direction suscite de vives interrogations. Alors que l’État avait attribué à l’établissement cinq possibilités exceptionnelles de promotion de maîtres de conférences au grade de professeur des universités dans le cadre du dispositif national de repyramidage, ces promotions n’ont finalement pas été mises en œuvre. Ce choix, qui intervient dans un contexte de sous-encadrement professoral chronique, soulève des questions sur la gouvernance de l’établissement, le respect des procédures réglementaires et les conséquences pour le développement de l’enseignement supérieur à Mayotte. Dans cet entretien, Thomas M’Saïdié, maître de conférences HDR en droit public et élu au Conseil d’administration de l’Université de Mayotte, expose son analyse des faits, des enjeux et des répercussions de cette décision.

Flash infos : Pouvez-vous expliquer simplement ce qu’est le repyramidage ?

Thomas M’Saïdié : Le repyramidage est un dispositif dérogatoire de promotion interne institué par le décret n° 2021-1722 du 20 décembre 2021, dans le cadre de la mise en œuvre de la loi de programmation de la recherche. Il permet, à titre exceptionnel et temporaire, à certains maîtres de conférences d’accéder au corps des professeurs des universités.

Ce dispositif est ouvert aux maîtres de conférences titulaires de l’habilitation à diriger des recherches (HDR) et justifiant d’au moins dix ans d’ancienneté dans leur grade. Il leur offre une voie distincte des procédures de recrutement de droit commun.

Sur le plan juridique, le repyramidage poursuit un objectif de rééquilibrage de la structure des corps d’enseignants-chercheurs, tout en reconnaissant l’expérience, les responsabilités académiques et la production scientifique des collègues déjà en poste.

L’accès au corps des professeurs des universités n’est toutefois pas automatique. Les candidatures font l’objet d’une évaluation rigoureuse par le Conseil national des universités (CNU), qui apprécie notamment la qualité et le rayonnement des travaux de recherche, la capacité à diriger des recherches, l’investissement pédagogique et l’exercice de responsabilités collectives. Le repyramidage constitue ainsi une voie complémentaire d’accès au professorat, sans déroger au principe de sélection qui gouverne l’accès à ce corps.

F.I. Pourquoi l’Université de Mayotte a-t-elle reçu cinq postes de repyramidage ?

T.M : L’établissement dénommé « Université de Mayotte » s’est vu attribuer cinq possibilités de promotion au titre du dispositif de repyramidage par l’arrêté du 10 avril 2026. Il ne s’agit pas de postes nouvellement créés, mais de la répartition de promotions internes demeurées vacantes entre 2021 et 2025. En application de cet arrêté, cinq de ces promotions ont été attribuées à l’« Université de Mayotte ».

Cette attribution revêt une importance particulière pour notre établissement. D’une part, le nombre de promotions accordées est considérable au regard de la taille de l’Université de Mayotte. Cela témoigne de la prise en considération par l’État de la situation particulière de notre territoire, caractérisée notamment par un corps professoral particulièrement réduit. D’autre part, notre établissement dispose actuellement d’un vivier de cinq maîtres de conférences titulaires de l’habilitation à diriger des recherches (HDR), dont l’un remplit sans ambiguïté les conditions réglementaires pour candidater et deux autres sont susceptibles d’y être éligibles.

L’attribution de ces cinq promotions constitue une opportunité exceptionnelle de renforcer l’encadrement professoral et les capacités de recherche de l’établissement, tout en permettant la reconnaissance des parcours académiques de collègues expérimentés.

F.I. : Quelle a été la position de la direction de l’Université de Mayotte concernant les cinq postes de repyramidage qui lui avaient été attribués ?

T.M : Malgré l’attribution exceptionnelle de cinq postes de repyramidage à l’« Université de Mayotte », le directeur, Monsieur Abal Kassim CHEIK AHMED, a refusé de convoquer le Conseil d’administration afin de procéder à leur répartition par section disciplinaire.

La direction a explicitement indiqué qu’elle ne souhaitait pas recourir au dispositif de repyramidage. Le Vice-Président chargé de la recherche, M. le Professeur Elliott SUCRÉ, a déclaré que ce n’était pas dans la stratégie de l’établissement de recruter des professeurs des universités par la voie du repyramidage. Cette position n’est pas surprenante en ce qu’elle s’inscrit dans la droite ligne de celle exprimée par la DGS, Madame Leila NEDJAR, lors du Conseil d’administration du 23 décembre 2025, lorsqu’elle avait indiqué que le recrutement de professeurs des universités ne constituait pas une orientation stratégique de l’établissement. Cette ligne s’était déjà traduite par le gel d’un précédent poste de professeur des universités fléché en section 02 (Droit public), utilisé comme support pour recruter un agent contractuel administratif proche de la direction.

Ce refus persistant intervient alors que plusieurs personnes ont formellement saisi le directeur, que les organisations syndicales ont adressé des demandes en ce sens, et que les co-responsables du département Droit-Économie-Gestion ont eux-mêmes exprimé le besoin d’affecter au moins un poste à la section 02.

Lors de la précédente campagne de repyramidage, au cours du Conseil d’administration du 26 mars 2025, le président du CA avait explicitement demandé au Directeur d’inscrire la question du repyramidage à l’ordre du jour. Interrogé sur les conséquences d’un éventuel report de cette inscription, le directeur avait répondu que la question relevait d’abord d’un choix stratégique de l’établissement : « Déjà, c’est une question stratégique de l’établissement. Est-ce que l’établissement souhaite aussi proposer ce poste de promotion en interne ? ». Cette réponse révèle la manière dont la direction a systématiquement évité d’engager la procédure prévue par le décret, en renvoyant la responsabilité à un débat stratégique qui n’a finalement jamais été organisé dans les instances compétentes.

En tout état de cause, ce blocage ne saurait être analysé comme une simple difficulté organisationnelle. L’article 4, I du décret n° 2021-1722 du 20 décembre 2021 dispose en effet que : « Chaque année, le conseil d’administration de chaque établissement répartit par discipline, sur proposition du président et dans le respect des priorités nationales, les possibilités de promotions arrêtées conformément aux dispositions de l’article 3 ».

La lettre du texte est impérative. Si le chef d’établissement dispose d’une marge d’appréciation s’agissant du contenu de la proposition de répartition disciplinaire, il n’en dispose en revanche d’aucune s’agissant de l’engagement même de la procédure une fois les possibilités de promotion attribuées à l’établissement.

En s’abstenant de soumettre toute proposition au Conseil d’administration, le directeur a privé cette instance de l’exercice de la compétence que le décret lui attribue expressément. Il a ainsi utilisé son monopole de proposition pour neutraliser le Conseil d’administration, alors que l’intervention du chef d’établissement constitue une condition préalable indispensable à la mise en œuvre de la procédure règlementaire de promotion interne.

Cette obligation d’agir est confirmée par les lignes directrices de gestion ministérielles relatives au dispositif de repyramidage, qui invitent les établissements à « pourvoir la totalité des possibilités de promotions qui leur ont été allouées ». En l’absence de convocation du Conseil d’administration, l’établissement s’est trouvé dans l’impossibilité de satisfaire aux exigences procédurales imposées par le dispositif national. Dès lors que la procédure nationale est désormais clôturée, les cinq postes attribués à l’« Université de Mayotte » sont définitivement perdus.

F.I. : Pourquoi la direction a-t-elle fait le choix de priver l’Université de Mayotte et les maîtres de conférences concernés d’une opportunité exceptionnelle de renforcement du corps professoral ?

T.M : La direction n’a pas fourni d’explication précise lors du Conseil d’administration du 24 juin 2026, si ce n’est que cette procédure « n’était pas dans la stratégie de l’établissement ».

Dans un courriel du 26 juin 2026, la Directrice générale des services a toutefois précisé que l’absence de délibération du Conseil d’administration ne relevait pas d’une « inaction », mais « d’un choix de politique scientifique » : selon elle, « l’Université entend renforcer son corps professoral par une [autre] voie ».

Cette justification ne résiste pas à l’analyse.

D’une part, elle est en totale contradiction avec les faits. L’établissement n’a engagé aucune autre démarche structurante de renforcement du corps professoral depuis plusieurs années.

La même Directrice générale des services, dont la situation professionnelle a donné lieu à des échanges au rectorat dans le cadre de l’examen approfondi d’une éventuelle procédure relative à un abandon de poste, avait pourtant indiqué sans ambiguïté, lors du conseil d’administration du 23 décembre 2025, que le recrutement de professeurs des universités n’était pas une « priorité » pour l’établissement. Selon ses propres termes : « la priorité aujourd’hui, pour être très clair dans la stratégie de l’établissement, n’est pas de créer de postes de professeurs des universités », mais de « recruter des maîtres de conférences ou des enseignants du second degré ».

Cette contradiction manifeste ôte toute crédibilité aux justifications de la direction. Prétendre en public qu’on cherche d’autres voies de promotion tout en affirmant en conseil que les postes de professeurs ne sont pas une priorité relève d’une tromperie. Ce mensonge institutionnel vient confirmer que l’argument stratégique n’est qu’un habillage de circonstance pour masquer des décisions purement discrétionnaires, guidées par le règlement de comptes personnel au détriment du mérite académique, des pratiques d’ailleurs dénoncées par un syndicat de l’établissement.

En effet, par cette stratégie, le directeur cherche à éviter de promouvoir le seul maître de conférences mahorais de la section 02 (Droit public) remplissant les conditions posées par le décret du 20 décembre 2021 et dont le dossier a été qualifié « d’une exceptionnelle qualité » par le CNU. Le seul tort de cet enseignant-chercheur est d’avoir dénoncé le projet d’INU maquillé en université de plein exercice dans vos colonnes et d’avoir mis au grand jour les manipulations institutionnelles, la gouvernance toxique et autoritaire mise en place par la direction de l’établissement. Ce climat de management n’apparaît d’ailleurs pas comme un cas isolé : plusieurs plaintes pour harcèlement moral visant le directeur et la directrice générale des services ont été déposées. Sans préjuger de leur bien-fondé, ces procédures témoignent de contestations sérieuses concernant les pratiques managériales et le fonctionnement interne de l’établissement.

Quant aux deux autres collègues susceptibles d’être éligibles, l’un d’eux a, à plusieurs reprises, obtenu la reconnaissance juridictionnelle de manquements graves affectant le fonctionnement de l’établissement. Il a notamment obtenu l’annulation des élections universitaires en raison de nombreuses fraudes constatées, ainsi que la condamnation de la direction pour violation des droits syndicaux.

Ces décisions juridictionnelles, rendues sur la base d’éléments objectifs, traduisent l’existence de dysfonctionnements institutionnels établis sous la gouvernance actuelle. Le blocage des postes de repyramidage apparaît ainsi comme un outil politique pour barrer définitivement l’accès de ces profils critiques, que le directeur a lui-même qualifié de « groupuscule » au grade de professeur.

D’autre part, ce prétendu « choix de politique scientifique » intervient alors que l’« Université de Mayotte » affiche le taux le plus faible de professeurs des universités de France. Il est difficilement compréhensible qu’un établissement dans une telle situation de fragilité refuse d’utiliser un dispositif national spécifiquement conçu pour renforcer son encadrement professoral, d’autant que cela ne lui coûte absolument rien.

Enfin, ce choix n’a fait l’objet d’aucun débat au sein des instances de l’établissement, ni d’aucune délibération du Conseil d’administration. Il s’apparente davantage à une décision unilatérale de la direction qu’à une véritable politique scientifique débattue et validée collectivement.

Cette conception de la gouvernance, qui écarte les instances collégiales au profit de décisions unilatérales, se manifeste également par un rejet explicite de toute contestation. Lors d’un Conseil d’administration, le directeur a ainsi affirmé que les décisions qu’il prend, ainsi que celles du Conseil d’administration, n’ont pas à être contestées. Plus préoccupant encore, il a assimilé les recours exercés devant le tribunal administratif contre ces décisions à une forme de « harcèlement » dirigé contre sa personne. Une telle assimilation revient à présenter l’exercice d’une voie de recours prévue par la loi comme un comportement fautif à l’égard de l’autorité administrative. Or, dans un État de droit, le contrôle juridictionnel des actes administratifs constitue une garantie fondamentale de la légalité de l’action publique. Considérer ces recours comme une agression personnelle révèle une conception de l’autorité incompatible avec les principes de collégialité, de responsabilité et de contrôle juridictionnel qui régissent les établissements publics d’enseignement supérieur.

F.I. : Pourquoi cette décision est-elle particulièrement grave pour Mayotte ?

T.M : Cette décision, prise par un directeur recruté par l’Université de La Réunion et mis à la disposition de l’Université de Mayotte, revêt une gravité toute particulière pour notre territoire. Elle prive l’établissement universitaire de Mayotte d’une opportunité historique de renforcer son corps professoral, à un moment où ce renforcement est plus que jamais nécessaire.

Aujourd’hui, l’« Université de Mayotte » ne compte qu’un seul professeur des universités. Il s’agit du taux le plus faible de l’ensemble des universités françaises. Ce déficit structurel a été régulièrement souligné par les rapports d’évaluation du HCERES et de l’IGAENR, qui ont identifié le faible nombre de professeurs des universités comme un frein majeur au développement de la recherche et à la qualité de l’encadrement doctoral.

Refuser de mobiliser les cinq postes de repyramidage, c’est donc choisir de maintenir l’établissement dans une situation de fragilité institutionnelle. Sans un corps professoral suffisant, l’université rencontre des difficultés importantes pour développer ses activités de recherche, attirer des financements, encadrer des doctorants et consolider ses formations. Elle doit, en outre, faire appel à des vacataires, par définition ponctuels, pour assumer les missions liées aux fonctions d’élus.

Par ailleurs, ce refus intervient alors que le repyramidage 2026 constitue le dernier exercice de ce dispositif national. Les cinq postes attribués à Mayotte représentaient une chance unique et probablement irréversible de faire progresser significativement le ratio entre maîtres de conférences et professeurs des universités.

Enfin, ce choix affaiblit les perspectives d’évolution de l’établissement vers une université de plein exercice, objectif pourtant affiché depuis plusieurs années. L’ancien Recteur Jacques Mukulovic avait clairement affirmé, lors d’un débat télévisé, que la solution de l’INU a été retenue parce qu’il n’y avait pas suffisamment de professeurs des universités. Recruter des professeurs des universités est donc une condition sine qua non pour devenir une université de plein exercice. Ce choix douteux retarde également les conditions nécessaires à la transformation du Centre Hospitalier de Mayotte en Centre Hospitalier Universitaire puisque cette évolution est conditionnée par l’existence d’une université de plein exercice, et donc dotée d’un corps professoral renforcé.

En définitive, en refusant ces cinq promotions, la direction ne prive pas seulement quelques collègues d’une évolution de carrière : elle prive l’ensemble de l’établissement et le territoire mahorais d’un levier essentiel de développement académique et institutionnel.

F.I. : Ce refus révèle-t-il, selon vous, un mode de gouvernance qui tend à écarter les instances collégiales et à favoriser des décisions discrétionnaires ?

T.M : Oui. Ce refus révèle en effet un mode de gouvernance qui écarte régulièrement les instances et privilégie les décisions discrétionnaires, au détriment du fonctionnement collectif de l’université. Il s’agit souvent de décisions lourdes qui contribuent à maintenir Mayotte en retard.

Ce refus fait suite à une série de décisions qui, depuis plusieurs années, ont freiné le renforcement académique de l’établissement, en maintenant le gel de postes, en privant les instances de tout débat sur ces orientations, en compromettant la structuration de la recherche et en laissant perdurer un nombre particulièrement faible de professeurs titulaires. Le problème n’est donc pas seulement une campagne de promotion manquée ; il révèle une manière de gouverner l’université qui écarte ses instances des choix stratégiques pourtant essentiels à son développement.

Lorsque l’on choisit délibérément de ne pas soumettre une campagne d’emplois au Conseil d’administration, qui est l’instance pourtant légalement compétente pour définir la stratégie de l’emploi de l’établissement, afin de pouvoir recruter qui l’on veut et comme l’on veut, on franchit une ligne rouge. Cela soulève des interrogations légitimes sur le respect des règles de gouvernance et de collégialité qui fondent le fonctionnement d’une université.

Cette manière de gouverner ne produit pas seulement des tensions institutionnelles ; elle a des effets très concrets sur le fonctionnement de l’établissement. Lorsque les instances sont contournées et que les règles communes cessent d’être pleinement respectées, les décisions deviennent plus fragiles et les dérives se multiplient. Comme l’a souligné le syndicat Sup’Recherche-UNSA dans son message du 29 août 2025, une part importante du turn-over qui fragilise l’établissement provient de ce climat de pressions et de menaces récurrentes de la part de la direction. Ce phénomène prive l’université de compétences et fragilise durablement son fonctionnement. Nous restons ainsi les bons derniers dans presque tous les domaines : le plus faible taux d’encadrement professoral de France, des difficultés structurelles persistantes dans le développement de la recherche, et une université qui peine à se hisser au niveau des standards nationaux.

Plus préoccupant encore, certaines décisions individuelles soulèvent également des interrogations quant au respect des règles académiques. C’est ainsi qu’un étudiant titulaire d’un seul baccalauréat professionnel, spécialité « cuisine collective », sans être titulaire d’un diplôme de Bac +2, a été autorisé par le directeur à s’inscrire directement en licence (Bac +3). Une telle décision paraît difficilement conciliable avec les exigences réglementaires minimales d’accès à cette formation et affaiblit la crédibilité de l’offre de formation comme celle de l’établissement.

Dans un registre comparable, une formation universitaire a été maintenue tout au long de l’année 2023-2024 alors qu’elle ne comptait plus qu’un seul étudiant inscrit, de nationalité comorienne et conjoint d’un membre de la direction de l’établissement. Une telle situation soulève objectivement des interrogations sur l’utilisation des moyens humains, pédagogiques et financiers de l’université, d’autant que cette formation nécessite l’intervention d’intervenants extérieurs.

Cette situation résulte de choix de gouvernance, portés par un Mahorais à la tête de l’établissement et qui semblent prioriser la préservation d’un certain pouvoir et d’une image personnelle plutôt que l’intérêt collectif de l’université et du territoire.

Au point que, là où les textes font de lui un directeur (art. L. 715-1 du code de l’éducation), il s’emploie à se faire appeler « Monsieur le Président », allant jusqu’à recadrer sèchement ceux qui l’appellent par le titre prescrit par le code, comme si le titre importait davantage que les responsabilités et les résultats. Cette situation révèle une conception fortement personnalisée de la gouvernance institutionnelle.

F.I. : Vous parlez de discrimination. Sur quoi repose cette affirmation ?

T.M : Cette affirmation repose sur une série de faits convergents, parmi d’autres éléments, qui dessinent un traitement différencié et ciblé à l’encontre de certains enseignants-chercheurs depuis 2023.

Le premier élément marquant est le gel du poste de professeur des universités fléché en section 02. Ce poste avait été créé et brièvement publié fin 2023 à la demande des chefs de département de Droit, Économie et Gestion. Il a ensuite été retiré sans explication convaincante, puis utilisé comme support pour recruter un agent contractuel proche de la direction.

Le deuxième élément, particulièrement révélateur, est le jugement du Tribunal administratif de Mayotte du 11 mai 2026. Dans cette décision, le tribunal a condamné le directeur pour avoir déchargé un enseignant-chercheur de l’ensemble de ses responsabilités administratives en octobre 2023, en considérant que cette mesure avait été prise « en considération de la personne » et non sur des critères objectifs liés au service.

À cela s’ajoute un troisième élément particulièrement significatif : lors de la dernière campagne d’évaluation dans le cadre du RIPEC, le dossier de cet enseignant-chercheur a fait l’objet d’un avis très favorable de la section compétente du Conseil national des universités (CNU). Le CNU, qui est l’instance nationale indépendante chargée d’évaluer les enseignants-chercheurs, de participer à leur recrutement et de gérer leur carrière, a assorti cet avis d’une appréciation qualifiant ce dossier « d’une exceptionnelle qualité ». Il s’agit d’une mention particulièrement rare au niveau national. Malgré cette reconnaissance institutionnelle de très haut niveau, cet enseignant-chercheur continue de faire l’objet de mesures de blocage successives.

Aujourd’hui, le refus de mobiliser les cinq postes de repyramidage s’inscrit dans cette même logique de traitement différencié. Alors que le ministère avait attribué ces cinq postes à Mayotte dans le cadre du dispositif national, la direction a choisi de ne pas engager la procédure prévue par le décret. Ce refus prive les enseignants-chercheurs concernés de toute perspective d’évolution professionnelle par cette voie réglementaire. Comme l’a explicitement indiqué la Directrice générale des services le 26 juin 2026, il s’agit d’un « choix de politique scientifique ». Or, la CGT Educ’action Mayotte a relevé dans son communiqué du 6 juin 2026 que ces postes « ont été abandonnés par inaction, voire par calculs personnels », et a dénoncé « l’application partiale des critères de mérite » dans les décisions de gestion RH ainsi que l’existence de « motivations personnelles et rancunes au plus haut sommet vis-à-vis de certains candidats potentiels ».

Ces différents éléments convergent pour établir l’existence d’un traitement discriminatoire ciblé, fondé sur des considérations personnelles plutôt que sur des critères objectifs de mérite ou de performance.

F.I. : Quel rôle ont joué le ministère de l’Enseignement supérieur et la Rectrice dans cette affaire ?

T.M : Il convient de rendre à César ce qui appartient à César. Le ministère de l’Enseignement supérieur et la Rectrice ont fait preuve d’une implication réelle et soutenue pour permettre à l’« Université de Mayotte » de mobiliser les cinq postes de repyramidage qui lui avaient été attribués.

Dès la publication de l’arrêté du 10 avril 2026, le ministère a expressément alloué cinq postes à Mayotte, manifestant ainsi une attention particulière à l’égard d’un établissement caractérisé par un sous-encadrement professoral important. Face à l’absence de toute initiative de la part de la direction, le ministère et la Rectrice ont multiplié les démarches et les sollicitations pour inciter l’établissement à agir.

Le directeur général des ressources humaines du ministère de l’Enseignement supérieur et de la recherche, Monsieur Christophe Gehin, conscient de l’importance de ces postes pour le territoire, a personnellement mobilisé ses équipes pour accompagner l’université. Des échanges téléphoniques ont eu lieu et un accompagnement a été proposé afin de faciliter la saisie des sections dans l’application ELECTRA. Surtout, le ministère a accordé à Mayotte un délai dérogatoire alors même que la campagne était déjà clôturée pour les autres établissements. Cette souplesse exceptionnelle témoignait d’une volonté claire de ne pas priver Mayotte de cette dernière opportunité.

Malgré ces efforts répétés et cette ouverture maintenue jusqu’au bout, la direction de l’établissement a persisté dans son refus de soumettre toute proposition de répartition au Conseil d’administration. Ce blocage est d’autant plus incompréhensible que le ministère avait clairement indiqué qu’il restait prêt à intégrer les remontées de l’université, y compris après les dates initialement fixées.

En définitive, le ministère et la Rectrice ont fait tout ce qui était en leur pouvoir pour accompagner Mayotte. Le refus de mobiliser ces cinq postes relève donc exclusivement de la responsabilité de la direction de l’établissement, qui a choisi de ne pas saisir cette opportunité historique. Il apparaît ainsi que les freins au développement de Mayotte ne viennent pas toujours de Paris, mais parfois de ses propres acteurs locaux.

F.I. : Les autres universités ont-elles fait le même choix ?

T.M : Absolument pas ! La quasi-totalité des universités françaises ont activement travaillé pour pourvoir les postes de repyramidage qui leur étaient attribués. À ma connaissance, Mayotte est le seul établissement à avoir fait le choix inverse, alors même que nous sommes l’université la plus en difficulté en matière d’encadrement professoral.

Disposer d’un nombre suffisant de professeurs des universités est pourtant essentiel au développement d’un établissement d’enseignement supérieur. Les professeurs jouent un rôle central dans l’encadrement de la recherche, la direction des thèses de doctorat et la structuration des équipes scientifiques. Ils contribuent à attirer des financements, à renforcer la qualité des formations, notamment en Master et en Doctorat, et à accroître l’attractivité de l’établissement.

Pour Mayotte, l’enjeu dépasse la seule question des effectifs. Un corps professoral solide est une condition essentielle pour construire une université de plein exercice, développer une recherche reconnue et accompagner, à terme, la transformation du centre hospitalier en centre hospitalier universitaire. Renoncer à renforcer ce corps professoral, c’est ralentir le développement académique et scientifique de notre territoire.

F.I. : Quel message souhaitez-vous adresser à la population de Mayotte ?

T.M : Ce qui se joue aujourd’hui à l’« Université de Mayotte » dépasse largement les situations individuelles. Il s’agit de l’avenir de l’enseignement supérieur et de la recherche sur notre territoire. En bloquant ces promotions, la direction affaiblit notre université à un moment où elle a précisément besoin de se structurer et de se renforcer. Les Mahorais ont droit à une université de qualité, dotée d’enseignants-chercheurs reconnus et motivés. Ce n’est malheureusement pas la voie choisie par le directeur et la directrice générale des services, dont le talent remarquable a eu pour conséquence tout aussi remarquable d’augmenter fortement le turn-over au sein de l’établissement. À tel point que même les secrétaires de direction envisagent de prendre la fuite !

Il est temps que la population et les élus s’intéressent de près à ce qui se passe à l’« Université de Mayotte ». Car le développement d’un territoire ne se fait pas sans une université solide, performante et attractive. Une université n’est pas seulement un lieu de formation : c’est un moteur essentiel du développement économique, social et culturel d’un territoire. C’est elle qui forme les cadres de demain, qui produit de la connaissance, qui attire des financements et qui permet à un territoire de ne pas rester dépendant des autres. Sans une université forte, un territoire comme Mayotte reste fragilisé dans sa capacité à se développer par lui-même.

L’« Université de Mayotte » ne doit pas être gouvernée au service d’intérêts particuliers. Elle doit demeurer une institution au service de l’intérêt général, du développement de Mayotte et de sa jeunesse.

C’est à l’université que se construit l’avenir de Mayotte. Et l’avenir d’un territoire, c’est avant tout sa jeunesse.

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Un événement pour la lecture et les jeunes talents

Un événement pour la lecture et les jeunes talents
Lors de la Caravane du Livre à Dembéni, deux sœurs âgées de seulement 8 et 12 ans ont surpris le public en devenant les plus jeunes auteures de Mayotte avec la présentation de leur premier album jeunesse.

La Caravane du Livre de Mayotte a fait escale à Dembéni pour sa cinquième édition, confirmant son rôle dans la promotion de la lecture et de la culture sur l’île. Entre rencontres avec des auteurs, dédicaces et découverte de jeunes talents, l’événement a notamment mis à l’honneur Kenza et Daphiné, deux sœurs de 8 et 12 ans devenues les plus jeunes auteures de Mayotte.

La cinquième édition de la Caravane du Livre de Mayotte a fait escale à Dembéni ce samedi 27 juin, réunissant auteurs, éditeurs, lecteurs et acteurs culturels autour d’un même objectif : promouvoir la lecture et valoriser la littérature mahoraise. Lancée en septembre 2024 à Sada, cette initiative poursuit son tour de l’île afin de rapprocher le livre des habitants et de rendre la culture accessible à tous.

Pour Moussa Anrchidine, directeur du service culturel de la mairie de Dembéni, cette manifestation s’inscrit dans la continuité d’un partenariat conclu avec le service des Archives départementales de Mayotte. Une convention qui vise à développer la lecture publique, mettre en avant les écrivains mahorais et encourager les initiatives culturelles sur le territoire.

Cette cinquième étape constitue également l’occasion de clôturer la saison culturelle de la commune. « Nous profitons de la Caravane du Livre pour finir l’année en beauté. Cette belle action rassemble les acteurs de la culture. Nous valorisons les jeunes de Tsararano, leur travail ainsi que notre culture à Dembéni », explique-t-il.

Donner le goût de la lecture aux plus jeunes

Aux côtés de l’association Hirizi Ya Maore, les organisateurs ont souhaité mettre en lumière plusieurs auteurs mahorais, parmi lesquels Nassur Assoumani, parrain de cette cinquième édition. L’objectif est de susciter l’envie de lire auprès des plus jeunes et de leur montrer que les écrivains de Mayotte ont toute leur place dans le paysage culturel.

La mairie mise également sur de nouveaux outils pour développer l’accès aux livres, notamment avec l’arrivée du bibliobus, qui permettra d’aller à la rencontre des habitants dans les différentes communes.

Parmi les exposants, la maison d’édition Project’Îles présentait plusieurs ouvrages, dont Servir. L’ambition d’une vie, consacré au parcours d’Ambdilwahedou Soumaila.

Kenza et Daphiné, les plus jeunes auteures de Mayotte

Mais les grandes vedettes de cette édition étaient sans conteste Kenza et Daphiné. Âgées de seulement 8 et 12 ans, les deux sœurs originaires de Dembéni deviennent les plus jeunes auteures de Mayotte avec la publication de leur premier album jeunesse, Mwana Komba.

Les deux jeunes filles racontent que leur projet est né d’une idée simple. « Un jour, on s’est dit : pourquoi ne pas en faire une chanson et faire connaître cette histoire ? » explique l’aînée, fière de pouvoir représenter son île à travers cet ouvrage inspiré de la culture mahoraise.

En mettant à l’honneur ces très jeunes auteures, tout en valorisant les écrivains confirmés et les acteurs du livre, la Caravane du Livre confirme son ambition : faire de la lecture un véritable levier de transmission culturelle et d’épanouissement pour la jeunesse mahoraise.

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Mosquée de M’tsapéré : une collecte de fonds pour reconstruire un monument historique de l’identité m’tsapéroise

Mosquée de M’tsapéré : une collecte de fonds pour reconstruire un monument historique de l'identité m'tsapéroise

Ce dimanche 28 juin, a eu lieu la journée gastronomique et le madjiliss, organisés dans le cadre du projet de reconstruction de la mosquée du Vendredi de M’tsapéré. Cette initiative de collecte de fonds a offert un moment de partage, de solidarité et de convivialité, illustrant l’engagement de la population en faveur de ce projet.

Sur la rocade de M’tsapéré, un événement spécial bat son plein et ravive la foi des fidèles musulmans. Sous des chapiteaux, l’espace est divisé en deux pour accueillir deux festivités : un madjiliss pour les enfants ainsi qu’un marché solidaire proposant différentes spécialités traditionnelles : gâteaux, samoussas, riz, mataba, viande et boissons fraîches.

Construite sur un sanctuaire du XVIIIᵉ siècle, la grande mosquée du Vendredi de M’tsapéré a été reconstruite une première fois à partir de 1958 grâce à la mobilisation des habitants, avant d’être achevée en 1984 avec son minaret emblématique, faisant d’elle l’une des premières mosquées de l’île à en être dotée. Aujourd’hui, un an et demi après le cyclone Chido, les habitants espèrent pouvoir reconstruire ce monument complètement endommagé.

Un chantier dont le coût est estimé à 5 millions d’euros. L’association chargée de la gestion de la mosquée espère mettre en place d’autres actions à l’avenir. El-Anrif Abdoul Kader, trésorier de l’association, nous en dit plus sur l’organisation : « L’événement d’aujourd’hui est né à l’initiative d’un groupe de femmes de M’tsapéré. Un flyer numérique a été partagé sur différents groupes des réseaux sociaux et, sur la base du volontariat, les habitants se sont proposés pour préparer des repas et les vendre. Par ailleurs, il y a aussi sept madrasas présentes. On espère également collaborer avec d’autres chama d’adultes venus de toute l’île. »

Il nous parle également de l’aspect financier :« Nous avons le permis de construire, mais nous avons besoin de fonds pour reconstruire la mosquée. C’est un monument tellement symbolique que beaucoup étaient opposés à sa démolition complète, mais nous n’avons pas eu le choix. » Il poursuit : « Si 5 000 personnes donnent chacune 1 000 euros, nous pourrions réunir la somme nécessaire. » Il rappelle également que deux urnes ont été installées ici pour recueillir les dons destinés aux madrasas. Cette collecte a commencé grâce à un lien HelloAsso. Un RIB est également disponible afin de permettre au public d’envoyer de l’argent.

Au rythme des instruments, la foule continue d’affluer. Les enfants jouent, les adultes discutent et les vendeuses accueillent les visiteurs avec le sourire. Marthe est d’ailleurs bénévole à la madrassa du Centre culturel et éducatif de M’tsapéré. Elle explique pourquoi il est important pour elle d’être présente aujourd’hui : « Nous sommes là pour la Zakat Al Jariya. En tant que musulmans, c’est important, parce que lorsqu’on accomplit une œuvre pour la mosquée, ce sont des récompenses pour cette vie d’Ici-bas et pour l’Au-delà. » De son côté, Rasmia se montre à la fois engagée et nostalgique. Pour elle, cette mosquée est un patrimoine incontournable qui a accompagné tellement de générations dans le village  :« Cette mosquée, c’est l’identité des M’tsapérois. Pour moi, c’est la mosquée de Mayotte, celle que je voyais dans tous les reportages, sur toutes les photos. Ce serait vraiment dommage de perdre ça. »

Il y a aussi Fatima, une mère de famille souriante, très attachée à l’aspect communautaire : « C’est un acte citoyen et religieux. On doit aider notre quartier. Il y a une bonne ambiance, c’est bon enfant. On retrouve des visages que l’on connaît, c’est super. Cela responsabilise les enfants des madrasas et leur permet de participer à la vie citoyenne du village », conclut-elle.

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Comores : une loi déposée à l’Assemblée pour mettre de l’ordre dans le pavillon

Comores : une loi déposée à l'Assemblée pour mettre de l'ordre dans le pavillon

Le texte soumis au Parlement par le ministère des Transports maritimes et celui de la Pêche comporte plus de 18 articles amendés, dont la majorité est consacrée aux missions de l’administrateur maritime, qui sera chargé de gérer le registre international.

Les Comores veulent enfin mettre de l’ordre dans la gestion de leur pavillon international. Sous le feu des critiques ces dernières années, notamment en raison des arraisonnements répétés de navires impliqués dans des trafics illicites, le pays semble vouloir tourner la page.

Alors que la première session parlementaire de l’année touche à sa fin, le ministère des Transports maritimes et aériens et celui de la Pêche ont présenté, le 16 juin, devant la commission compétente de l’Assemblée, le projet de loi portant révision du Code de la marine marchande comorienne.

« La marine marchande constitue un secteur stratégique pour le développement économique national. Elle assure le transport des marchandises, favorise les échanges commerciaux nationaux et internationaux et contribue à la création d’emplois directs et indirects. L’Union des Comores est un État insulaire dont le développement est largement tributaire du transport maritime. Ainsi, le Code de la marine marchande organise un cadre complet pour la navigation, l’immatriculation, la sécurité maritime et la saisie des navires », ont d’emblée déclaré la ministre des Transports, Yasmine Hassane Alfeine, et son collègue chargé de la Pêche, Daniel Ali Bandar. En commission, les deux ministres ont justifié la révision de la loi de 2014 par la volonté de moderniser le cadre juridique maritime du pays.

« La présente loi prévoit que l’administration maritime peut être confiée à une personne morale de droit comorien, désignée par l’État dans le cadre d’une concession ou d’une délégation de service public », indique le rapport des travaux de la commission des lois, consulté par notre journal.

Drogue et flotte fantôme russe

Ces derniers mois, plusieurs navires battant pavillon comorien, transportant de la drogue ou du pétrole russe, ont été interceptés dans différentes zones maritimes du monde. Les autorités comoriennes sont régulièrement accusées de faire preuve de laxisme dans l’attribution des licences, une mission souvent déléguée à un mandataire.

Le nouveau texte, qui sera soumis mardi aux députés pour adoption, modifie près de 18 articles afin de réorganiser ce secteur stratégique.

« Ce projet de loi vise à renforcer la sécurité et la sûreté maritimes en intégrant les normes internationales relatives à la sécurité des navires, des équipages et des installations portuaires. Il permettra également de réglementer l’immatriculation et l’exploitation des navires, tout en harmonisant la législation nationale avec les conventions maritimes internationales », ont expliqué les deux ministres devant les 16 parlementaires présents.

Parmi les principales innovations figure la création de dispositions spécifiques consacrées à la gestion des navires inscrits au registre international. Celle-ci sera confiée à un représentant légal, dénommé « administrateur maritime ». Cette fonction pourra être exercée par une personne morale de droit comorien, publique ou privée, désignée par le gouvernement pour administrer et exploiter le registre international.

Selon l’article 57 amendé, sa désignation relèvera conjointement des ministres chargés des Transports et de la Pêche, par arrêté.

« La durée de la désignation est fixée par la convention de concession et doit permettre l’investissement, la promotion internationale et le développement durable du registre international », précise le même article.

Le système d’immatriculation comprendra désormais deux registres : un registre national et un registre international, destiné aux navires effectuant des voyages internationaux, des opérations commerciales ou des activités de pêche.

Des vérifications avant l’immatriculation

L’immatriculation au registre international deviendra obligatoire pour les navires-citernes, les pétroliers, les chimiquiers ainsi que les navires offshore.

Aucun navire ne pourra toutefois être immatriculé sans vérification préalable de l’identité du propriétaire inscrit, du bénéficiaire effectif, de l’armateur ainsi que de sa conformité avec les régimes de sanctions internationales.

Concernant les recettes, l’administrateur maritime les percevra conformément aux dispositions du contrat de concession conclu avec l’État, lequel fixera leur répartition ainsi que les modalités et délais de versement.

« Toute quote-part due au gouvernement est reversée sur le compte bancaire désigné par celui-ci. Aucun agent de l’État ni aucun ministre ne peut percevoir les recettes relevant du registre international sans habilitation de l’administrateur. La loi l’autorise également à fixer les règles et les modalités de paiement », précise le rapport de la commission.

Malgré les importantes prérogatives qui lui sont accordées, notamment une immunité souveraine et financière dont bénéficient également les agents qu’il habilite, l’administrateur pourra être sanctionné en cas de fraude ou de corruption.

Le projet de loi lui impose par ailleurs de transmettre tous les trois mois un rapport détaillant le nombre de navires immatriculés, leur catégorie, les recettes perçues ainsi que les visas délivrés.

En revanche, toute action judiciaire engagée contre lui en raison de ses fonctions statutaires devra être précédée d’un préavis de 90 jours, sauf en cas d’urgence judiciaire.

Depuis plus de dix ans, la gestion du pavillon comorien fait régulièrement l’objet de critiques.

Dans un rapport publié en 2018 couvrant la période 2000-2015, la section des comptes de la Cour suprême avait relevé des défauts de reversement des recettes, des violations contractuelles ainsi que l’utilisation de sommes importantes sans justificatifs.

À titre d’exemple, un certain Akram, qui a géré le pavillon entre 2007 et 2012, aurait détourné près de 308 803 850 francs comoriens, qui n’ont jamais été reversés à l’État.
Onze ans plus tard, le pavillon comorien continue d’être cité dans plusieurs affaires sensibles.

Dans une enquête publiée le 24 septembre 2025, Flash Infos révélait que, depuis 2025, le pavillon comorien était utilisé par la flotte fantôme russe, permettant au régime de Vladimir Poutine de contourner les sanctions internationales et de financer son effort de guerre.

Le 8 mai, l’AFP rapportait également la saisie, par la Garde civile espagnole, d’un navire immatriculé aux Comores transportant une trentaine de tonnes de cocaïne ainsi que des armes à feu.

Malgré la succession de ces scandales, le gouvernement comorien n’a jamais officiellement réagi.

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M’tsapéré se mobilise pour rebâtir sa mosquée historique après le cyclone Chido

M’tsapéré se mobilise pour rebâtir sa mosquée historique après le cyclone Chido

La solidarité sera au rendez-vous ce dimanche 28 juin à M’tsapéré. Une grande journée gastronomique est organisée sur le remblai du village afin de récolter des fonds destinés à la reconstruction de la mosquée du vendredi, gravement endommagée par le passage du cyclone Chido.

De 8 heures à 16 heures, les visiteurs pourront découvrir et acheter une variété de plats traditionnels, de jus locaux et de plantes préparés par les femmes du village. Les bénéfices de cette manifestation seront entièrement consacrés au financement du futur chantier. Les organisateurs espèrent ainsi mobiliser largement la population autour de ce projet patrimonial et religieux majeur.

Lieu emblématique de M’tsapéré, la grande mosquée du vendredi occupe une place centrale dans l’histoire du village. Édifiée sur un ancien sanctuaire datant du XVIIIᵉ siècle, elle avait déjà fait l’objet d’une importante reconstruction à partir de 1958 grâce à l’engagement des habitants, avant d’être achevée en 1984 avec son célèbre minaret. Aujourd’hui, les dégâts causés par le cyclone rendent nécessaire une reconstruction complète de l’édifice afin de répondre aux normes actuelles de sécurité et d’accessibilité.

Si le permis de construire a déjà été obtenu, le lancement des travaux reste conditionné à la collecte des financements nécessaires. Le coût du projet est estimé à près de 5 millions d’euros. À travers cette journée gastronomique, l’association porteuse du projet lance donc un appel à la générosité des Mahorais et des donateurs pour permettre à ce lieu de culte emblématique de retrouver toute sa place au cœur de la vie du village.

La Mission locale de Mayotte célèbre ses 30 ans avec deux rendez-vous

La Mission locale de Mayotte célèbre ses 30 ans avec deux rendez-vous

La Mission locale de Mayotte organise deux événements début juillet pour marquer ses 30 ans d’existence. Le mercredi 1er juillet, un deuxième séminaire de restitution se tiendra à partir de 8h à l’hémicycle Younoussa Bamana, au Conseil départemental. Cette rencontre doit permettre de présenter les travaux engagés après un premier séminaire consacré à la jeunesse et à la reconstruction après Chido, mais aussi d’échanger avec les partenaires, financeurs et élus sur les actions à mettre en œuvre.

Au programme notamment : restitution des propositions issues des tables rondes, témoignages de jeunes, présentation de projets autour de la mobilité, de l’insertion, des épiceries solidaires et des dispositifs d’accompagnement vers l’emploi.

Le lendemain, jeudi 2 juillet, la Mission locale poursuivra cette séquence avec une journée portes ouvertes sur la place de la République, à Mamoudzou. Le public pourra découvrir les parcours d’insertion, participer à des jeux et animations, avant une scène ouverte prévue dans l’après-midi avec de jeunes chanteurs de la Mission locale et des artistes locaux.

La pénurie de personnel soignant persiste au CHM

La pénurie de personnel soignant persiste au CHM

La situation sanitaire de Mayotte continue d’inquiéter. Le principal centre hospitalier de l’île peine toujours à recruter des professionnels de santé, un scénario qui se répète sans relâche. L’an dernier, l’Agence régionale de santé avait d’ailleurs classé Mayotte en zone d’intervention prioritaire. Des patients en surnombre pour un nombre insuffisant de professionnels de santé : la tendance peine à s’inverser. À l’hôpital de Mamoudzou, aux urgences, seuls 15 médecins sont actuellement en poste alors qu’il en faudrait 40 pour assurer la continuité des soins. Autre point préoccupant : les spécialistes manquent également à l’appel, qu’il s’agisse d’ORL, de pneumologues, de cardiologues ou encore de neurologues.  Face à ces défis, la solution la plus fréquemment utilisée reste l’évacuation sanitaire des patients vers La Réunion. Une démarche qui peut s’avérer longue et difficile pour les malades.

En juillet 2025, l’État a mis en place une prime destinée à attirer davantage de professionnels de santé sur le territoire. Ces annonces ont été saluées, mais avec beaucoup de prudence. Les professionnels du secteur ont alerté sur des difficultés récurrentes : surcharge de travail, conditions d’accueil parfois précaires et dysfonctionnements structurels du système de santé. Par ailleurs, ce désert médical s’explique également par un contexte sociétal peu attractif pour les soignants. En cause : l’insécurité, la crise de l’eau ainsi que les difficultés d’accès au logement. L’attractivité du territoire constitue aujourd’hui un enjeu majeur. Les mesures de recrutement déployées par l’État ont montré que les primes permettent de faire venir des professionnels de santé, mais ne suffisent pas à les fidéliser sur le long terme. Au mois de mai, le CHM était d’ailleurs présent au salon SantExpo, une occasion de faire découvrir les opportunités professionnelles offertes par l’établissement. En l’état actuel des choses, Mayotte ne compte qu’un médecin pour 2 000 habitants, dans un système de santé déjà défaillant, fragilisé davantage encore par les crises successives.

Anticor saisit le parquet sur la gestion de Chirongui par Hanima Ibrahima

Anticor saisit le parquet sur la gestion de Chirongui par Hanima Ibrahima

L’association Anticor a transmis un signalement au procureur de la République de Mamoudzou concernant la gestion de la commune de Chirongui sous le second mandat de Hanima Ibrahima, entre 2014 et 2020. Une première action à Mayotte pour Anticor, qui s’appuie notamment sur le rapport de la Chambre régionale des comptes (CRC) publié en 2024.

L’association connue pour son action de lutte contre la corruption a annoncé, ce mercredi 25 juin, avoir transmis un signalement au procureur de la République de Mamoudzou concernant la gestion de la commune de Chirongui par Hanima Ibrahima, aujourd’hui revenue à la tête de la mairie. Le signalement, déposé le 5 mai, porte sur des faits susceptibles, selon l’association, de constituer des atteintes à la probité lors de son second mandat, entre 2014 et 2020.

« La base du signalement, ce sont les rapports de la CRC. », explique Léo Jusiak, référent local d’Anticor 976. L’association affirme avoir travaillé à partir de documents publics, mais aussi de témoignages de lanceurs d’alerte venus corroborer certains manquements. « On est sur un travail d’analyse de documents publics. Donc tout est disponible », poursuit-il, sans souhaiter en dire davantage à ce stade.

Anticor évoque d’abord l’attribution d’une trentaine de marchés de travaux publics à une société dirigée par des membres de la famille de la maire. Le montant total de ces contrats atteindrait 545 000 euros entre 2015 et 2020, sans que le conseil municipal n’ait été informé de leur passation, selon l’association. Si ces faits étaient avérés, ils pourraient être susceptibles de relever du favoritisme ou de la prise illégale d’intérêts.

Un autre volet concerne les recrutements au sein de la commune. Anticor affirme que quatre membres de la famille de l’édile auraient été recrutés entre 2014 et 2020, certains contrats ayant été signés directement par Hanima Ibrahima. Là encore, l’association estime que ces éléments pourraient poser la question d’une éventuelle prise illégale d’intérêts.

Enfin, Anticor s’interroge sur l’utilisation de fonds publics provenant de l’Agence française de développement. Selon l’association, la commune ne serait pas en mesure de justifier l’utilisation d’une partie des fonds avancés par l’AFD pour des opérations d’investissement décidées en 2017 et 2018. Elle ajoute que 2,8 millions d’euros n’auraient pas été remboursés, alors que la commune s’y était engagée.

Ces différents éléments s’inscrivent dans un contexte déjà pointé par la Chambre régionale des comptes de La Réunion et de Mayotte. Dans son rapport d’observations définitives sur la commune de Chirongui, publié en 2024, la juridiction financière relevait des procédures de marchés publics « entachées d’irrégularités », une comptabilité insuffisamment fiable et une situation financière dégradée. La CRC indiquait également que la commune n’avait pas été en mesure de produire les éléments justifiant des mises en concurrence pour plusieurs prestations, pour un montant global supérieur à 700 000 euros.

Pour Anticor, le dépôt de ce signalement n’a pas été décidé à la légère. « On essaie d’avoir un travail sérieux et, quand on lance un signalement, l’objectif n’est pas de communiquer, mais d’avoir un résultat derrière », insiste Léo Jusiak. « On travaille sur les dossiers qui sont les plus bétons. D’autres signalements viendront, mais à chaque fois avec sérieux. »

L’association indique avoir reçu un accusé de réception du parquet « il y a une petite semaine », mais précise ne pas avoir eu de réponse sur les suites qui pourraient être données. « On en est qu’au début », rappelle Léo Jusiak. Si une enquête devait être ouverte et si l’affaire était portée devant les tribunaux, Anticor entend suivre la procédure. « L’intérêt de ce type de signalement, c’est de pouvoir participer à l’ensemble de la procédure et montrer que nous aussi, on a un rôle à jouer. »

« Mayotte est confrontée à des défis majeurs de développement. Dans ce contexte, les deniers publics doivent impérativement être utilisés conformément à leur destination et dans l’intérêt exclusif de la population », insiste Léo Jusiak, « Les décideurs publics qui en sont responsables doivent faire preuve d’une gestion exemplaire : c’est une condition essentielle à la confiance entre les citoyens et leurs institutions. »

L’association rappelle toutefois que ce signalement ne vaut ni condamnation ni déclaration de culpabilité. Il appartient désormais à la justice d’apprécier les faits et, le cas échéant, de déterminer les responsabilités.

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L’Université de Mayotte refuse d’utiliser le système de promotion interne mis en place par le Ministère

L’Université de Mayotte refuse d’utiliser le système de promotion interne mis en place par le Ministère

Par arrêté ministériel du 10 avril 2026, l’Université de Mayotte s’est vu attribuer cinq possibilités de promotion interne dans le corps des professeurs des universités. Or sa direction a volontairement choisi de ne pas utiliser cette possibilité pour promouvoir ses maîtres de conférences alors même que plusieurs d’entre eux répondaient aux critères d’éligibilité.

La politique de l’Université de Mayotte interroge décidément de plus en plus. Après la révélation de leur « déformation de la réalité » concernant la cyberattaque de 2023, leur ayant servi de prétexte pour ne pas fournir certains documents, même à la Cour des Comptes, et leur refus de reconnaître leur erreur de calcul dans la moyenne générale d’une étudiante en 2024, l’ayant injustement privé de son diplôme, voici qu’un nouveau dossier met en lumière le choix de l’Université de Mayotte de ne pas engager la procédure de promotion interne de ses maîtres de conférences. Par un arrêté ministériel du 10 avril 2026, publié au Journal officiel du 24 avril, l’Université de Mayotte s’est pourtant vu attribuer cinq possibilités de promotion interne dans le corps des universités. Un chiffre considérable puisqu’au niveau national, seules 74 possibilités étaient remises en jeu au titre des « repyramidages » (promotions en interne) non réalisés les années précédentes. Puisque Mayotte en obtenait 5, il s’agissait donc d’un signal fort de l’Etat, qui reconnaissait objectivement une situation de sous-encadrement professoral particulièrement marquée.

L’Université de Mayotte ne compte en effet qu’un seul professeur des universités titulaire. Une situation exceptionnelle, qui pèse directement sur la structuration de la recherche, le développement de formations de niveau Master, la gouvernance scientifique, l’encadrement des étudiants et la crédibilité académique de l’établissement. Or le « repyramidage » est un outil national précisément conçu pour répondre à ce type de déséquilibre. Il permet à des maîtres de conférences (MCF) titulaires de l’habilitation à diriger des recherches (HDR) d’accéder au corps des professeurs des universités. D’après nos informations, au moins 2 maîtres de conférences travaillant actuellement pour l’Université de Mayotte répondaient aux critères d’éligibilité. Pourtant, la direction n’a pas entamé les démarches pour qu’ils puissent profiter de cette promotion. Au-delà de la carrière personnelle des concernés, l’enjeu était aussi de transformer une université encore fragile en véritable établissement universitaire capable de produire sa propre structuration scientifique, de porter ses formations, de retenir ses enseignants-chercheurs qualifiés et de construire une autonomie académique réelle.

Le refus d’inscrire la question à l’ordre du jour du conseil d’administration

Dès le début du mois de mai 2026, des alertes ont été adressées à la direction de l’établissement. Des demandes internes ont été formulées afin que les besoins disciplinaires de l’établissement soient examinés par le conseil d’administration, en soulignant les besoins pédagogiques et scientifiques des départements, les projets de Master et l’existence d’un vivier local. Toutes les organisations syndicales ont également alerté sur l’urgence de la situation et sur le risque de laisser inexploitées des promotions nationales attribuées précisément à Mayotte. Dans la foulée, les contacts ont été pris avec le ministère et le rectorat allant en ce sens. Malgré tout ceci, la procédure n’a pas été mise en œuvre dans les délais utiles. La direction n’a pas inscrit le sujet à l’ordre du jour du conseil d’administration de l’université, première étape du processus.

Un « manquement » qui relève, selon les documents consultés par Flash Info, d’une « faute juridique ». En effet, si le conseil d’administration a toute latitude pour décider de promouvoir ou non ses maîtres de conférences, la procédure d’inscription du sujet à l’ordre du jour est normalement obligatoire. Les intéressés ont, en outre, prévenu la direction suffisamment tôt pour que cela puisse se faire dans le respect du calendrier. Mais le conseil d’administration de l’Université de Mayotte s’est tenu ce mercredi 24 juin 2026 sans que la question du repyramidage n’ait été abordée de manière officielle, même si la direction a été invitée à expliquer son refus d’entamer le processus. Elle aurait justifié cette absence de mise en œuvre par la volonté d’éviter des tensions internes liées à d’éventuelles concurrences, tout en affirmant privilégier le recrutement extérieur. Une telle explication paraît difficilement convaincante puisque le recrutement de nouveaux enseignants-chercheurs pouvait parfaitement se poursuivre en parallèle d’une procédure de promotion interne, précisément destinée à renforcer le corps professoral titulaire de l’établissement.

Ce choix n’est pas neutre : il contribue objectivement à maintenir le pouvoir académique entre les mains d’un nombre très réduit d’acteurs. En effet, si l’ambition de l’Université de Mayotte est bien d’aller vers une université de plein exercice, ce qu’elle n’est pas encore officiellement, pourquoi se priver délibérément d’une possibilité rapide d’augmentation de son corps professoral via un processus vivement encouragé par l’Etat ? Telle est la question que beaucoup d’acteur du monde de l’Education et de la Recherche se posent actuellement à Mayotte, sans que la direction de l’université n’ait pu lui apporter de réponse convaincante.

La direction de l’université dénonce « des velléités de déstabilisation de l’institution »

Contactée par nos soins, la direction de l’Université de Mayotte a déclaré qu’elle « n’était absolument pas dans l’obligation juridique d’inscrire la question du repyramidage à l’ordre du jour du conseil d’administration » et qu’il s’agissait pour elle « d’une erreur d’interprétation juridique » (NDLR : de l’article 4 du décret de 2021). Pour elle, en l’absence de proposition de « l’autorité compétente », qu’elle a refusé de définir avec précision, la direction était parfaitement en droit de ne pas entamer la procédure de promotion interne de ses maîtres de conférences. Elle a par ailleurs confirmé nos informations selon lesquelles « l’Université de Mayotte a choisi une autre voie pour sa politique d’étoffement de son corps professoral ». Enfin, la direction a ajouté que les échos que nous avions eu sur ce sujet, tout comme sur celui de la cyberattaque et celui de l’étudiante injustement privée de son diplôme, « relevaient de velléités de déstabilisation interne de l’établissement ».

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Raphaël Mohamed, athlète mahorais de haut niveau, lâché sur le financement de ses études

Raphaël Mohamed, athlète mahorais de haut niveau, lâché sur le financement de ses études

Il vise les Jeux olympiques de 2028, et peut-être ceux de 2032. Mais cet été, ce qui occupe Raphaël Mohamed, c’est de récupérer l’argent d’une formation dont le financement lui avait été promis.

Le spécialiste du 110 m haies du Racing Club de Mamoudzou a dû puiser dans ses économies pour décrocher son BPJEPS, après s’être vu accorder, puis refuser, une prise en charge par le Département. Après l’obtention de son diplôme, il attend toujours une réponse claire.

Raphaël Mohamed est aujourd’hui le seul athlète mahorais figurant sur la liste ministérielle des sportifs de haut niveau. Il a porté les couleurs de l’île jusqu’en demi-finale des Jeux olympiques de Paris 2024. Son palmarès compte également un titre aux Jeux des Îles, une finale aux championnats de France et une quatrième place en finale des championnats d’Europe.

Pour la suite, il compte participer aux championnats d’Europe cet été, aux championnats du monde l’année prochaine, puis aux Jeux olympiques de 2028.

C’est en pensant à l’après-carrière qu’il a entamé son BPJEPS. « Je songe à devenir éducateur sportif pour la suite de ma carrière, explique-t-il. Mon objectif, c’est de revenir sur l’île pour transmettre l’expérience acquise en Europe. » Une démarche qui s’inscrit pleinement dans l’esprit affiché du dispositif Jeune Talent Mahorais (JTM), censé accompagner les talents mahorais sur le long terme.

En amont de sa formation, Raphaël constate son coût : plus de 9 000 euros, un montant trop élevé pour lui. Il entre alors en contact avec le Département qui, dans le cadre du programme JTM, donne un accord de principe pour le financement de son diplôme.

L’athlète met alors en relation son centre de formation (CFA) avec le Département afin que celui-ci s’occupe des formalités administratives. Le Département envoie une convention au CFA, qui la lui retourne signée. Cependant, vers la fin de sa formation, le directeur du CFA lui annonce que le document n’est toujours pas revenu signé par le Département.

Faute de paiement, Raphaël n’a d’autre choix que de financer lui-même sa formation, avec l’aide de ses proches. Il obtient finalement son diplôme, mais demande à être remboursé.

Par courriel, le Département lui répond en rappelant que « le parcours d’excellence sportive concerne les athlètes en voie d’accès au haut niveau dans les dispositifs : Pôle Espoir, Académie sportive et Centre de formation ». Il est donc considéré comme inéligible en raison de son statut « d’athlète de haut niveau confirmé ».

Une question reste toutefois en suspens pour Raphaël : pourquoi lui avoir donné une réponse positive s’il était inéligible ?

Interrogée, l’équipe chargée du sport au sein du Département n’a pas donné suite à nos sollicitations.

Depuis avril, Raphaël Mohamed attend. Le diplôme est obtenu, mais la facture reste à sa charge. Pour un athlète qui doit déjà composer avec les coûts d’une carrière de haut niveau, le poids financier n’est pas anodin.

« Aujourd’hui, cela crée des difficultés personnelles. L’argent reste un vrai sujet », confie-t-il.

Au-delà de sa situation personnelle, l’athlète prévient que, sans solution, sa participation aux prochains Jeux des Îles de l’océan Indien pourrait être remise en question.

« Représenter Mayotte, ça me tient à cœur, glisse-t-il. Mais derrière, on ne me renvoie pas la balle… »

« Je remercie le Département de m’avoir aidé toutes ces années, tient-il à souligner. Mais c’est dommage d’en arriver à ce genre de situation. J’espère être le seul dans ce cas, parce que cela pourrait vraiment freiner la carrière d’autres sportifs. »

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Les panneaux solaires chez les particuliers : un investissement rentable à Mayotte ?

Les panneaux solaires chez les particuliers : un investissement rentable à Mayotte ?
* image d'illustration générée par ia

Face à la hausse du coût de l’énergie et aux coupures d’électricité qui touchent régulièrement l’île, de plus en plus de Mahorais s’intéressent aux panneaux photovoltaïques. Grâce à un ensoleillement parmi les plus élevés de France, Mayotte dispose d’un fort potentiel solaire. Mais l’investissement est-il réellement rentable pour les particuliers ? Entre économies, coût d’installation et contraintes techniques, les avis convergent sur un point : le solaire séduit, à condition que le projet soit bien dimensionné.

À Mayotte, le soleil est une ressource abondante. Avec plusieurs milliers d’heures d’ensoleillement chaque année, le territoire offre des conditions particulièrement favorables au développement du photovoltaïque. De nombreux foyers envisagent désormais d’équiper leur toiture afin de produire une partie de leur électricité et de réduire leur facture énergétique.

Pourtant, franchir le pas représente un investissement conséquent. Selon les professionnels du secteur, une installation destinée à une maison individuelle coûte généralement entre 8 000 et 15 000 euros, en fonction de la puissance installée, des équipements choisis et de la complexité du chantier.

Des économies visibles sur la facture

Pour les particuliers déjà équipés, les premiers bénéfices sont avant tout financiers.

« Depuis que nous avons installé nos panneaux, notre facture a nettement diminué », explique un propriétaire installé dans le centre de l’île. « Nous faisons fonctionner le chauffe-eau, la machine à laver et les appareils les plus énergivores pendant la journée. Cela nous permet de consommer directement l’électricité produite. »

Ces témoignages illustrent l’intérêt de l’autoconsommation, qui consiste à utiliser immédiatement l’électricité produite par les panneaux plutôt que de la prélever sur le réseau.

Une rentabilité qui dépend des habitudes de consommation

Les installateurs rappellent toutefois qu’il n’existe pas de réponse unique à la question de la rentabilité.

« Chaque projet doit être étudié en fonction des besoins du foyer », explique un professionnel du photovoltaïque. « Une famille qui consomme beaucoup d’électricité en journée amortira plus rapidement son installation qu’un ménage absent toute la journée. »

À Mayotte, un kilowatt-crête de panneaux photovoltaïques peut produire entre 1 500 et 1 700 kilowattheures par an grâce au fort ensoleillement. Dans ces conditions, le retour sur investissement est généralement estimé entre huit et douze ans, alors que les panneaux disposent d’une durée de vie pouvant dépasser vingt-cinq ans.

Le choix du matériel, l’orientation du toit, l’absence d’ombrage et la qualité de la pose influencent également les performances de l’installation.

Un investissement tourné vers l’avenir

Au-delà des économies réalisées, de nombreux propriétaires mettent en avant l’intérêt environnemental de leur installation. Produire localement une partie de son électricité permet de limiter le recours aux énergies fossiles tout en renforçant l’autonomie énergétique du territoire.

Les spécialistes restent néanmoins prudents. Une installation photovoltaïque ne constitue pas une solution miracle et doit être adaptée aux besoins réels du foyer. Une étude préalable de la consommation, de l’exposition de la toiture et des possibilités de raccordement est indispensable avant tout investissement.

Dans un contexte où la maîtrise des dépenses énergétiques devient une priorité pour de nombreux ménages, les panneaux solaires apparaissent comme une solution crédible pour les particuliers mahorais. Si le coût initial reste élevé, les conditions d’ensoleillement exceptionnelles de l’île permettent d’envisager une rentabilité sur le long terme. Pour les foyers dont les habitudes de consommation sont compatibles avec l’autoconsommation, le photovoltaïque représente aujourd’hui un investissement qui conjugue économies, valorisation du patrimoine et contribution à la transition énergétique de Mayotte.

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Port de Longoni : « Nous resterons vigilants jusqu’à ce que l’EPIC soit pleinement opérationnel »

Port de Longoni : « Nous resterons vigilants jusqu'à ce que l'EPIC soit pleinement opérationnel »

Parmi les très rares élus de l’Assemblée de Mayotte à avoir publiquement contesté la création d’un établissement public industriel et commercial (EPIC) pour assurer la gestion du port de Longoni à compter du 1er septembre 2026, Hélène Pollozec assume pleinement son désaccord.

Pour l’élue, la décision portée par Ben Issa Ousséni et adoptée par la majorité départementale relève davantage d’une réponse improvisée à une situation devenue urgente que d’une stratégie construite pour l’avenir du premier outil économique de Mayotte. Elle estime que les alternatives prévues par le droit n’ont pas été sérieusement étudiées et regrette que des considérations politiques aient, selon elle, pris le pas sur l’intérêt général. Dans cet entretien accordé à Flash Info, elle revient sur les conditions qui ont conduit à ce vote, les incertitudes entourant la mise en place de l’EPIC et les risques qu’elle entrevoit pour la continuité de l’activité portuaire.

Flash Info : Vous êtes l’une des rares élues à avoir exprimé publiquement votre opposition à la création de cet EPIC. Qu’est-ce qui fonde votre désaccord ?

Hélène Pollozec : Ce qui me préoccupe avant tout, c’est le sentiment que nous construisons une solution dans l’urgence. Nous sommes face à un dispositif élaboré à la hâte, largement inspiré d’un autre modèle portuaire, celui de Sète, alors que les réalités économiques, institutionnelles et territoriales de Mayotte sont profondément différentes.

Pourtant, d’autres solutions existaient. Dans sa décision, le tribunal administratif rappelle que le Département pouvait reprendre directement l’exploitation du port en régie, sans créer d’établissement public, ou mettre en place une délégation de service public (DSP) transitoire, dans l’attente d’une nouvelle délégation ou de la transformation de Longoni en Grand Port Maritime.

Pourquoi ces pistes ont-elles été écartées ? À ce jour, aucune explication réellement convaincante n’a été apportée.

Cette situation a d’ailleurs provoqué de nombreux revirements parmi les élus. Le premier à nous avoir présenté le projet d’EPIC était Ali Omar, qui participait alors aux réunions de travail. Aujourd’hui, il ne souhaite plus en entendre parler. Chacun est libre d’évoluer dans sa réflexion, mais ces changements successifs alimentent une véritable confusion.

Le débat s’est progressivement éloigné des questions de fond. Lorsqu’on entend que certains refusent de travailler avec telle ou telle personne, ou que des considérations personnelles prennent le dessus, nous ne sommes plus dans une réflexion guidée par l’intérêt général.

Ma principale inquiétude est simple : qu’au 1er septembre prochain, nous ne soyons pas en mesure d’assurer le fonctionnement normal du port.

On nous assure que les salariés actuels de MCG intégreront l’EPIC, garantissant ainsi la continuité des compétences techniques. Mais, sur le plan administratif, tout reste extrêmement flou. Nous ignorons toujours qui dirigera cette nouvelle structure. On nous annonce des procédures de recrutement, mais aucun directeur n’a encore été officiellement désigné.

Pour un équipement aussi stratégique que le port de Longoni, cette absence de visibilité est particulièrement préoccupante.

Flash Info : Pourtant, certaines rumeurs affirment que le futur directeur serait déjà choisi.

Hélène Pollozec : Les informations dont nous disposons évoquent effectivement une personnalité extérieure au territoire. Si tel est le cas, j’espère qu’elle aura une connaissance suffisante des spécificités mahoraises. Gérer le port de Longoni ne consiste pas seulement à administrer une infrastructure portuaire ; il faut également comprendre les réalités économiques, sociales et logistiques propres à Mayotte.

Encore une fois, nous sommes confrontés à une solution élaborée dans la précipitation parce que l’on a laissé passer beaucoup de temps.

Dès juin 2025, lorsque la décision de justice est devenue connue, nous aurions dû engager un véritable travail collectif afin de préparer la transition. Une année entière aurait permis d’organiser sereinement une DSP transitoire ou d’explorer d’autres solutions. Aujourd’hui, nous prétendons accomplir en deux mois ce que nous aurions dû préparer pendant plus d’un an.

Flash Info : Beaucoup de Mahorais doutent de la capacité du Département à être prêt le 1er septembre 2026, compte tenu des délais extrêmement courts. Partagez-vous cette inquiétude ?

Hélène Pollozec : Oui, incontestablement. Ce qui est regrettable, c’est que les difficultés que nous rencontrons aujourd’hui étaient parfaitement identifiées. Plusieurs rapports de la Cour des comptes soulignaient déjà les insuffisances du dialogue entre le Département et son délégataire.

Pourtant, le discours politique a progressivement glissé vers une autre lecture du dossier. Lors d’une réunion avec les élus, le président Ben Issa Ousséni a notamment évoqué une mauvaise utilisation de l’argent public.

Or, ce n’est pas ce que disent les décisions de justice ni les rapports de contrôle. Ils évoquent avant tout un manque de transparence et des insuffisances dans le suivi de la gestion, pas nécessairement un détournement ou une mauvaise utilisation des fonds.

Cette nuance est essentielle. Le port fonctionne. Certes, des améliorations étaient nécessaires en matière de transparence, mais cela ne signifie pas que tout était à jeter.

Ce que je regrette également, c’est que les personnes qui ont engagé cette confrontation avec le délégataire ne sont, pour la plupart, plus présentes aujourd’hui pour en assumer les conséquences. Au départ, tout est né d’un désaccord sur la politique tarifaire.

Flash Info : Ce dossier nourrit un profond sentiment d’incompréhension dans l’opinion. D’un tribunal à l’autre, les motivations avancées pour mettre fin à la DSP semblent évoluer. Cette succession de décisions ne brouille-t-elle pas la lecture du dossier ? 

Hélène Pollozec : C’est effectivement très difficile à comprendre, y compris pour ceux qui suivent ce dossier depuis plusieurs années. Alors imaginez ce qu’il en est pour les Mahorais qui n’en connaissent que les grandes lignes.

On nous rappelle régulièrement que la justice est indépendante et qu’elle suit son propre calendrier. Soit. Mais une autre interrogation demeure : dès lors que le tribunal administratif a confirmé, en juin 2025, que cette délégation de service public arriverait à son terme, le président du Département aurait dû engager sans attendre les discussions relatives à la transformation de Longoni en Grand Port Maritime.

Cette perspective figurait pourtant dans la loi de programmation adoptée en août 2025. Il aurait fallu travailler immédiatement avec l’État afin que cette évolution soit inscrite dans les textes d’application et accompagnée des moyens budgétaires nécessaires. Rien de tout cela n’a véritablement été entrepris.

Avant son départ de Mayotte, le préfet François-Xavier Bieuville nous expliquait que l’État n’était pas prêt. C’est regrettable lorsque l’on sait que ce projet est évoqué depuis près d’une décennie. La première demande officielle remonte à 2017, sous la présidence de Soibahaddine Ibrahim Ramadani. Neuf années plus tard, nous en sommes toujours au même point.

Flash Info : Plusieurs responsables politiques reconnaissent désormais que la transformation de Longoni en Grand Port Maritime ne verra pas le jour avant plusieurs années. Comment expliquez-vous un tel retard ? 

Hélène Pollozec : Je le regrette profondément, d’autant que l’État avait lui-même pris des engagements. Il faut avoir le courage de reconnaître nos propres responsabilités. Dans ce dossier, les élus mahorais n’ont pas toujours été à la hauteur des enjeux. Nous n’avons pas su mener les négociations avec l’efficacité qu’exigeait un dossier aussi stratégique.

Il est vrai que l’instabilité gouvernementale n’a pas facilité les choses. À chaque changement de ministre, il fallait reprendre les discussions depuis le début, réexpliquer l’historique du dossier et convaincre de nouveaux interlocuteurs. Cette absence de continuité nous a fait perdre un temps considérable.

Mais cela n’explique pas tout. Nous avons également bénéficié, à certains moments, de la présence de ministres mahorais au sein des différents gouvernements. C’était une opportunité qu’il fallait pleinement exploiter pour faire avancer les grands dossiers de Mayotte. Je ne suis pas certaine que nous ayons su le faire.

À plusieurs reprises, certains d’entre nous ont proposé de mettre leurs réseaux et leurs relations au service des négociations conduites à Paris. Ces propositions n’ont jamais été retenues. Je pense sincèrement que nous avons laissé passer des occasions importantes.

Flash Info : Pourquoi, selon vous ?

Hélène Pollozec : Parce que les considérations politiques prennent trop souvent le dessus.

À deux ans des élections départementales, chacun pense déjà à sa propre campagne. Les grands dossiers passent parfois au second plan.

Je l’ai déjà dit en séance : le dossier du port est devenu un enjeu politique avant d’être un enjeu économique. Certains élus qui souhaitaient exprimer des réserves n’ont pas toujours pu le faire librement.

Il faut également dire les choses avec franchise : le port représente une ressource financière considérable. Il concentre des investissements, des marchés publics et des décisions économiques majeures. Dans ce contexte, chacun cherche naturellement à peser sur les choix qui seront faits demain.

Je regrette que ces considérations puissent parfois prendre le pas sur l’intérêt collectif. Le développement du port devrait être un projet fédérateur pour Mayotte. Il ne devrait jamais devenir un objet de rivalités politiques.

Flash Info : Vous évoquiez tout à l’heure le transfert des salariés de MCG vers l’EPIC. Mais une autre difficulté demeure : une partie importante des équipements appartient à Ida Nel et ne relève pas de la DSP. Comment remplacer ce matériel en seulement deux mois ?

Hélène Pollozec : C’est précisément l’une des raisons pour lesquelles je parle de bricolage.

Cette semaine encore, Ida Nel rappelait avoir investi près de 200 millions d’euros dans les équipements portuaires.

Au départ, il nous avait été présenté un budget d’environ un million d’euros destiné à reprendre la masse salariale. Puis, en séance, le président Ben Issa Ousséni nous a expliqué que les besoins financiers se situeraient finalement entre quatre et huit millions d’euros afin d’acquérir notamment de nouvelles grues.

Je m’interroge. Comment imaginer remplacer des équipements représentant plusieurs centaines de millions d’euros avec quelques millions seulement ?

Les ordres de grandeur ne sont tout simplement pas comparables.

Personne n’est aujourd’hui en mesure de nous dire quel sera le coût réel de cette transition ni quelles conséquences financières supportera le Département.

Est-ce réellement la seule solution permettant d’assurer la continuité de l’exploitation au 1er septembre prochain ? À ce stade, je n’en suis toujours pas convaincue.

Flash Info : Plusieurs sources indiquent que les services de l’État n’auraient jamais demandé la création d’un EPIC. Cela signifie-t-il que cette initiative relève exclusivement du Département ? 

Hélène Pollozec : À ma connaissance, aucune véritable concertation n’a réuni l’ensemble des acteurs concernés. Les élus, les professionnels du secteur portuaire, les services de l’État et les différents partenaires ne se sont jamais retrouvés autour d’une même table pour construire une solution commune.

C’est précisément ce que je regrette. Je comprends d’autant moins la décision prise par l’Assemblée de Mayotte que le conseil portuaire, composé de professionnels directement impliqués dans la gestion de Longoni, avait rendu un avis défavorable à la création de cet EPIC.

Certes, cet avis n’était que consultatif. Mais lorsqu’on sollicite l’expertise des acteurs de terrain, encore faut-il accepter d’en tirer les conséquences.

Lors de notre précédente séance, ce dossier avait d’ailleurs été retiré de l’ordre du jour parce que cet avis faisait défaut. Une fois celui-ci rendu, il n’a finalement pas été pris en considération.

C’est un signal préoccupant. Autre élément troublant : certaines organisations qui semblaient initialement favorables au projet ont finalement changé de position au dernier moment. Ces revirements successifs rendent le dossier particulièrement difficile à suivre et donnent le sentiment d’un manque de ligne directrice.

Flash Info : Une autre interrogation demeure : celle du coût de la rupture de la DSP. Les montants évoqués par le président Ben Issa Ousséni permettent-ils réellement de couvrir les indemnités susceptibles d’être versées à Ida Nel ? 

Hélène Pollozec : Non. Je n’ai pas aujourd’hui le montant exact en mémoire, mais je sais que les sommes évoquées sont très inférieures aux indemnisations qui pourraient être dues.

Je me souviens qu’au moment des premières discussions autour du projet de loi Mayotte, au début de notre mandature, j’avais déjà soulevé la question du Grand Port Maritime. À cette époque, l’État avait clairement indiqué qu’il ne souhaitait pas reprendre la gestion tant que la situation contractuelle avec le délégataire ne serait pas réglée, précisément pour éviter d’avoir à supporter le coût d’une rupture anticipée de la DSP.

À l’époque, les estimations tournaient autour de cinquante millions d’euros. Ce montant a sans doute évolué depuis, mais il reste, à ma connaissance, largement supérieur aux chiffres aujourd’hui avancés.

Or il ne faut pas seulement intégrer les éventuelles indemnités. Il faudra également financer le rachat ou le remplacement des équipements, recruter ou reprendre les personnels, assurer la continuité de l’exploitation et investir dans les infrastructures nécessaires au fonctionnement de l’EPIC.

Lorsque l’on additionne l’ensemble de ces dépenses, on mesure que les besoins financiers seront sans commune mesure avec les enveloppes actuellement évoquées.

C’est précisément ce qui nourrit mes inquiétudes.

Flash Info : Au-delà de ces aspects financiers, c’est aussi l’approvisionnement de Mayotte qui suscite de nombreuses interrogations. Plus de 80 % des marchandises transitent par Longoni. Quelles pourraient être les conséquences d’une transition mal préparée ? 

Hélène Pollozec : C’est, à mes yeux, le véritable sujet. Nous traversons déjà une période particulièrement difficile. Le territoire poursuit sa reconstruction, les difficultés d’approvisionnement demeurent et plusieurs enseignes connaissent encore des tensions sur leurs stocks.

Si le fonctionnement du port devait être perturbé, même temporairement, les conséquences seraient immédiates pour l’ensemble de la population.

Le fret aérien pourrait certes absorber une partie des flux, mais à un coût considérablement plus élevé. Or Mayotte est déjà confrontée à une inflation importante et à un coût de la vie particulièrement lourd pour les ménages.

Qui supportera cette hausse des prix ? Très probablement les Mahorais eux-mêmes, alors même qu’ils vivent, pour beaucoup, dans des conditions économiques déjà extrêmement fragiles.

C’est pourquoi j’appelle à la plus grande vigilance. Mes réserves sur la création de l’EPIC ne signifient pas que je souhaite son échec. La décision a été prise démocratiquement par la majorité de l’Assemblée de Mayotte.

Désormais, notre responsabilité est de veiller à ce que cette nouvelle structure devienne opérationnelle dans les meilleurs délais et qu’elle soit en mesure d’assurer pleinement la continuité du service public. Parce qu’au-delà des divergences politiques, c’est l’intérêt de Mayotte qui doit désormais primer.

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Le CAUE présente son Manuel de réparations des maisons mahoraises maçonnées

Le CAUE présente son Manuel de réparations des maisons mahoraises maçonnées
Fruit de plusieurs mois de travail collectif, le Manuel de réparations des maisons mahoraises est né après que les architectes du CAUE ont constaté, sur le terrain après le cyclone Chido, que les mêmes désordres revenaient de maison en maison.

À l’occasion de la 15e table ronde consacrée à la reconstruction de l’habitat à Mayotte, le Conseil d’Architecture, d’Urbanisme et de l’Environnement (CAUE) a présenté la seconde édition du guide HODI, intitulé Manuel de réparations des maisons mahoraises maçonnées. Cet ouvrage se veut un outil pratique destiné aux particuliers, aux artisans et aux acteurs de la reconstruction confrontés aux nombreux désordres constatés sur le bâti mahorais, notamment après le passage du cyclone Chido.

Le cyclone Chido a révélé de nombreuses fragilités dans les constructions de l’île. Les dégâts les plus fréquents concernent les toitures, les infiltrations d’eau et les dégradations intérieures des habitations. Face à cette situation, le CAUE a mobilisé des équipes d’architectes afin d’expertiser les sinistres, d’accompagner les habitants et de proposer des solutions permettant de remettre les logements hors d’eau.

Au-delà des dommages causés par les intempéries, ces expertises ont également mis en lumière des malfaçons récurrentes, liées à certaines pratiques de construction : surélévations successives sans adaptation de la structure, implantation inadaptée sur les terrains, défauts d’étanchéité ou encore mauvaise gestion des eaux pluviales.

Un guide fondé sur l’expérience du terrain

Pour élaborer ce manuel, le CAUE a d’abord recensé les pathologies les plus fréquentes observées sur le territoire. Ce travail d’inventaire a ensuite été enrichi par les contributions de nombreux professionnels : architectes, maçons, techniciens du bâtiment et spécialistes de la construction.

Un comité de lecture et de relecture a permis d’approfondir les différents sujets traités, tandis qu’un important travail d’illustration a été réalisé afin de rendre les explications accessibles au plus grand nombre.

L’objectif principal est de permettre aux habitants d’identifier l’origine des désordres affectant leur logement et de mettre en œuvre des solutions simples pour éviter leur aggravation.

Comprendre les causes pour mieux réparer

Le manuel s’intéresse notamment aux infiltrations d’eau, l’un des problèmes les plus répandus dans les habitations mahoraises. Il explique comment repérer l’origine des fuites, protéger les parties hautes et basses des bâtiments, améliorer l’évacuation des eaux de pluie et limiter les phénomènes de condensation qui favorisent l’humidité des murs.

Le guide aborde également les remontées capillaires, phénomène par lequel l’eau du sol remonte dans les murs, ainsi que les fissures, les problèmes d’escaliers extérieurs, les défauts d’étanchéité et les techniques de reprise en sous-œuvre.

Pour chaque pathologie, des recommandations concrètes sont proposées, avec différents niveaux d’intervention allant des réparations accessibles aux particuliers jusqu’aux solutions plus techniques destinées aux professionnels du bâtiment.

Un outil largement diffusé

Afin de toucher le plus grand nombre, 10 000 exemplaires du manuel ont été imprimés et distribués dans les quincailleries, les CCAS et différents lieux d’accueil du public. Des permanences d’information ont également été mises en place pour accompagner les habitants dans la compréhension et l’application des recommandations.

Le guide est également téléchargeable gratuitement sur le site internet du CAUE de Mayotte.

Souhaitant s’adresser à l’ensemble de la population mahoraise, le CAUE a développé des supports pédagogiques adaptés, notamment en shimaoré et en kibushi, afin de favoriser l’appropriation des bonnes pratiques de construction et de réparation.

Accompagner durablement la reconstruction

Cette rencontre a également permis de faire le point sur l’ensemble des outils développés par les acteurs de la reconstruction à Mayotte. L’objectif est de mieux coordonner les initiatives, de partager les ressources existantes et d’identifier les nouveaux besoins en matière d’accompagnement des particuliers, des artisans et des formateurs.

Les échanges ont également porté sur la culture du risque et la vulnérabilité du territoire. Les intervenants ont rappelé que de nombreuses habitations ne répondent pas aux exigences actuelles en matière de résistance aux séismes et aux cyclones. S’il n’est pas toujours possible de mettre l’ensemble du parc bâti aux normes, il demeure essentiel d’accompagner progressivement les habitants vers des pratiques de construction plus sûres et plus résilientes.

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